Décidément, la course à la taille fait de plus en plus d’adeptes. Alors que l’offre hostile du géant indien Mittal Steel sur le français Arcelor, dans le secteur de l’acier, fait monter au créneau politiques et syndicats. En France, les rumeurs prêtent au premier fabricant de cigarettes au Royaume Uni et quatrième groupe mondial, Imperial Tobacco, la volonté de lancer une offre amicale sur le cigaretier franco-espagnol, Altadis. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’un tel rapprochement est annoncé entre les deux géants européens du secteur. Annoncé déjà en 2004, le rachat d’Altadis est revenu sur le devant de scène à une période où le groupe Altadis fait face à une guerre des prix déclenchée par le géant américain du secteur, Philip Morris, et qui ne manquera pas d’impacter négativement sur les profits du fabricant franco-espagnol, ravivant ainsi l’hypothèse d’un rachat. Suite à cela, la banque d’affaires Goldman Sachs a abaissé son niveau de recommandation de “surperformé” à “performance en ligne”. Plus encore, la sortie d’une étude par un cabinet de renom, JP Morgan pour ne pas le citer, estimant qu’un rapprochement entre Altadis et Imperial Tobacco a “un sens stratégique” et qu’une “fusion des deux groupes pourrait générer d’importantes économies à terme” a donné plus de crédibilité à la rumeur et a eu pour conséquence une appréciation de l’action Altadis de 8% après la diffusion de cette note évoquant l’éventualité d’une OPA avec à la clé une prime de 25 %. Le quotidien britannique le “Daily Mail” a même indiqué que les dirigeants des deux groupes se sont rencontrés avant d’avancer qu’une offre amicale en numéraire de 11 milliards d’euros aurait été avancée par Imperial Tobacco. Si l’opération se concrétisait, ce serait la plus grosse opération d’Imperial Tobacco depuis celle qui lui avait permis de racheter le fabricant allemand Reemtsma en 2002 pour un montant de 5,2 milliards d’euros. Leader sur la Grande-Bretagne et en Allemagne, l’acquisition d’Altadis offrirait au fabricant britannique une diversification de ses sources de revenus sachant qu’Altadis réalise prés des deux tiers de ses ventes sur les marchés français et espagnols.
80 % du capital de la Régie des Tabacs
Si une telle opération se produisait, elle ne manquerait pas d’avoir un impact au niveau du Royaume sachant que le cigaretier national est aujourd’hui contrôlé à hauteur de 80 % par Altadis qui s’apprête d’ailleurs, suite à une entente avec le Gouvernement, à acquérir les 20 % du capital restant. En d’autres termes, et au cas où Impérial Tobacco lancerait une OPA sur Altadis, le cigaretier britannique deviendrait ipso facto la maison-mère de la Régie des Tabacs. Reste à savoir quelle politique de développement adopterait alors le géant britannique vis-à-vis de sa filiale marocaine.
Pour le moment, on est encore loin de ces calculs, même si le dossier est bien suivi, partant du principe qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Les deux parties ont infirmé les informations portant aussi bien sur l’OPA que la rencontre des dirigeants des deux groupes. Il faut dire que les rumeurs de ce type sont fréquentes sur les marchés. Il n’en demeure pas moins que les dirigeants du groupe britannique ne cachent pas leur intérêt pour les acquisitions. Pour nombre d’analystes, l’OPA du britannique est surtout liée à une question de timing. Imperial Tobacco, qui pèse en Bourse 17,8 milliards d’euros, contre 10 milliards pour Altadis, pourraient simplement retarder son offre et tabler, la guerre des prix sur le marché des cigarettes en Espagne aidant, sur un repli du cours du franco-espagnol pour acquérir le groupe à un prix plus abordable. Wait and see.
MD