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La valorisation des OPV remise en question

Auteur : Afifa Dassouli

Les caractéristiques du marché financier marocain sont telles qu’il connaît en permanence des distorsions. En effet, la Bourse de Casablanca reste étroite malgré son développement récent et souffre de manque de papiers. Toutefois, alors que les cours connaissent une pause conséquente à sa cherté, elle continue d’être aujourd’hui la« seule et unique»  alternative de placements, face à un marché obligataire aux taux d’intérêt faibles et à un marché de l’immobilier qui explose. D’ailleurs, les investisseurs ont connu une profitabilité de leurs placements boursiers de 70% en 2006, de 30% en 2007 et comptent sur un rendement d’au moins 20% en 2008. Les nouvelles introductions en bourse constituent donc pour eux tout particulièrement, une occasion de placements spéculative intéressante. Et, les émetteurs qui introduisent leurs sociétés en bourse sont bien conscients de l’appétit des investisseurs et des épargnants et prennent en considération le fait que leur offre est attendue par ceux-ci.
Résultat, comme sur tout marché, l’équilibre en faveur d’une demande supérieure à l’offre, s’établit à un niveau élevé, d’où des valorisations de plus en plus élevées des sociétés qui s’introduisent à la Bourse de Casablanca.  Pourtant, ce type de raisonnement ne devrait pas tenir devant la science de la finance dont les règles sont strictes et réglementées, mais devant également le contrôle en amont des OPV opéré avant visa du CDVM, et compte tenu de la difficulté ultérieure des sociétés, surévaluées à leur première cotation, de tenir leurs promesses de bénéfices attendus. 
Mais, malheureusement ces arguments peuvent être  considérés comme caducs quand il s’agit d’une bourse qui n’est pas encore efficiente. En finance, les méthodes de valorisation d’une société sont multiples. Il s’agit de faire le choix pour chacune des sociétés qui s’introduisent en bourse en fonction de son secteur d’activité et de sa taille. Parfois, une seule méthode n’est pas explicite et l’application de plusieurs s’impose. C’est ce qui se fait de plus en plus et le dernier exemple en est Label’ Vie qui est en cours d’introduction en bourse, alors qu’elle vient d’être évaluée différemment lors de la sortie récente d’actionnaires. Ces derniers, un fonds d’investissement et Salafin, ont accepté un montant issu de la méthode du multiple du chiffre d’affaires de 65%, soit une évaluation de Label Vie se situant entre 500 et 600 millions de dirhams et 450 dirhams par action.
Or, BMCI Finance en utilisant deux méthodes d’évaluation de Label Vie, celle du multiple du chiffre d’affaires et celle de l’actualisation des cash-flows futurs (Discounted Cash Flows) est arrivé à un autre montant. En effet, sur la base d’une pondération de 70 % accordée à la méthode des cash flows futurs et 30 % aux multiples boursiers (du chiffre d’affaires), BMCI Finance fait ressortir une valeur de l’action Label’ Vie dans une fourchette comprise entre 993 dirhams et  1 144 dirhams, soit une valeur globale de la société de 2,2 milliards de dirhams. Interrogé sur la question précise de la valorisation de la société, BMCI Finance, en la personne de M. Rachid El Maataoui, directeur corporate finance,apporte des réponses. La première consiste à faire la différence entre une entreprise qui a atteint un régime de croisière et qui peut être valorisée  sur la base de la méthode du multiple du chiffre d’affaires et une société qui est en pleine expansion, ayant un programme d’investissements conséquents qui utilise la méthode des cash flow futurs. Selon lui, la méthode des multiples de marché, s’applique aux cas des entreprises dont la croissance est stabilisée et donc où l’évaluation peut se baser sur l’historique de l’entreprise.
La seconde méthode est plus appropriée quand l’entreprise a un programme d’investissement et de développement basé sur un business plan comme c’est le cas de Label’ Vie (voir article et interview ci-après). Mais, pour ce qui concerne la sortie récente de certains actionnaires de cette société, il s’agit quand même d’une multiplication du prix par quatre, ce qui est incontestablement conséquent !
Ce constat est corroboré par le fait que le CDVM est en train préparer une circulaire destinée à tous ceux qui font de la valorisation, qu’il s’agisse dans la perspective d’une offre publique de vente par une banque d’affaires ou pour des analyses de sociétés cotées par les sociétés de bourse pour des recommandations à la clientèle.
Cette circulaire imposera un certain nombre de règles qui permettront aux investisseurs de voir plus clair et de faire leurs choix en connaissance de cause.
En principe, le CDVM n’a pas le droit d’estimer une valeur, ni de remettre en cause l’appréciation de la valorisation d’une société, mais, il pourrait mettre des garde-fous en amont pour éviter que les investisseurs et surtout les petits porteurs ne soient floués en souscrivant à des OPV chères et dont le prix ne se justifierait pas par les bénéfices attendus.


 

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