La place casablancaise traite en effet des volumes qui traduisent une activité intense et continue quotidiennement et la première impression que cette situation inspire, c’est que la confiance y est revenue et s’ est même fortement installée sur le marché " actions " en 2005. En effet, les rendements obligataires ont baissé, les valeurs phares du marché se sont diversifiées même si le titre Maroc Telecom tient le haut du pavé en termes de volume et de valorisation. Les petites valeurs présentent elles aussi à nouveau un attrait parce que les entreprises concernées se sont restructurées comme le montre l’exemple de La Marocaine Vie dont le titre ne cesse de grimper. De plus, l’offre continue à se diversifier et de nouvelles introductions en bourse sont attendues pour 2006, leurs initiateurs désirant profiter de la dernière année d’incitations fiscales en faveur de ce type d’opérations, même si le marché entretient l’espoir de leur reconduction.
Du côté de la demande, les caisses de retraites font partie des acheteurs, et notamment les trois fonds de retraites de la CDG qui devraient verser sur le marché près de 5 milliards de dirhams sur les trois ou quatre prochaine années. Un montant considérable donc si on le compare au flottant de la Bourse de Casablanca, estimé à 25 milliards de dirhams.
Pour leur part, les compagnies d’assurance sont tenues de recomposer leurs portefeuilles en fonction des exigences du nouveau Code des Assurances en matière de règles de dépassement de chaque ligne dans le portefeuille et de la séparation de plus en plus nette entre les titres de participation et les titres constitutifs de leur réserve technique, sachant que ces valeurs représentent l’actif admis en face de leur engagements.
On note également parmi les institutionnel, le retour important et durable des investisseurs étrangers qui s’intéressent à nouveau à la Bourse marocaine, directement ou à travers des fonds d’investissement. Il serait bon de rappeler, à cet égard, que ces derniers furent à l’origine de la prétendue bulle de 1998 et le krach qui suivit, du fait de leurs prises importantes de bénéfices pour compenser les pertes essuyées sur d’autres bourses en crise à l’époque, telles les places asiatiques et russe.
Et enfin et surtout, les particuliers qui ont tiré les leçons du passé se divisent en deux catégories en fonction de leur capacité d’épargne. Les petits épargnants passent plus fréquemment et massivement par les fonds communs de placements. Ils convergent de plus en plus vers les OPCVM "actions" et, surtout, "diversifiés", à la recherche de meilleures rémunérations, alors que les gros se distinguent en pratiquant pour leur épargne une réelle gestion active de patrimoine et en s’adossant à une ou plusieurs sociétés de bourse pour leurs transactions et la garde de leurs titres. Ces gros épargnants, selon des statistiques non confirmées, traitent des volumes élevés sur le marché et interviennent en permanence. Leurs placements sont autant stratégiques que spéculatifs, comme ce fut le cas au cours des semaines précédentes sur la valeur CIH.
Ainsi, on pourrait faire le constat que les acteurs du marché se professionnalisent, que le fonctionnement de ce dernier est plus cohérent et que son développement est plus serein. Mais, il reste à évaluer si la valorisation des sociétés cotées est correcte et si la valorisation moyenne du marché ne traduit pas une bulle naissante. Car, après une appréciation des indices boursiers de 24 % en 2005, il est certain que la hausse qui a suivi en ce début 2006, de 10 % en 15 jours, est impressionnante et peut justifier une mise en garde et une invite à la prudence.
Il est clair, très certainement, que les résultats des sociétés pour 2005, attendus pour les jours et semaines à venir, sont anticipés positivement. De même que pour certaines sociétés opérant dans des secteurs à fort potentiel de croissance, les bons résultats sont programmés sur plusieurs années à venir. C’est notamment le cas des cimenteries où l’on table sur les grands travaux d’aménagement ou d’infrastructure, tel l’aménagement de la vallée du Bouregreg à Rabat-Salé, le programme autoroutier et la politique d’habitat social.
Mais cette appréciation basée sur les fondamentaux économiques des sociétés cotées ne peut certainement pas être généralisée. Il faut donc rester vigilant et mettre en garde en premier les sociétés de bourse pour qu’elles n’incitent pas leurs clients à l’achat sans études préalables, surtout celles qui se vantent d’avoir des millions de dirhams en gestion privée. Il faut également se rappeler que les renversements de situation coûtent cher en argent, mais aussi et surtout, sur le plan psychologique et moral beaucoup plus aux personnes physiques qu’aux institutionnels.
Enfin, une telle mise en garde est motivée par les appréciations des places parisienne et londonienne qui, tout en considérant que la Bourse de Casablanca est moins chère que d’autres places comparables de la région MENA,comme celle du Caire par exemple, s’inquiètent de son euphorie.
Il serait donc raisonnable que notre marché boursier marque une pause en attendant la publication des résultats et des dividendes distribués pour une meilleure confrontation entre les anticipations boursières et la réalisation des sociétés cotées.
Dans le cas contraire, on pourrait assister à une véritable correction voire même à un krach dont il serait difficile de se remettre.