Le processus de concentration du secteur s’est enclenché à partir de 2001-2002 et s’est notamment traduit par l’arrivée d’opérateurs étrangers (français), mais aussi l’absorption de plusieurs sociétés locales de crédit à la consommation.
1) Wafasalaf
Ainsi, historiquement, Wafasalaf fut la première filiale étrangère de Sofinco, actuel partenaire d’Attijariwafa bank dans Wafasalaf. Le partenariat avec Wafasalaf, qui date de 1987, a été l’occasion pour Sofinco de mettre en place sa politique internationale. À l’époque, le deal était que Sofinco créait une filiale de crédit à la consommation au Maroc tandis que Wafabank souhaitait bénéficier de l’expertise technique du professionnel français. C’est d’ailleurs, précise M. ADAM, Directeur commercial de Wafasalaf arrivé au Maroc depuis quelques mois, " la pratique affirmée de Sofinco à l’internationale est de rentrer en tant que partenaire étranger unique et de s’appuyer sur des partenaires locaux qui ont la connaissance du tissu du pays les moyens capitalistiques et l’organisation nécessaire. Sofinco s’allie avec de tels partenaires pour développer des filiales. C’est le cas, par exemple, en Espagne, avec la Caixa, au Portugal avec la filiale d’Espirito Santo, en Grèce, en Italie "
Pour l’origine d’ailleurs, Sofinco a fait partie du Groupe Suez à partir de sa privatisation en 1986 jusqu’à la fin des années 90, lorsque le Crédit Agricole a pris le contrôle de la société de crédit à la consommation en deux étapes.
Historiquement, les liaisons entre le Crédit Agricole et le Groupe Suez étaient bien établies, ce qui explique pourquoi Sofinco est entré dans le capital de certaines filiales étrangères avant même l’absorption de Sofinco par le Groupe Crédit Agricole qui était actionnaire de Wafabank.
Sofinco a dès le départ détenu la gestion de Wafasalaf avec seulement une participation de 35 % au capital.
C’est une autre exigence du Groupe Sofinco. Ce dernier a une vision de son développement à l’international qui consiste à mettre en place de vrais partenariats avec des groupes locaux, en apportant un savoir faire dans la gestion, les modèles de scores, les process commerciaux ou de back office. Mais, "L’objectif de Sofinco n’est pas de mettre en place des structures toutes faites. Il s’agit, au contraire, de s’appuyer sur le contexte local, avec ses caractéristiques, ses ressources humaines, ses modèles organisationnels, pour la mise en pratique du savoir faire de Sofinco. On laisse donc à la filiale une certaine liberté d’intégration parce que cela permet des adaptations plus faciles" explique M.ADAM. La preuve en est que Sofinco ne vient pas en tant que tel dans un pays. La marque Sofinco n’existe qu’en France. Sofinco n’est pas connue des Marocains alors que Wafasalaf a développé une image qui a un vrai sens dans le contexte économique et commercial local, le crédit étant un produit de consommation lié au grand public de chaque pays et il doit être compris, appréhendé par tous. La marque doit être bien implantée dans le contexte local.
En 2004 Wafasalaf a racheté Crédor, une belle société de crédit privée appartenant à la famille Bennani Smirès. Et dans le nouvel ensemble ainsi constitué, Sofinco a gardé 34%, en mettant du cash.
2)Eqdom
Le quatrième opérateur français, Franfinance, filiale du Groupe Société Générale, est surtout en phase d’expansion en Europe de l’Est où la Société Générale détient aujourd’hui de solides positions, mais ne réalise qu’une part de marché mineure en France.
La cession par le groupe ONA de 44,42% du capital d’Eqdom au groupe SG a été faite en Mars 2002. Puis en avril 2002, une OPA partielle a été lancée par le groupe SG sur 8% du capital d’Eqdom. Elle a réussi puisque SG détient aujourd’hui la majorité confortable de 54% du capital d’Eqdom. En juin 2003, le groupe SG a procédé à la fusion absorption par Eqdom de Sogécrédit, l’ex-filiale du crédit à la consommation, de la Société Générale Marocaine de Banques, SGMB avec valeur rétroactive au premier janvier 2003. La SGMB détient aussi 19 % du capital d’Eqdom.
3) CETELEM
Cetelem est arrivé au Maroc en 1996 dans le cadre d’un partenariat de capital égalitaire avec la BCM, concrétisé par la création d’Attijari Cétélem. De son côté, la BMCI avait racheté en 1999 l’UFAC, une société de crédit qui n’était plus qu’une coquille vide, ce qui a permis à la filiale marocaine de BNP de monter une société de crédit sans en créer une nouvelle qui s’est transformée en BMCI Salaf en 2000. Au moment de la fusion entre BNP et Paribas, la BMCI, filiale de BNP, s’est retrouvée avec des participations croisées et une filiale commune avec une banque concurrente, la BCM. En conséquence, Cetelem France, devenue filiale de BNP-Paribas, avait été sollicité en février 2001 pour réaliser un audit de BMCI Salaf afin d’étudier la possibilité de gérer son back office. C’est à la suite de ce processus que Cetelem a pris 51 % du capital de BMCI Salaf en juin 2001, les 49% demeurant chez BMCI, devenant ainsi l’opérateur de cette société.
L’opération s’est faite en totale transparence et en parfait accord avec la Banque Commerciale du Maroc qui avait accepté que le back office de BMCI Salaf soit géré par leur filiale commune, Cetelem Maroc.
Une séparation est intervenue en 2003-2004, comme conséquence logique de la fusion entre la BCM et Wafabank. Le nouveau groupe bancaire, Attijariwafa bank se retrouvait, en effet, avec deux sociétés de crédit, l’une à 50-50, Cetelem, originairement détenue par la BCM et l’autre à 66 %-34 % par Wafabank et Sofinco. Il était donc naturel qu’Attijariwafa bank, qui revendiquait la première place sur le marché marocain en tant que banque commerciale privée, se porte vers la société de crédit, WafaSalaf, également leader et détenue majoritairement par Wafabank.
Afifa Dassouli
Nota : BNP Paribas et Cetelem viennent de prendre le contrôle au printemps dernier du troisième compétiteur en France dans le secteur du crédit à la consommation, Cofinoga.