La Caisse de Dépôt et de Gestion s’affirme de plus en plus comme l’un des outils majeurs de la politique de développement économique des pouvoirs publics. Par une présence importante au niveau du financement de grands projets d’infrastructure, de portée stratégique pour le pays, la CDG œuvre à la réalisation des objectifs fixés par l’État. À cette dimension, il faut ajouter la nouvelle dynamique de création de fonds d’investissement, en partenariat avec des institutionnels locaux ou étrangers. Ces fonds dédiés à de secteurs bien précis, tourisme, bourse ou financement de projets d’entreprises, sont assurément, comme l’explique le Directeur Général de la CDG, M. Mustapha Bakkoury, l’un des moteurs de la croissance et de la relance économique.
La Nouvelle Tribune : L’activité de la Caisse de Dépôt et de Gestion est essentiellement orientée vers la gestion optimale d’importants dépôts provenant de sources diverses. Pouvez-vous nous en préciser l’origine?
M. Mustapha Bakkoury: Notre activité est facile à cerner sur un plan conceptuel et l’on peut la définir de façon très simple : Nous avons une vocation très claire qui a été assignée à la Caisse de Dépôt et de Gestion et qui est toujours d’actualité aujourd’hui, même si elle a fait l’objet d’adaptations du fait des évolutions de notre environnement.
Notre mission principale est d’assurer la centralisation et la gestion de certains fonds spécifiques, qui sont généralement issus de la prévoyance. Ainsi, la CNSS fait partie de nos grands déposants aux côtés des caisses d’épargnes, des notaires, des fonds destinés à indemniser les expropriés, des secrétaires-greffiers, des mineurs. Ces fonds sont déposés à la CDG selon des règles établies. Ils sont régis par des textes spécifiques, notamment des arrêtés, et dans des conditions de rémunération dépendantes de leur nature.
Outre ces dépôts spécifiques, nous avons des fonds déposés chez nous de façon volontaire par certaines mutuelles et d’autres en raison de notre mission de gestionnaire de fonds institutionnels. Par ailleurs, dans le cadre de notre objectif d’élargissement de la prévoyance sociale, nous gérons des fonds de retraire à travers deux organismes, le RCAR qui est un système de retraite qui concerne la population des employés des collectivités locales, des salariés des établissements publics et des fonctionnaires non titulaires de l’État, et la CNRA, Caisse Nationale de Retraite et d’Assurance, qui étend la prévoyance à des catégories non couvertes comme les artisans, les parlementaires, certaines communautés d’avocats, les pêcheurs "Addamane Al Bahri". Tous ces dépôts, qui ont des spécificités propres, ont également des horizons de placement différents et c’est la CDG qui en assure la gestion financière.
Si vous permettez, nous allons nous intéresser exclusivement à la gestion financière de vos dépôts qui fait de la CDG le plus puissant et le premier institutionnel du Maroc ?
La CDG a mis en place les structures qu’il faut pour que cette gestion se fasse dans les meilleures conditions et cela, pour chaque catégorie de fonds. Nous intervenons donc sur le marché des capitaux pour placer nos fonds dans ces différents compartiments au niveau de la dette publique et privée, des titres cotés (actions et obligations) ou non cotés (investissements privés), et marginalement dans l’immobilier. Cela se fait directement ou par l’intermédiaire de fonds. Bien que notre nouvelle politique de placement privilégie de plus en plus l’investissement par le biais de fonds.
Pouvez-vous expliciter ce choix pour nos lecteurs? Pourquoi avantager l’investissement par fonds interposés ?
L’investissement dans des fonds se base sur les seuls critères de performance et qui donc n’opte pour un placement qu’en fonction de ses perspectives de rendement sur les durées de placement établies. Dans le cadre de cette nouvelle orientation, nous privilégions ces canaux pour réaliser nos investissements. Chaque fonds créé possède sa spécificité, il a sa propre politique d’investissement et sa politique de gestion basée sur des critères purement financiers liés au risque et à la rentabilité. De plus, tout fonds d’investissement réunit des investisseurs qui partagent des valeurs communes de rendement et d’aide au financement des entreprises. Dans le cadre d’une gestion rationnelle, ils apportent de l’argent à des sociétés, cotées ou pas, dans l’objectif de maximiser le rendement de ces fonds pour les actionnaires tout en assurant l’efficacité de l’utilisation de cet argent pour les entreprises vers lesquelles il est destiné.
Les fonds d’investissement interviennent au niveau de la capitalisation des entreprises, confortent les bailleurs de fonds que sont les banques pour prendre le relais de leur financement sous forme d’endettement. Les fonds interviennent en amont des banques dans le financement des entreprises.
La création de fonds vous oblige à des partenariats de capital ; pouvez-vous en expliquer l’objectif ?
Il s’agit là d’un autre axe de notre nouvelle politique d’investissement et de gestion. Nous voulons nous ouvrir aussi bien au Maroc en direction du secteur privé, que vers des partenaires à l’échelon international. Nous considérons que dans un partenariat bien étudié nous pourrions ainsi partager des expériences bien éprouvées comme celle de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec avec laquelle nous avons lancé en 2001, le fonds Accès Capital Atlantique. Celle-ci est reconnue pour son expertise en matière de gestion des fonds d’investissements à travers le monde. Par ailleurs, ce que l’on ambitionne pour un fonds d’investissement, ce n’est pas seulement de lui apporter de l’argent, mais de lui assurer un soutien au niveau de sa stratégie, de sa capacité à pénétrer des marchés nouveaux et internationaux.
Donc, dans les faits, la nouvelle politique de la CDG consiste à créer des fonds d’investissement à travers lesquels elle compte rentabiliser au mieux ses placements, mais en partenariat avec d’autres investisseurs, privés nationaux ou internationaux, tout en s’inscrivant dans le cadre des orientations de la politique économique du pays.
Quels sont les fonds qui expriment la concrétisation d’une telle démarche ?
Nous avons créé plusieurs fonds dont deux sont déjà activés. Il s’agit de " Accès Capital Atlantique ", créé en juin 2001 en partenariat avec la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec avec un capital de 500 millions de dirhams dont 280 millions de dirhams levés en janvier 2002 et une durée de vie de 12 ans maximum. Il est destiné à des investissements dans des PME marocaines et prendra des participations dans des entreprises en phase de croissance, présentant un fort potentiel dans des secteurs porteurs. Accès Capital Atlantique a réalisé déjà un premier investissement et a examiné pas moins d’une trentaine de dossiers dont quatre sont d’ailleurs à un stade d’étude très avancé. Le second fonds, Sindibad, vient d’être créé en septembre 2002 en collaboration avec la Caisse des Dépôts et Consignations française (CDC), la Banque Européenne d’Investissement, l’ONA et Maroc Télécom, pour le financement des entreprises innovantes en phase de création. Sindibad est donc un fonds d’amorçage qui fait du capital-risque. Il est orienté essentiellement vers le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il est doté d’un capital de 48 millions de dirhams destiné à financer quelque 15 projets d’investissements. Un premier comité d’investissement est sur le point d’examiner deux dossiers.
Quels sont les autres fonds en chantier ? Prévoyez-vous un fonds dédié aux actions cotées et donc à la Bourse de Casablanca ?
Nous travaillons sur un fonds investi dans le tourisme pour donner aux entreprises de ce secteur plus de solidité financière assortie d’une plus grande rigueur dans la gestion. Nous pensons également mettre sur pied un fonds de quelques centaines de millions de dirhams, qui aurait comme vocation d’investir en bourse sur la base de critères préalablement établis et dans le cadre d’une gestion des plus rationnelles et en associant d’autres institutionnels nationaux. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui la Bourse, à son niveau de valorisation actuel, présente des opportunités d’investissement dans des sociétés rentables. Les équipes des fonds d’investissement sont chargées de rechercher les opportunités d’investissements en termes de projets, d’entreprises non cotées ou d’actions cotées en bourse et ils en trouvent dans le respect de leurs critères d’intervention. La dynamique des fonds d’investissement aide ainsi le financement de l’économie dans son ensemble. L’idéal est de multiplier ces fonds pour créer la dynamique des marchés.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli