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La triste histoire de Casablanca...

Auteur : Hassan Zaatit

Le PJD est un parti politique qu’il ne faut jamais prendre à la légère. Le coup de dernière minute que Mohamed Sajid, le PAM et l’Istiqlal lui ont donné, n’est pas resté sans suite. Pour beaucoup, l’enjeu escompté derrière la coalition surprise (et aussi de dernière minute) entre le PAM, l’Istiqlal, le MP et l’UC, n’avait pas pour principal objectif la reconduction de Mohamed Sajid à la tête du Conseil de la Ville de Casablanca, mais beaucoup plus d’évincer les Islamistes casablancais du PJD de la majorité de la Mairie de la capitale économique… Comme s’il fallait s’y attendre et juste après la réelection de Sajid, les choses ont mal tourné pour les uns et les autres ! Très vite et bizarrement, les partis de la même coalition, notamment le PAM et l’Istiqlal, ont décidé de se retirer de la majorité Sajid. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ?
Commençons par le commencement. Les résultats du vendredi 12 juin ont donné le PJD vainqueur à Casablanca avec 31 sièges, suivi du parti au Cheval qui s’est adjugé la deuxième place avec 29 sièges. Le MP a obtenu 14 sièges. Très vite, le PJD, le MP et l’UC en plus d’autres Conseillers se sont mis d’accord pour reconduire Mohamed Sajid pour un second mandat. Partant, c’est la même majorité qui allait revenir aux commandes avec en tout plus de 73 sièges. D’ailleurs, Mostapha Haya, Chef du groupe PJD au Conseil de la Ville, avait déclaré la semaine dernière que : “Notre formation a décidé de soutenir Mohamed Sajid pour un deuxième mandat à la tête de la Mairie’’. Dans le même sens, le Président sortant, Mohamed Sajid, avait précisé la même semaine que le PAM ne constituait nullement une source d’inquiétude, voire un rival de poids pour la présidence du Conseil de la Ville : “en tout cas, tous les Conseillers du PAM élus à Casablanca sont nos amis et constituaient avec nous la majorité du Conseil précédant “.

Sable mouvant !
Quant à l’Istiqlal, il a obtenu 19 sièges. Seulement, ses chances pour la présidence du Conseil de la Ville se sont avérées minimes parce qu’il ne pouvait plus compter sur ses alliés de la Koutla, désormais défaillants avec 2 sièges pour l’USFP et aucun siège pour le PPS. Idem pour le PAM qui, après avoir quitté le gouvernement pour l’opposition, ne pouvait désormais compter sur des alliances avec les partis de la majorité gouvernementale, ainsi qu’avec les partis de l’opposition dont le chef de file à Casablanca n’est autre que le PJD. Pour cette raison le PAM était hors-jeu au Conseil de la Ville de Casablanca…Chiffres donc à l’appui : avec plus de 73 sièges sur un total de 147, les partis du PJD, MP et UC allaient continuer à monopoliser la Mairie de la capitale économique…Seulement la décision de Mohamed Sajid de changer de coalition, optant ainsi pour une alliance avec les partis du PAM, Istiqlal et MP) était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le PJD a senti l’humiliation et le mépris. Abdessamad El Heiker est catégorique : “Que Sajid ou autre change d’alliés, cela nous cause aucun problème, à condition que cela se fasse de manière mature et responsable…”. Depuis, c’est la guerre à la Wilaya de Casablanca. Les nombreux observateurs venus assister à l'audience de ce mardi 23 septembre sont restés sur leur faim.

Le temps d’une élection
Passée la réélection de Mohamed Sajid grâce à la coalition PAM, PI, UC et MP, l’opération électorale des 13 vice-présidents du Bureau a constitué un second tour où les calculs politiciens et les règlements de compte ont battu le plein. Au devant de la scène, le PJD qui n’a pas raté l’occasion pour se venger de ce qu’il a qualifié de la manœuvre du PAM.
En fait, les nouveaux conseillers de la capitale économique, après l'élection du président du Conseil, ont cru que les choses allaient se passer sans problèmes, alors que c’est le contraire qui s’est produit. La scène était plutôt digne des grandes vaudevilles. Les élus de la métropole n'ont pas fait dans la dentelle, s'accusant les uns les autres de traîtrise, de sabotage... D'autres élus s'emparent des micros en vain. Suivra un grand moment de confusion où tout le monde parlait en même temps. Dans cette ambiance électrique, Mohamed Sajid a présenté dix noms de la majorité pour le Bureau du Conseil. L'élection du premier vice-président s'est déroulée sans problème. Ahmed Brija du PAM a été élu premier vice-président, par 93 voix. La surprise au grand dam du PI était l’élection du Pjidtse Abderrahim Ouattas deuxième vice-président qui a obtenu quand même plus de 90 contre 34 voix pour l’Istiqlalien Fihr Fassi Fihri, pourtant présenté au nom de la coalition UC, PAM, PI et MP. Mais d’où venait cette majorité fantôme qui a voté pour le Pjidiste Ouattas ? Bizarre !
Les candidats du MP, Ali Benjelloune, et du PAM, Amina Latnini, qui se sont présentés au nom de la même coalition, respectivement au poste de troisième et quatrième vice-président, ont été élus sans problèmes. Alors que venu le tour de l'élection du cinquième vice-président, les choses se sont complètement compliquées. Là, la coalition a véritablement éclaté. Le candidat prévu dans le cadre de l'entente entre les quatre partis, l’Istiqlalien Errichi Mustapha, n'a pas pu passer face à deux rivaux. Les deux rivaux sont le pjdiste Mustpha Haya et Mohamed Fahim, un autre Istiqlalien qui s'est présenté intuitu personae. Aucun d'eux n'a pu avoir la majorité nécessaire pour décrocher le titre. Ce qui a nécessité un deuxième tour pour mercredi 24 juin. Le scrutin s'est bloqué à ce niveau. Du coup, le parti de l’Istiqlal qui a apparemment compris pourquoi ses candidats n’ont pas été élus au Bureau du Conseil, a décidé de se retirer de la coalition. Au nom du groupe istiqlalien, Karim Ghellab a annoncé mardi soir que les engagements et les promesses n’ont pas été respectés : “Nous avions espéré qu'il y aurait du changement dans la ville de Casablanca. C'est pour cela que notre parti a tendu la main pour participer à la bonne gestion de la chose publique. Malheureusement, les actions des pervertis n'arrangent pas les choses. Nous ne pouvons pas continuer dans ce cadre…”.

Un pas en avant, deux en arrière…
Un autre istiqlalien a déclaré que ce qui est visé dans tout cela c'est le PI : “Nous estimons que depuis 2003 c'était le PJD qui dirigeait la ville. Sajid ne servait que d'écran pour le PJD. Nous avons constaté que le PJD a pris en otage, lundi, la salle où se déroulait le scrutin ce qui a eu des incidences sur l'opération du vote. Par ailleurs, nous estimons que le devenir du conseil de la ville n'est pas entre les mains des partis politiques mais entre les mains de lobbies et d'individus. On voit clairement que la coalition qui a réuni plusieurs partis n'a abouti à rien…”.
A l'heure où nous mettions sous presse, l'élection des autres vice-présidents se déroule dans la même ambiance où les pourparlers se font à plusieurs niveaux pour trouver une solution à ce blocage.
En attendant, le processus électoral continue jusqu'à présent de révéler ses secrets. Une majorité gouvernementale vide de sens. Une Koutla qui ne sait plus où mettre la tête. Un mode de scrutin qui a montré ses limites. Une classe politique fragile dominée essentiellement par des intérêts égoïstes et politiciens. La course pour l'influence des voix ne s'est pourtant pas arrêtée à l'issue du scrutin du 12 juin dernier. Les ambitions et le cynisme ayant gagné du terrain au détriment des identités et des programmes ont semble-t-il, "légitimé" le retour en force des "fameux partis de l'Administration" à la tête des grandes villes du Royaume. Les élections des Maires ont constitué également un véritable second tour de ces échéances et ont démontré des réalités politiques et partisanes inquiétantes pour l'avenir de la démocratie dans un pays comme le nôtre. Une reproduction des mêmes modes de gestion antérieurs alors que l’argent, les mensonges et la trahison continuent de constituer l’essentiel des règles du jeu politique chez nous...


 

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