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L'Élysée et la majorité se crispent sur les thèmes sécuritaires en prévision d'élections régionales difficiles : Le temps du Kar

Auteur : Alex PANZANI

Une fois ça va, deux fois, bonjour les dégâts... Après la dernière sortie de Fadéla Amara, les responsables du marketing de la société Karcher pourraient se plaindre! Leur marque, un peu comme Frigidaire, est certes devenue un nom usuel,  formidable reconnaissance par le consommateur.  Mais qu'elle serve désormais d'emblème à la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy n'est pas forcément la meilleure des publicités quand on en connait ses résultats, plutôt moyens, en matière de lutte contre la délinquance. La fondatrice de «Ni putes, ni soumises» a déjà  fait mieux dans la provoc, mais cette fois, usée par sa fonction, visiblement à court d'idées, il lui faut exister. Après une longue éclipse, la secrétaire d'État chargée de la Politique de la Ville a donc cru faire une rentrée médiatique fracassante en rebondissant sur la mort, le mois dernier, d'un enfant de 12 ans, victime innocente d'une fusillade entre bandes rivales à Lyon. «C'est révoltant, déclare-t-elle, j'ai connu la perte d'un membre de ma famille, je sais ce que cela signifie. J'ai eu le père de ce gamin au téléphone, il était d'une incroyable dignité». Jusque-là rien à redire et qui peut prétendre le contraire, (sinon la socialiste Martine Aubry et quelques-uns de ses amis) quand elle ajoute :  «Il faut agir et je suis scandalisée quand j'entends que la sécurité est un discours de droite : l'ordre républicain est émancipateur». On ne peut encore qu'être d'accord quand elle affirme : « Le droit à la sécurité n'est pas réservée aux bourgeois». Mais le masque tombe quand elle juge utile de déterrer le Karcher brandi par Nicolas Sarkozy en 2005 pour en rajouter une couche et proclamer : «Oui, il faut nettoyer au Karcher, nettoyer cette violence qui tue nos enfants dans les cités.» Il est vrai que pour une large fraction de l'opinion publique française, ces propos ne choquent pas et ce n'est  pas seulement vrai pour  les électeurs du Front National.  «A force d'entendre les associations en charge de la lutte contre le racisme, dans la mouvance du PS, s'insurger chaque fois qu'un incident ou accident provoque la mort d'un délinquant d'origine étrangère et faire systématiquement le procès de la police, on finit par exaspérer les braves gens, exacerber les haines et amplifier la violence», constate lucidement un élu municipal proche de François Bayrou.


 


Le naufrage du plan banlieues


Mais cela autorise-t-il- à jeter de l'huile sur le feu ? Dans le cas de Fadéla Amara, la manœuvre politicienne est évidente. Philippe Pitaud, rédacteur en chef adjoint du Progrès, le quotidien lyonnais qui a reproduit cet entretien, confirme qu'il ne s'agit pas d'un dérapage .« C'est complètement maîtrisé. Elle a relu l'interview et en a validé les termes » précise-t-il. Visiblement, Fadéla Amara n'agissait pas sous le coup de l'émotion et sa réaction est d'autant plus surprenante qu'à l'époque, elle avait pris ses distances avec le karcher de Nicolas Sarkozy. Récemment encore, alors qu'elle tentait de faire entendre sa différence à propos de l'expulsion des Afghans, le ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale l'avait sèchement renvoyée dans les cordes par un «chacun à son job et à son poste  !». Apparemment Fadéla Amara, comprenant qu'elle n'a plus l'espace que lui avait valu son franc-parler comme son fameux «dégueulasse» à propos des tests ADN en matière d'immigration, préfère se couler dans le moule et même en rajouter. Elle n'est plus, il est vrai, en position de force. Le naufrage de son plan «Espoir Banlieues» présenté en 2008 comme le  plan Marshall des cités ne lui laisse aucune possibilité sinon celle de démissionner. D'autant que du côté de l'Élysée, on a enfoncé le clou cruellement. Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, soulignait récemment «Le président de la République avait lancé un plan banlieue pour lutter contre cette désintégration sociale, mais cela n'a pas abouti, parce qu'il est très difficile de faire bouger tous les conservatismes, tout l'appareil d'État». En réalité, c'est l'absence de moyens qui est surtout en cause. Mais cet échec est d'abord celui de la ministre en charge du dossier et le message ne pouvait être plus clair. Fadéla Amara se retrouve donc sur un siège éjectable programmé pour fonctionner lors du prochain remaniement  ministériel. «C'est sans doute ce qui explique les gages qu'elle a donnés ces derniers mois, par exemple en volant au secours de Brice Hortefeux après sa mauvaise blague, et pire encore de Jean Sarkozy, allant jusqu'à accuser les médias de racisme «patronymique», remarque un observateur qui suppute déjà sur le futur remaniement. Alors Fadéla rame et sa dernière sortie s'inscrit dans cette lignée. «Que veut-elle ? Qu'espère-t-elle encore ? Ne pas être virée du gouvernement après les prochaines régionales? Ce serait encore plus triste», s'interroge le journaliste Jean-Marcel Bouguereau, analyste avisé de la vie politique française, qui ne cache pas une vieille sympathie pour l'ancienne agitatrice de  l'association « Ni putes, ni soumises ».


Une chose est certaine, les places vont être très chaudes au gouvernement et la prochaine échéance électorale, celle des régionales, tétanise à la fois l'Élysée, Matignon et l'ensemble de la majorité qui se crispe. On fait donc feu de tout bois pour éviter le désastre annoncé par les politologues. Une défaite honorable aurait même des allures de victoire. Entre ces deux hypothèses, ce sont les voix proches de l'extrême droite qui feront la différence.


 


Contre-feu à hauts risques


C'est dire si les thèmes sécuritaires, amalgamés à ceux de l'immigration et de l'identité nationale, ont leur importance. Mais cette stratégie du contre-feu n'est pas sans risques et pourrait en réalité allumer  l'incendie. Que le Front national, qui depuis 2007 plafonne à 7% des voix, dépasse dans le pays la barre des 10 % et cela voudra dire qu'on lui a en réalité redonné de l'air. Cette perspective déplaisante entretient d'ailleurs certaines tensions au sein de la majorité. Dominique de Villepin et  ses amis attendent l'opportunité de voir s'ouvrir un espace.


Mais Nicolas Sarkozy maintient le cap, suivi par les leaders du parti présidentiel. C'est ainsi que Valérie Pécresse, tête de liste en Ile de France, est bien décidée à imposer le thème sécuritaire dans sa campagne. Alors que le chef de l'Etat vient de réagir à la mort d'un lycéen en réaffirmant sa volonté de « sanctuariser » les établissements scolaires, la ministre a été la première à ouvrir le débat en Ile-de-France, dans l'enceinte du lycée Darius-Milhaud au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) où s'est produit le drame. Mais comment être à l'offensive, alors que le bilan gouvernemental en la matière, comme sur la question de la sécurité en général, est des plus mitigés? Il est surtout fait de promesses qui tardent à se concrétiser.


Le malaise est palpable. Il explique donc que Fadéla Amara, qui n'a cessé depuis sa nomination de répéter «il est urgent d'agir», ait  faute d'autres propositions réclamé  la «karchérisation» promise en 2005. Loin de faire peur aux délinquants, elle  risque par contre de rappeler aux électeurs des banlieues que Nicolas Sarkozy n'a rien nettoyé du tout. Il en va de la politique comme de l'Histoire, quand elle se répète, elle bégaye, et ce n'est  guère encourageant pour l'année 2010.



 


Vote des étrangers: Sarkozy et Besson piégés


La proposition revient régulièrement sur le tapis depuis trente ans, le plus souvent à l'initiative de la gauche et c'est le cadeau empoisonné du nouvel an du PS à Nicolas Sarkozy et à l'UMP. Lors de ses vœux à la presse, Martine Aubry a remis sur le tapis la question du vote des étrangers dans les élections locales comme cela se fait déjà dans certain pays européens. Elle a annoncé que son parti déposerait une proposition de loi en ce sens. Le Président de la République s'était déclaré favorable sur le plan « intellectuel » ainsi qu'Eric Besson le 10 janvier dernier, mais pas dans ... l'immédiat. Et pour cause puisque une grande partie de l'électorat de droite ne le leur pardonnerait pas et encore moins celui de l'extrême droite. Mais à force de dire n'importe quoi pour occuper le terrain médiatique on se fait piéger. La première dirigeante du PS les prend donc habilement à contre-pied en plein débat sur l'identité nationale en leur lançant, chiche! Bien joué serait-on tenté de dire avec un beau débat en perspective qui risque fort d'animer et d'envenimer la campagne des élections régionales, et même de semer la zizanie à droite. C'est en tout cas le but de la manœuvre


AP



 

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