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L’indice de Morgan Stanley minore le Maroc : Le statut de pays émergent menacé ?

Auteur : Afifa Dassouli

Décidément le marché boursier, en plus de sa morosité permanente qui dure depuis plus d’un an, connaît des désagréments qui ne sont pas faits pour l’arranger. En effet, contrairement aux attentes des opérateurs et des engagements verbaux du ministre de l’Économie et des Finances au colloque de Skhirat le 30 septembre dernier, le projet de Loi de finances 2010 ne contient aucune mesure incitative pour l’investissement ni pour l’introduction en bourse.
La baisse de 25% et 50% de l’IS, respectivement pour les entreprises qui cèdent une partie de leur capital ou l’augmentent au profit du marché, ne devrait pas être prorogée de trois autres années, sauf amendements au niveau de la deuxième Chambre.
D’autre part, la banque d’affaires Morgan Stanley a révisé la semaine dernière son indice des pays émergents, le MSCI Global Standard Indices EM, en éliminant deux valeurs marocaines, CGI et BMCE Bank.
En conséquence, le poids du Maroc par rapport à l'indice global EM est passé de 0.3% à 0.2% et le poids du Maroc par rapport à l'indice EM-EMEA passe de 1.4% à 1.0%.
L’impact de cette décision s’est traduit au Maroc par une crise de méfiance à l’égard de ces deux valeurs. Anticipant une sortie de ces valeurs des portefeuilles des clients de Morgan Stanley par des ventes massives et une chute de leurs cours sur la place casablancaise, des sociétés de bourse locales ont répercuté l’information auprès de leurs clients, OPCVM, institutionnels et autres, en leur conseillant de vendre pour éventuellement racheter à un cours plus faible après la correction.

Les critères de Morgan Stanley
En effet, Morgan Stanley se base sur 3 critères pour sélectionner ou sortir une valeur de son indice : le niveau de liquidités, celui de la capitalisation et enfin celui du flottant, lesquels ont connu de fortes diminution pour ces deux valeurs.
La baisse de la liquidité a été respectivement de 7,715% pour CGI et 3,387% pour BMCE Bank. Pour la baisse des flottants de ces deux valeurs, on peut en expliquer l’exception parce que l’on sait que la CDG ramasse systématiquement sur le marché les actions CGI, que la BMCE a cédé 5% du capital au CIC et que les programmes de rachats sont destinés à racheter les actions qui ne trouvent pas d’acquéreurs à un moment donné. Par contre, en ce qui concerne la liquidité, on peut constater que c’est tout le marché qui n’est pas liquide. Et, inversement, toutes les valeurs de la cote ont des flottants faibles, raison essentielle du manque de liquidité du marché. Quant à la capitalisation boursière, elle a baissé de fait pour toutes les valeurs avec les corrections de cours que la place connaît depuis plusieurs mois.
Concrètement donc, l’action BMCE Bank a connu un mouvement massif de ventes. 120 000 titres ont été cédés jeudi 12 novembre, 317 000 actions le vendredi 13 novembre et 122 000 titres cédés lundi dernier. Ce titre a perdu ainsi linéairement 17% à un cours de 200 dirhams contre 240 dirhams.
La CGI a été un peu moins maltraitée pour la simple raison que son flottant a été vraiment asséché, baissant néanmoins de 8% entre le lundi 9 novembre et le mardi 17 novembre, de 1830 Dh l’action à 1685 Dh.
Une étude de CitiGroup évoque d’ailleurs les conséquences de la sortie de deux des six valeurs marocaines incluses dans l’indice des pays émergents de Morgan Stanley. En effet, selon cette étude les quatre autres valeurs de cet indice risquent de connaître le même sort, et en particulier ONA.
Ainsi, s’il n’y a pas de nouvelles introductions en bourse dans les prochains mois de 2010 et si la liquidité du marché ne s’améliore pas, c’est le classement du Maroc qui risque d’en pâtir sévèrement en rétrogradant du statut d’ «emerging», (émergent) à celui de « frontier status » (à la frontière, c’est-à-dire à la limite inférieure du statut de pays émergent), comme ce fut le cas pour le marché jordanien, l’an passé.
Le marché financier marocain aurait ainsi perdu le fruit de d’un travail conséquent de dix années pour le hisser aux standards internationaux et rendre la place financière casablancaise attractive…


 

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