La Nouvelle Tribune : Mme Leïla Mamou, vous dirigez Wafasalaf.
Sur la base de votre longue d’expérience du crédit à la consommation, que diriez-vous de votre métier ?
Mme Leïla Mamou : Je pense que le crédit à la consommation est un facteur objectif d’amélioration de la qualité de vie des citoyens. Nous sommes souvent taxés, à tort, de pratiquer des taux élevés, de facturer cher les crédits à nos clients. En fait, nous assumons, avec fierté, une fonction sociale et nous répondons aux demandes de nos clients avec le maximum de diligence. En effet, chez Wafasalaf, au-delà du fait que nous sommes une entreprise commerciale avec des obligations de résultats, nous sommes persuadés que nous avons un rôle, voire une implication communautaire. Certes, faire du business c’est important, cela permet aux entreprises de vivre. Mais faire du business sans limites, c’est dangereux. Nous sommes filiale du plus grand groupe marocain, de plus leader de notre marché, avec trente pour cent de parts de marché. Nous avons financé en 2005 plus de 3,8 milliards de dirhams. C’est une responsabilité économique et nous devons l’assumer, surtout vis-à-vis de l’environnement.
Le surendettement n’est pas en notre faveur comme le prouve l’exemple français ou d’Europe occidentale. En effet, les sociétés consuméristes ont mis en place, pour lutter contre le surendettement, des règles qui protègent les consommateurs . C’est d’ailleurs un sujet qui est aussi à l’ordre du jour des autorités de tutelles marocaines.
Voilà pourquoi il faut être prudent au Maroc. Chez Wafasalaf, le conseil et l’information des clients sont très importants, pour éviter le surendettement, il arrive quelquefois que nous proposions de différer certaines demandes de prêts. Nos règles d’acceptation sont probablement plus strictes que celles que peuvent pratiquer certains de nos confrères et nous sommes très attentifs à la notion de surendettement. Wafasalaf se doit d’être à la hauteur du métier qu’elle fait.
Pourquoi ? Cette image n’est-elle pas bien défendue par votre association, l’APSF ?
Si, justement, il est important de parler du rôle fondamental et déterminant de l’APSF dans le secteur du crédit à la consommation. Elle l’a accompagné dans sa professionnalisation, sa mutation et lors de son assainissement. Mieux encore, l’APSF contribue à l’éducation du client par la publication notamment du guide du crédit à la consommation et de part sa participation régulière à la journée du consommateur .
Par contre, sur le surendettement des clients, l’action de l’APSF n’a pas été aussi probante ?
Il faut mettre à l’actif de notre association la mise en place d’un Système d’Aide à l’Appréciation du risque ( SAAR) qui nous permet de lutter efficacement contre le surendettement du consommateur en nous informant sur ses incidents de paiement .
L’APSF est aussi associée au projet mis à l’étude par Bank Al-Maghrib sur un texte qui préviendra le surendettement des consommateurs. En effet, on ne peut plus accepter de prélever une proportion trop élevée du salaire d’un citoyen . Il faut s’assurer de laisser au client le minimum vital. Je pense donc que la prévention du surendettement est inévitable et salutaire pour notre profession.
Comment développer le marché dans un tel contexte ?
Il faut être créatif en innovant et en proposant de nouveaux produits et services. Le crédit à la consommation n’est pas uniquement fait du prêt personnel. Il y a un potentiel énorme puisque nous avons une pyramide des âges jeune avec plus de 100 000 ménages qui s’installent chaque année et les habitudes de consommation au Maroc évoluent. A nous de savoir accompagner le client dans cette évolution. A ce titre Wafasalaf se positionne comme l’un des acteurs les plus innovateurs en proposant une gamme complète de produits et services. Il faut rappeler que Wafasalaf a été la première société à lancer en 1993 une carte revolving Master Card avec une réserve d’argent qui permet aux meilleurs clients de Wafasalaf de mieux gérer leur budget. Une deuxième carte " la carte OK " a été lancée en 2003 et s’adresse à tous les clients. Nous avons ainsi banalisé cette notion de carte adossée à une réserve d’argent que le client peut utiliser quant il le souhaite.
La Location avec option d’achat a été lancée par Wafasalaf en 2001. Ce produit a boosté considérablement le marché de l’automobile et a amélioré le niveau et la qualité de vie de nos clients.
La diversification est-elle la clé de réussite de Wafasalaf ?
Tout à fait. Comme je l’ai déjà évoqué, Wafasalaf a choisi d’innover en élargissant sa clientèle au-delà des fonctionnaires. Depuis plus de quinze ans, Wafasalaf va vers de nouvelles cibles et de nouveaux produits, grâce à la perspicacité de ses managers. Nos derniers produits, les cartes privatives notamment dans la grande distribution et le crédit revolving connaissent un succès grandissant.
Au-delà de la diversité, il faut noter que le client marocain est de plus en plus exigeant. Les jeunes qui s’installent dans la vie professionnelle sont très avertis et aussi très impatients ! Quand ils veulent un prêt, ils le veulent tout de suite. C’est grâce à cette exigence que nous investissons continuellement dans les outils de pointe afin de répondre aux attentes de nos clients et aux exigences de notre métier. Toute notre organisation est orientée autour du client.
À 13%, le TEG reste élevé pour les clients, tout en étant considéré par les sociétés de financement comme insuffisant compte tenu de l’importance de leurs frais généraux. Qu’en dîtes-vous ?
Il faut appréhender la notion de taux avec prudence. On peut faire dire au taux ce que l’on veut . Tout d’abord le TEG actuel n’est pas élevé. Vous savez qu’en France par exemple le TEG sur le revolving est de l’ordre de 19%. Le TEG n’est rien d’autre qu’un taux financier qui intègre le prix de revient du crédit plus une marge. Ce qui est important pour le client c’est le coût total de son prêt . Sachez que pour la majorité des clients, ce qui est important c’est la possibilité de dépasser une situation difficile ou de satisfaire un besoin simple dans les plus brefs délais, et il est tout à fait normal que ce service soit rétribué à son juste prix.
Ce qu’il faut revoir c’est l’application de ce TEG afin que le secteur continue à évoluer sainement. A l’instar d’ailleurs de ce qui se fait en Europe, la notion de TEG gagnera à être revue en mettant en place un TEG modulable en fonction du montant, de la durée et du type de produit.
On dit parfois que le métier est affecté par le manque de garanties que peuvent apporter les clients…
La seule garantie que nous possédons est le fait que le client dispose de revenus stables et réguliers. Une fois ces éléments analysés, il nous revient de vérifier que le client a la capacité de rembourser sans détériorer sa qualité de vie.
Notre objectif n’est pas de surendetter le client, mais de le conseiller lors de la souscription afin que la relation soit durable.
Le microcrédit est-il un produit concurrent au crédit à la consommation ?
Pas du tout, le microcrédit est réservé aux personnes qui ne peuvent prétendre à un crédit auprès des sociétés de crédit faute de justifier leurs revenus. Je salue d’ailleurs cette initiative qui n’a plus à prouver son efficacité et surtout son utilité sociale.
On dit que le crédit ne bénéficie pas assez aux femmes
Je tiens à contredire cette idée préconçue. Wafasalaf est la seule société de crédit qui, durant le mois de mars, fête la femme en lui proposant des produits et des avantages spécifiques. Nous offrons aussi une rose à toutes les femmes qui viennent à Wafasalaf à travers tout le Maroc quel que soit d’ailleurs le motif de leur visite et ce, depuis 1998!
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli.