Auteur : Fahd Yata Publier le : May 5, 2008
L’association mondiale des journaux, (WAN), le groupe de travail sur la liberté d’expression en Afrique du Nord, (WGFENA) et l’hebdomadaire local Tel Quel organisent, vendredi 2 mai et samedi 3 mai à Casablanca, une conférence sur le thème : «Quelle stratégie pour faire face aux attaques contre la presse en Afrique du Nord». Dans la lettre d’invitation adressée notamment à plusieurs organes de la presse nationale, les organisateurs précisent que : «Cette conférence se tient dans un contexte de recrudescence particulièrement grave des attaques contre la liberté de la presse partout en Afrique du Nord et notamment en Egypte, Tunisie, Algérie et Maroc, qui se caractérise par un nombre élevé de poursuites judiciaires contre les journaux et les journalistes. Elle compte réunir des journalistes des médias ciblés ainsi que des ONG qui défendent la liberté d’expression dans la région». Outre les interventions de Mmes Jouan pour la WAN, Bensedrine pour le WGFENA et M. Benchemsi pour Tel Quel, le programme prévoit notamment des prises de paroles de RSF, (Ménard), l’OMDH, (Mme Bouayad), l’AMDH, (M. Amine), le SNPM, (M. Moujahid), la FMEJ, (M. Hachimi Idrissi), Al Massae, (M. Nini), et des journalistes ou éditeurs maghrébins et égyptiens, comme le célèbre Benchicou, Directeur du Matin d’Alger. On ne contestera à personne le droit d’organiser un tel forum à Casablanca, mais cette manifestation, dans son principe même, mérite bien quelques remarques. La première, qui vient à l’esprit de tous, tient au fait même de sa tenue au Maroc alors que les organisateurs avancent qu’il existe aujourd’hui «une recrudescence particulièrement grave des attaques contre la presse partout en Afrique du Nord…». Du fait donc des poursuites engagées contre Tel Quel et Al Massae essentiellement, le Maroc est placé dans le même sac que l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte. Tel Quel, qui s’instaure juge et partie, oublie d’ailleurs pour l’occasion sa grave polémique et son profond «différend idéologique» avec Al Massae en offrant une tribune à Rachid Nini dont le quotidien avait participé à l’offensive contre les « homos » de Ksar El Kébir. Robert Ménard, quant à lui, revenu de son escalade fort médiatisée de la Tour Eiffel et de Notre Dame, lâché finalement par les autorités françaises qui ont présenté des excuses officielles à la Chine au nom de la realpolitik (les affaires sont les affaires), retourne à ses premières amours…marocaines. Car tout ce beau et courageux monde n’a sans doute pas jugé utile de mettre vraiment l’accent sur les atteintes à la liberté de la presse en Afrique du Nord en organisant cette conférence à Alger, Tunis ou Le Caire. Certes, ni Benchicou, ni Ménard, ni même Benchemsi ou encore Moujahid n’auraient pu, en ce cas, dépasser les limites de la zone internationale des aéroports de l’une ou l’autre capitales de ces Etats, mais cela aurait permis d’attirer l’attention des médias internationaux et des opinions publiques occidentales sur la réalité des entraves à la libre expression dans les pays de la région qui vivent effectivement une telle situation!
Partout sauf au Maroc
C’est incontestablement une démarche aussi provocatrice que déplacée que de considérer que la presse marocaine aujourd’hui est en proie à une «recrudescence particulièrement grave des attaques». Serait-ce parce que Tel Quel, ayant interpellé le Souverain sur un mode passablement injurieux, est aujourd’hui en attente (pour septembre 2008) de la reprise de son procès que la presse nationale est menacée ? Serait-ce parce qu’Al Massae, ayant diffamé plusieurs hauts magistrats et qui publie chaque jour des photos de pin-up en maillot, est condamné à de lourdes amendes que notre liberté d’expression est actuellement en danger ? Il n’est pas honnête, en vérité, de considérer que les titres marocains sont dans la même situation que leurs confrères algériens, tunisiens ou égyptiens et c’est faire un amalgame réducteur et injuste de placer le Maroc aux côtés des autres Etats de la région, à l’exclusion (on se demande bien pourquoi d’ailleurs…) de la Libye ! En organisant leur conférence à Casablanca, Tel Quel et ses partenaires nous prouvent l’exact contraire de leurs affirmations et réduisent donc très fortement à la fois la crédibilité de leur démarche et la pertinence de leur combat pour la reconnaissance d’une liberté d’expression vraie et responsable en Algérie, en Tunisie, en Libye et en Egypte. Il aurait été plus sain d’organiser, avec les autres titres de la place, un véritable débat, contradictoire sans doute, sur l’état de la liberté de la presse au Maroc, sans se contenter d’inviter les habituels «béni oui oui» de l’anti-marocanisme primaire. Il aurait été plus sain, également, qu’avant cette occasion, Tel Quel annonçât qu’il renonçait à l’aide étatique à la presse, lui qui s’estime aujourd’hui menacé dans son existence par un Etat répressif, tout comme le «pauvre» quotidien Al Massae qui risque d’être mis en faillite par une amende de 6 millions de dirhams alors que ses ventes en kiosque dépassent chaque jour la centaine de milliers d’exemplaires… Mais de débat et de confrontation d’idées, point n’en veulent nos organisateurs. La cause est entendue, la chose jugée. Dommage pour nos confrères algériens, tunisiens, égyptiens et libyens…
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