Auteur : Fahd Yata Publier le : March 31, 2008
Les derniers développements « juridiques » de l’affaire Belliraj ne manquent pas d’interpeller. En effet, tandis que les détenus «politiques» issus d’Al Badil Al Hadari, du Hizb al Oumma, du PJD et autres PSU, se sont adjoint les services d’avocats connus pour leurs batailles antérieures contre le Pouvoir, le sieur Belliraj, qui reconnaît avoir eu des contacts avec certains dirigeants d’Al Qaïda, a choisi Me Ziane comme défenseur… Et tandis que les premiers prennent à témoin l’opinion publique pour dénoncer les violations de la procédure et de la présomption d’innocence, « allumant » au passage les ministres Benmoussa et Naciri, le dernier, prolixe comme à son habitude, embrouille encore plus une affaire passablement compliquée en appelant à la rescousse le FIS algérien dissous… L’affaire Belliraj donc, dès le départ mal enclenchée, en termes de communication, par les pouvoirs publics, est ainsi en passe de se transformer en une mise en accusation de l’Etat et de ses différentes articulations officielles. Cette situation, pourtant, ne doit pas être critiquée en son essence parce qu’elle est, somme toute, la résultante de l’état de démocratie que vit le Royaume, lequel permet l’expression haute et forte (parfois même exagérée) d’opinions diverses, contradictoires et multiples. Avec le concours, (toujours gracieux, mais non désintéressé), d’une partie de la presse nationale, les défenseurs de prévenus qui, pour l’instant, sont toujours présumés innocents, peuvent ainsi entamer et mener leurs plaidoiries anticipatrices sur la place publique, ce qui, peut-être, en dit déjà long sur les difficultés qu’ils connaitront dans le prétoire… Cette bataille au grand jour, qui, objectivement, traduit également la volonté de ces avocats d’obtenir le soutien d’une partie au moins de l’opinion nationale, devrait être appréhendée plus sérieusement et plus finement par nos « communicateurs » officiels, sous peine de sortir totalement décrédibilisés avant même que ne commence le procès du réseau Belliraj. Dans le passé, comme ne sauraient l’oublier tous ceux qui ont une mémoire non sélective (c’est-à-dire insensible aux sympathies politiques ou idéologiques), il était de tradition, dans certains milieux, de contester et de rejeter les affirmations officielles lorsqu’il s’agissait « d’affaires politiques à prolongements armés »… Le Pouvoir était par essence répressif et coupable de tous les maux… Avec le travail de mémoire et l’ouverture démocratique, des voix courageuses, des témoignages irréfutables sont venus édifier les consciences sur certaines périodes durant lesquelles les uns projetaient de renverser par la violence l’ordre établi et les autres, par la répression aveugle et sévère, la violation des droits de l’homme et l’arbitraire, combattaient ces tendances blanquistes ou putschistes. Nous sommes très loin de tout cela aujourd’hui et il faudrait sans doute éviter que d’aucuns ne prennent prétexte de ce passé pour construire des argumentations approximatives et même fallacieuses. La meilleure des réponses donc à tous ceux qui voudraient instrumentaliser l’affaire Belliraj pour retrouver un statut de protestataires professionnels alors qu’ils sont aujourd’hui quasiment réduits au chômage du fait des avancées réalisées dans le champ démocratique, est de mettre en place une stratégie de communication étoffée, convaincante et claire.
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