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L’anniversaire fut morose : Sarkozy, encore quatre ans, mais comment rebondir ?

Auteur : Alex PANZANI
Publier le : May 12, 2008

Ce fut un sobre dîner de famille, les consignes avaient été données, il n'était pas question de faire la fête ce 6 mai 2008 alors que la France profonde se contentait d'un lancinant compte à rebours. « Putain, 4 ans… », l’expression est certes triviale, mais sur le portrait de Nicolas Sarkozy en couverture de l’hebdomadaire Marianne, elle traduit sans doute le mieux la morosité ambiante et l’état d’une opinion franchement hostile ou déboussolée qui ne voit pas l’autre bout du tunnel. La première bougie du « règne » a été soufflée sans tambours, ni trompettes. La veille était tombé la plus mauvais sondage de l’an I du quinquennat, 36 % de satisfaits selon l‘institut LH2! Pire, si l’élection présidentielle avait lieu demain, le résultat serait exactement inversé et Ségolène Royal, qui n’est pourtant pas en position de leader incontesté de la gauche, l’emporterait avec 53 % des suffrages. Un ans après ils sont donc légion les déçus et les aigris du Sarkozysme. Que la frange la plus molle ait lâché prise dès les premières difficultés, n‘est guère surprenant. Ce qui l’est beaucoup plus, c’est la crise que traverse la droite traditionnelle. Sinon, comment expliquer le succès de librairie de François Léotard avec son livre best-seller au titre prémonitoire « Ça va mal finir »?
L’ancien ministre, longtemps figure emblématique de la défunte UDF, semblait pourtant assez dévalué, mais sa critique est celle d’une France bien pensante, heurtée dans ses convictions. Nicolas Sarkozy avait pourtant eu le grand mérite de la convaincre qu’il lui fallait se remettre en cause, se réformer. A l’heure du premier bilan, on connaît l’enchaînement des dérapages, des couacs, du mélange des genres entre vie privée et vie publique, bref l‘étrange acharnement que le chef de l'État a mis à rompre le subtil équilibre majoritaire qu’il avait bâti! On retiendra surtout une faute stratégique, la première et la plus désastreuse, celle du «paquet fiscal» qui donna le signal de la défiance et répandit le sentiment, peut-être caricatural, mais ravageur, qu’on favorisait les «riches» et qu‘on pressurait les «pauvres».

Encore des cartes en main
L’Élysée n’avait pas non plus prévu la crise internationale qui le privait de toute marge de manœuvre financière. Adieu veaux, vaches, cochons, or gouverner n’est-ce pas prévoir?
Que reste-t-il de l'image rassurante d'un candidat incarnant le professionnalisme en politique face à l’amateurisme naïf et débridé de sa concurrente? Pas grand-chose, sinon un Président en campagne permanente.
Les socialistes exultent, mais à tort, pour dénoncer « une année d’illusions et de régression ». Toujours sans programme, sans stratégie commune, incapables de proposer une alternative, ils n’ont rien appris, ni rien oublié. Ils ont surtout perdu une année pour se doter de nouveaux statuts dont les Français n’ont que faire. alors que le pouvoir peut malgré tout s’appuyer sur un premier bilan. Réforme des régimes spéciaux de retraite, baisses d’impôts, réforme des droits de succession, détaxations des heures supplémentaires, autonomie des universités, etc.…Tout n’est certes pas parfait, mais à droite comme à gauche, on ne s’était jamais attaqué à autant de dossiers à la fois reconnaissent les observateurs les plus critiques. Le journaliste Nicolas Domenach, qui ne ménage guère l‘Élysée, constate que Nicolas Sarkozy a malgré tout évité le principal écueil, sombrer “dans le chiraquisme radical-socialiste, c’est-à-dire l’immobilisme de son prédécesseur”, comme le réclamait une partie de sa majorité! Il maintient donc le cap. Si l’horizon demeure chargé, l’espoir d’un redressement n‘est pas totalement illusoire. Les ministres du gouvernement répètent d’ailleurs sans convaincre, comme une leçon bien apprise, qu’ils ont déjà mis en œuvre cinquante-cinq réformes. C’est pourtant vrai et c’est du jamais vu sous la V ème République. Vont-elles porter leurs fruits et permettre au Président de rebondir? C'est ce que croit Thierry de Saussez, désormais le Monsieur COM, qui s’est vu confier la tâche de rendre les réformes plus lisibles “ Il faut, dit-il, avoir plus de clarté dans les explications, et moins de bouleversements à la fois. » Bref, une hiérarchie dans les réformes, dans la méthode tout le contraire de ce qu’a fait jusque là le chef de l‘Etat. Un souci et pas des moins négligeable s'estompe.
Carla Bruni, après avoir fait redouter le pire, trouve ses marques depuis quelques semaines. «Pourvu que ça dure », murmurent les conseillers, en croisant les doigts, mais c'est désormais un «atout coeur » sur lequel l'Élysée espère bien jouer, sans fausse note. Il y a, enfin et surtout, le tempérament du Chef de l’État qui n’est pas homme à se laisser abattre. Même ses détracteurs l’admettent : « sa combativité reste intacte et c’est sans doute sa meilleure carte». Il lui faudra pourtant canaliser son activisme débridé, comme cela semble être le cas en ce moment.
Tous les efforts pour rattraper le temps perdu seraient pourtant dérisoires, et balayés comme fétu de paille si le Président de la République ne parvenait à répondre concrètement aux attentes de l‘opinion publique sur le pouvoir d‘achat. Le plus dur reste à venir. Déjà le 15 mai, pour la journée d’action de la Fonction Publique, les Français seront en grève et dans la rue avant la grande explication sur les retraites. S’agira-t-il seulement d’un grand et incontournable classique syndical ou d’un face à face plus politique, d’un bras de fer avec le pouvoir qui ira en s’amplifiant au fil des mois et des années?
De la réponse à cette question dépend l’échec ou la réussite du quinquennat.


 

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