La Nouvelle Tribune : M. Benabdesslem, on constate depuis de début de l’année, que le marché boursier est sur une tendance haussière continue et affiche une croissance de ses indices de plus de 20% soit presque autant que pour toute l’année 2005, comment expliquez-vous cette situation exceptionnelle, en tant que Président du Directoire de cette institution ?
M. Benabdesslem : La hausse du marché qui dure depuis fin novembre dernier, s’explique différemment selon qu’il s’agit de la fin de l’année 2005 ou de janvier 2006. En effet, pour la fin de 2005 les volumes importants traités s’expliquaient par la volonté des particuliers de fuire la Taxe sur les plus values réinstaurée pour 2006 et celle des institutionnels de valoriser leurs portefeuilles pour des contraintes bilancielles. L’ effet cumulé de ces deux éléments justifie ce qu’on appelle le rallye boursier de fin d’année. De ce fait, il est vrai qu’on s’attendait à une petite décrue depuis, mais on assiste à un véritable engouement pour le marché actions, généralisé, de toutes les catégories d’investisseurs . En effet, ces acteurs interviennent sur le marché de façon active et soutenue comme le prouvent les volumes traités. On est à 6,5 milliards de dirhams cumulés traités à la bourse depuis le début de l’année . Sur 19 séances de bourse en janvier, le volume moyen avoisine les 345 millions de dirhams traités par jour.
Quelles sont les raisons de cet engouement pour chaque catégorie d’investisseurs ?
Nous n’avons pas d’explications spécifiques concernant l’envolée des cours en janvier. Un constat cependant s’impose c’est que les épargnants continuent à investir en bourse directement, malgré la fiscalisation des plus values boursières et que les institutionnels dont les OPCVM, les compagnies d’assurances et les caisses de retraite sont plus que jamais, présents et réguliers. Par contre les interventions des investisseurs étrangers restent relativement faibles notamment par rapport à août dernier. Il faut dire que par comparaison aux autres bourses du Moyen Orient qui atteignent parfois des PER de 45-50, le marché marocain reste moins cher avec un PER de 19, 4 à fin 2005.
Peut-on dire que la bourse est en train de rattraper simplement les pertes de valeurs antérieures qui se sont cumulées 4 ans durant ?
Non, je pense plutôt que le marché boursier affiche des rendements attractifs. Que la bourse bénéficie de la nécessité d’éponger les excédents de liquidité et de la baisse tendancielle sur les produits dits classiques non risqués à taux fixes bancaires ou obligataires. Il est donc justifié aux yeux des investisseurs de prendre plus de risque pour avoir un meilleur rendement. La maturité des investisseurs se traduit à travers l’utilisation d’une méthode de choix basée sur un benchmark des différents produits pour choisir le meilleur rapport risque rendement. Selon le degré d’aversion au risque, les personnes physiques comme les institutionnels choisissent soit l’intermédiation des OPCVM, soit d’aller directement sur le marché.
La bourse a-t-elle un moyen technique ou une statistique pour savoir l’identité voire la nationalité des intervenants en bourse ?
Non, la bourse a comme interface les sociétés de bourse qui seules, avec les dépositaires, connaissent leurs clients. Et ce, à tel point que nous ne pouvons même pas savoir avec exactitude le nombre d’intervenants en bourse d’une catégorie. Par exemple, nous ne savons pas combien il y a de personnes physiques qui détiennent des actions cotées . Cette dernière information est pourtant fondamentale pour la bourse. Savoir ce que représentent les particuliers dans le stock, et leur encours par rapport!à la capitalisation boursière pourrait nous aider à évaluer leur part dans le flottant. Et de connaître leur nombre n’est souvent possible qu’à l’occasion d’une introduction en bourse, pour MT ils étaient 119 000 par exemple, mais ce qu’ils deviennent au fil du temps est impossible à savoir. Dans le cadre d’une démarché de place, la bourse pourrait demander aux dépositaires de l’aider à faire ce recensement, mais ne peut l’exiger tous les jours. C’est d’ailleurs ce qu’on envisage de faire. On sait par contre grâce au CDVM le nombre de porteurs de parts d’OPCVM personnes physiques qui avoisinent les 22 000. Il serait très intéressant de savoir combien de clients particuliers ont un compte titre et détiennent des actions ou obligations cotées au Maroc pour fixer des objectifs de développement du marché, en améliorer la liquidité et en mesurer la maturité. Par exemple sur le marché français, c’est 15% de la population des adultes de plus de 15 ans qui sont porteurs personnes physiques de valeurs cotées, contre 7% seulement en Allemagne.
Quels sont les faiseurs du marché aujourd’hui, les institutionnels ou les particuliers ?
Certainement les institutionnels. Les particuliers font certainement beaucoup d’ordres et de transactions, mais ce sont les institutionnels qui font et de loin le plus de volumes. Les particuliers doivent représenter approximativement quand même un tiers des flux depuis quelques semaines, ce qui est important, mais la période est exceptionnelle.
Mais une chose est sure, c’est que toutes les catégories d’investisseurs ont un appétit particulier pour la bourse en ce moment et qu’un grand nombre de valeurs de la cote traitent chaque jour soit entre 40 et 44 valeurs sur 54 contre 25 ou 30 valeurs dans les années de reprise 2003 et 2004, avec à l’époque, une dizaine à peine de façon régulière .
Quel diagnostic faites-vous pour l’année 2006, pensez-vous que la présence de tous ces acteurs va durer ?
Nous ne pouvons faire aucun diagnostic. Toute prévision est en plus impossible quand on est dans une situation d’exception comme celle qui dure depuis 2 mois à la bourse de Casablanca. Toute extrapolation ne peut être que fausse. Par contre, notre souhait c’est qu’on puisse évoluer vers une situation saine et que si une correction devait intervenir, qu’elle se fasse dans les mois qui suivent pour que la chute intervienne en douceur. Nous n’avons pas de crainte ni d’appréhension particulière pour l’instant tout en espérant que les cours ne flambent pas trop au-delà de février–mars de peur que la correction ne soit sévère.
Quels sont les critères que vous observez ?
La performance de l’ indice qui est déjà à plus de 20% depuis le début de l’année et qui correspond à celle d’une année exceptionnelle alors qu’on est à un seul mois du début de l’année. Deuxièmement, la capitalisation boursière et troisièmement, les volumes qui doublent leur moyenne quotidienne du marché central de 2005, qui était de 150 millions de dirhams jour.
Dans quelle mesure la Bourse de Casablanca suit-elle toutes les bourses du monde qui après une très bonne année 2005 continuent de grimper ?
A mon avis, il n’y a aucune connexion entre notre marché et les autres, d’autant que la présence des investisseurs étrangers est encore faible. Une des preuves étant que toutes les bourses arabes ont pris jusqu’à 130 % en 2005 alors que nous avons dû nous contenter de 22%.
En conclusion ?
Il n’y a donc aucune nouvelle extraordinaire ni extérieure qui expliquerait la tendance actuelle du marché bousier, si ce n’est ses perspectives de rendement attractif par rapport à d’autres modes de placement.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli