Auteur : Afifa Dassouli
D’une semaine l’autre, les revues hebdomadaires des sociétés de bourse s’accordent de plus en plus à porter le même jugement sur le marché bousier, à savoir qu’il devrait poursuivre sa tendance baissière et dans des volumes de plus en plus faibles de surcroît. Sauf exceptions… La dernière en date que l’on peut citer est un mouvement de vente sur une valeur donnée, un achat de paquets d’actions d’une société cotée par un institutionnel comme ce fut le cas avec Distrisoft il y a trois semaines. On se rappelle en effet qu’à cette date, RMAWatanya, CNIASAADA et Hakam Finance avaient déclaré avoir franchi les seuils de 5% et 10% du capital de cette société spécialisée dans les NTIC.
Cette morosité du marché commence à durer au-delà des prévisions des opérateurs. Or, si les investisseurs personnes physiques peuvent s’écarter du marché actions en prenant ou pas leurs bénéfices ou leurs pertes, pour les institutionnels, cela est beaucoup plus difficile. En effet, la structure de leur portefeuille se compose de plus de 50% d’actions, soit la plus forte proportion par rapport aux obligations et à l’immobilier. De ce fait, la valorisation de leurs actifs dépend en grande partie du comportement des cours boursiers. De plus, ils sont obligés de constituer des provisions dès que la baisse atteint 25% d’une valeur. Et même si la correction de la Bourse n’a pas encore atteint ce niveau en deux ans, les institutionnels se doivent d’en considérer le risque d’autant qu’il touche à leur santé financière. En effet, s’ils provisionnent, ils doivent renforcer leurs capitaux propres et s’ils ne le font pas, ils subissent des pertes sèches de dépréciation de leurs actifs.
Quelques pistes...
Alors, comment sortir la bourse de la crise ? A cette question, la réponse est apparemment simple. Il suffirait que les fondamentaux des entreprises et du pays soient bons et prometteurs puisque sur le marché financier, les acquisitions se font sur la base des bénéfices attendus dans le futur.
Chez nous, les résultats semestriels publiés en septembre ont été, en général, moins bons que prévus par les analystes financiers et les fondamentaux du pays se sont dégradés les trois premiers trimestres de 2009 avant de se redresser au début du quatrième. Est-ce à dire que la Bourse de Casablanca les suit ? Malheureusement, celle-ci n’est pas de ce niveau d’efficience et ses opérateurs ont perdu confiance. Ils attendent les premiers redressements de cours pour vendre, croyant éviter de plus fortes pertes ultérieures sans aucune conscience du poids de leur comportement sur le bon fonctionnement du marché.
Face à cette situation de rupture et de crise de confiance, le ministère de tutelle, celui des Finances en l’occurrence, dit réfléchir à une nouvelle réforme. Encore une ! Mais pourquoi faire ?
La réponse officielle est qu’il faut abolir le conflit d’intérêt qui existe entre les sociétés de bourse et les actionnaires de la BVC également membres de son conseil d’administration. En d’autres termes, il serait arrivé aux sociétés de bourse de faire passer l’intérêt de leurs activités avant celui du marché. D’où l’idée d’ouvrir le capital de la Bourse des Valeurs de Casablanca aux institutionnels acteurs de ce marché. Mais est-ce là l’unique solution pour la relance du marché ? Certainement pas. Les vraies solutions résident dans des mesures opérationnelles de marché comme l’accroissement des flottants des sociétés cotées pour améliorer la liquidité de leurs cours de façon graduelle et en fonction de la taille de leur capitalisation boursière. Ou encore la révision des programmes de rachats qui verrouillent à l’extrême l’évolution des cours des valeurs, freinant leur réaction aux informations de marché et des sociétés cotées elles-mêmes. On pourrait également favoriser l’introduction en bourse par des mesures fiscales incitatives certes, mais aussi en simplifiant la procédure et le coût d’introduction pour les petites et moyennes entreprises. Celles-ci pourraient y trouver leur bonheur et, surtout par les temps qui courent de resserrement des crédits bancaires, de nouvelles sources de financements…
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