Le marché marocain du crédit à la consommation est en voie de développement et recèle donc un certain nombre de potentialités importantes. Aujourd’hui, le développement du crédit s’opère essentiellement dans les zones urbaines avec les besoins d’équipements électroménagers comme le montre la période de l’Aïd El Kébir et le marché de l’automobile qui connaît des croissances intéressantes de 20% et, surtout, un fort potentiel, comme le prouve l’engouement pour la LOA, la location avec option d’achat, le leasing aux particuliers en quelque sorte.
La libéralisation sur les droits de douane va également permettre au plus grand nombre d’accéder à des produits encore onéreux actuellement. Des besoins qui n’existent pas tout à fait encore vont apparaître et les marchés connaîtront des développements importants sur lesquels le crédit va jouer un rôle de levier.
Les classes moyennes en zone urbaine ont ainsi besoin de consommer dans tous les domaines : équipements domestiques, automobiles, voyages, etc. Le marché marocain est donc actuellement porteur d’années de fortes progressions pour les établissements financiers.
À Wafasalaf, par exemple, on considère que le marché est sur des évolutions aussi importantes que positives, plutôt comparables aux pays de l’Est européen qu’à la France.
Mais ces mutations et cette croissance doivent s’appréhender avec une certaine prudence afin d’éviter des phénomènes de surendettement qui risqueraient de casser cette courbe ascendante du fait d’une réglementation préventive que les autorités de tutelle se verraient dans l’obligation d’imposer. Des méthodes et des démarches permettent de réduire ces risques et ils ont déjà été éprouvés à l’étranger.
Le scoring, par exemple, a pour avantage de poser des règles scientifiques. Accepter un dossier sans règle relève du hasard. On l’a vu chez Sofinco, en France, à la fin des années 80 où l’imposition de règles scientifiques a permis de développer les dossiers de crédits.
En effet, le scoring est un outil qui, à partir de l’analyse d’une population, définit des catégories de clientèle. Il y a celles à risques, que les grandes sociétés refusent car cela est générateur d’impayés, des populations à bas risques, et toutes celles qui se situent entre ces deux extrèmes.
La société de crédit définit donc des critères par rapport à son expertise et adopte telle ou telle démarche pour tel ou tel type de population, de comportement.
Un autre outil est celui qui prend en compte l’analyse de la base de données disponibles chez les grands opérateurs et qui permet, par rapport à l’expertise acquise, de définir des éléments, tel l’âge, la profession, la stabilité à l’emploi, la situation maritale, qui font que la société de crédit est à même de classifier le client et de le placer dans telle ou telle catégorie de populations.
En général, les citoyens marocains estiment cependant que le TEG est trop élevé.
Il faut savoir qu’au Maroc, 85% du crédit à la consommation sont attribués par les établissements financiers contre 15 % par les banques. Cette fourchette se rétrécit d’année en année, et devrait suivre le même trend que le marché français par exemple où le crédit à la consommation n’est plus distribué qu’à hauteur de 50 % environ par les établissements financiers, tant ils seront de plus en plus, concurrencés par les banques.
Le taux d’usure au Maroc est de 13,03 %, soit globalement, près de sept points inférieur au taux d’usure en France. Cependant, il faut appréhender la notion de taux avec prudence. On peut faire dire aux taux ce que l’on veut. Un TEG n’est rien d’autre qu’un taux financier, qui a derrière lui le coût du crédit. Il importe donc de regarder non le taux, mais concrètement ce que le client va payer en fin de crédit. Car le TEG de 13,4 % montre qu’il n’y a pas une grande marge entre le taux de refinancement et le taux d’usure. Ce qui signifie, globalement, que le crédit à la consommation n’est pas vraiment cher pour le client moyen qui a le plus souvent besoin de faire face à une dépense imprévue ou acheter un article sans posséder le cash nécessaire. Le crédit à la consommation lui permettra d’obtenir satisfaction moyennant un intérêt qui, sur l’année, ne sera pas dolosif pour sa bourse, à condition, bien sûr, qu’il ne soit pas surendetté au préalable.
Voilà pourquoi les sociétés de crédit à la consommation ont l’obligation de donner l’opportunité à un client, lorsqu’il a conclu un contrat, de réfléchir et, éventuellement, de se rétracter sur la base de son niveau d’endettement, notion toute relative. En effet, dans les pays développés, le niveau d’endettement n’est pas le même que dans un pays en voie de développement. Ainsi, en Grande-Bretagne, 67 % des citoyens ont un crédit à la consommation, contre 33 % en France. Alors que pour le Maroc, on ne dispose pas, à ce jour, de statistiques à ce sujet.
D’autre part, en France par exemple, les taux du crédit à la consommation, se situent entre 2,80 % et 3 % et l’emprunt se fait en fonction des taux, de la durée et du risque.
Au Maroc, le TMIC, Taux Moyen des Intérêts Conventionnés, mis en place est en réalité le taux d’usure au-delà duquel les sociétés de crédit ne peuvent pas prêter. Sa détermination est intervenue pour permettre au plus grand nombre de personnes d’accéder au crédit à la consommation.
Cette logique relève de l’hérésie parce qu’elle exclue une tranche de la population que l’on va qualifier de zone à haut risque. Et quand le taux d’usure est à 13,04 %, on ne prête pas à cette catégorie.
D’autant que le "scoring" utilise différents paramètres pour analyser ces catégories à risque. Parallèlement, les sociétés de crédit à la consommation accorderont des crédits à des taux en deçà du taux d’usure si les conditions du marché l’exigent.
Elles affirment agir en fonction de la loi de l’offre et de la demande, et offrent des ristournes sur le TMIC ou taux d’usure aux catégories de clients qui répondent à leurs critères de solvabilité.
Celles qui agissent ainsi sont incontestablement les sociétés de financement à crédit qui profitent de la baisse du taux de refinancement du fait de l’existence de surliquidités sur le marché monétaire ou de leur filiation aux banques.
En effet, il faut établir une distinction entre les différents types d’établissement de crédit. Ceux qui sont adossés à un groupe bancaire, comme Wafasalaf, Eqdom, Cetelem , Salafin, Sofac Crédit, Assalaf Chaïbi, ont effectivement un accès au refinancement qui est lié à leur appartenance à des groupes. Ainsi, aujourd’hui, tout établissement financier adossé à un groupe, peut emprunter sur le marché, sur des durées à court ou moyen terme, entre douze mois et un an, à un taux moyen qui évolue autour de 4 %.
Pour leurs besoins, elles varient d’ailleurs les instruments puisqu’elles utilisent du spot, des BSF, du moyen terme. Le refinancement varie en fonction des outils utilisés. Et nombre de sociétés de crédit à la consommation ont cessé de se financer par des émissions publiques parce que le marché bancaire offre des taux attractifs.
Cette conjoncture, incontestablement, profite à la clientèle et notamment à celle qui traditionnellement, a fait le bonheur de certaines sociétés de financement, les fonctionnaires.
En effet, il y a, environ, quatre cent mille fonctionnaires actifs et sur ce montant, il y en a deux cent mille qui ont des prêts ou des crédits contractés auprès d’établissements financiers
Aujourd’hui, certes, le fonctionnaire est une cible parce qu’il dispose de la stabilité en termes d’emploi et il y a une sécurité pour les établissements de crédit, qui, de surcroît, bénéficient du système du prélèvement à la source.
La profession est en train de voir avec la Paierie Principale du Royaume, PPR, comment modifier la notion de "reste à vivre" pour limiter les cas de surendettement.
Sur 2006 probablement, l’APSF, en concertation avec la PPR, demandera une modification à la hausse du montant protégé de 1500 dirhams.
Car il faut mettre un terme au débat qui dit que les établissements financiers surendettent le fonctionnaire ou le consommateur marocain. Ces établissements sont des institutions responsables et n’ont aucun intérêt dans le développement des impayés ou des défaillances de leurs clients, ce qui leur ferait perdre leurs revenus. Ils souhaitent, au contraire, une visibilité et une transparence sur l’information que transmet le client afin de prendre la décision la plus cohérente possible.
C’est dans cet esprit d’ailleurs que l’APSF a signé en 2005 une convention avec la Caisse Marocaine de Retraite, la CMR, qui permet à tous les établissements de crédit de consentir des prêts aux fonctionnaires retraités, par prélèvements à la source sur la pension. Un fonctionnaire actif, qui fait l’objet de prélèvements à la source par la PPR pour un crédit à la consommation, pourra faire switcher le même prélèvement sur sa pension, une fois à la retraite. De même, un retraité de la Fonction Publique, qui ne disposait pas de crédit, il y a une année, peut désormais s’adresser à un établissement de crédit à la consommation pour satisfaire ses besoins et bénéficier des avantages offerts par la convention conclue entre l’APSF et la CMR.
Et Bank Al-Maghrib travaille en concertation avec l’APSF, sur la défense des consommateurs contre le surendettement, voir article ci-contre.
Afifa Dassouli