La Nouvelle Tribune : Quels ont été les résultats de Wafa Assurance pour 2002? En êtes-vous satisfait?
M. Saad Kettani : Les réalisations de l’année 2002 peuvent être appréciées à deux niveaux. Tout d’abord, au chapitre de la croissance où nous avons réalisé une progression très satisfaisante de 17,9 % contre 12 % pour le secteur, portant ainsi notre part de marché à 16,2% contre 15,4 % en 2001. Cette performance est le fruit de l’évolution satisfaisante de la “non-Vie” et la Vie de respectivement 12,1 % et 25,6%.
En revanche en termes de résultats, les réalisations sont nuancées entre la “ Vie” et la “ non-Vie”.
En Vie, le résultat technique a enregistré un bond considérable de 82,8 % affichant un montant de 59.415 milliers de dirhams.
En non-Vie, par contre, le résultat technique a marqué le pas avec une perte de 96.150 milliers de dirhams, sous l’effet de l’aggravation de la sinistralité observée sur certaines branches, le renforcement de l’effort de provisions des créances en souffrance et la persistance de la crise des marchés financiers (actions et taux).
Toutefois, anticipant cette situation dès la fin de l’année 2001, nous avons entrepris, tout au long de l’année 2002, un plan de redressement urgent qui visait à :
• Renouer avec la profitabilité opérationnelle à moyen terme (hors produits de placements);
• Réduire l’exposition de notre actif au risque “actions”, tout en augmentant sa rotation.
Les principales initiatives prises dans le cadre de ce plan peuvent être résumées comme suit:
• Renforcer la souscription par une surveillance de portefeuille plus rigoureuse.
• Poursuivre la politique d’amélioration de la productivité menée depuis plusieurs années par la Compagnie, passant par la maîtrise des coûts et des processus opérationnels plus efficients.
• Améliorer le recouvrement des primes, en vue d’accroître la rotation de l‘actif.
• Ajuster la politique de placements à la conjoncture financière par une gestion actif-passif encore plus prudente, dans le but de réduire la volatilité du portefeuille.
Sachant que l’activité financière de votre compagnie continue de subir la dépréciation du marché boursier, votre activité technique s’est-elle améliorée par rapport à 2001 ?
L’activité technique de la Compagnie, mesurée par son ratio combiné en “ non-Vie ”, a connu une détérioration en 2002, en raison de la recrudescence de la sinistralité sur certaines branches et de l’augmentation de 89,9% des provisions pour créances en souffrances. Sur le premier volet, nous avons déjà entrepris, dans le cadre de notre plan de redressement, une campagne de réajustement tarifaire ou de résiliation, quand la hausse du tarif n’a pas été possible, des contrats chroniquement et/ou fortement déficitaires dans les branches accidents du travail et maladie.
Sur le registre du provisionnement des créances, nous avons jugé prudent, compte tenu de l’évolution de la conjoncture, d’améliorer sensiblement notre ratio de couverture qui s’élève à fin 2002 à 87,2 % contre 62,2 % au 31/12/2001, soit une charge additionnelle d’environ de 30.000 milliers de dirhams.
La grande question d’actualité en ce moment de publication des résultats des sociétés cotées est relative au provisionnement.
Wafa Assurance a-t-elle eu à provisionner massivement ?
La réglementation, notamment l’arrêté du 10 juin 1996, stipule que : “les actions sont évaluées au prix d’achat. Toutefois, celles dont la moins-value au jour de l’inventaire atteint 25 % du prix d’achat, sont ramenées dans tous les cas à l’estimation, au cours le plus bas de la Bourse des valeurs du jour de l’inventaire”.
Au sujet du provisionnement des dépréciations des actions affectées à la couverture des engagements de la compagnie, nous procédons différemment selon qu’il s’agisse des placements stratégiques, des actions contenues dans les fonds dédiés ou des actions détenues en direct.
• Pour ce qui est des placements stratégiques, nous n’avons pas eu à provisionner dans la mesure où nous avons réalisé effectivement la perte sur le titre Crédit du Maroc portant ainsi son coût moyen dans notre portefeuille à 380 DH contre 429DH en 2001, en réalisant une moins-value de 82.631 milliers de dirhams.
• En ce qui concerne les fonds actions dédiés, aucun n’a franchi le plancher de 25% au 31/12/2002.
• Enfin, les actions détenues en direct ont été transférées dans les fonds dédiés,et il n’y avait pas eu lieu de constituer des provisions. Par contre, ce transfert s’est traduit par une moins-value de 25.589 milliers de dirhams.
La crise boursière a impacté très fortement les portefeuilles des compagnies d’assurance, surtout les plus investies en actions. Qu’en est-il de Wafa Assurance ?
Pour Wafa Assurance, nous avons la chance de détenir un actif relativement concentré sur quelques lignes dont l’une, à savoir WafaBank, a été acquise à un coût moyen bas. Cette configuration nous a permis de limiter, pour nos actionnaires, l’impact de quatre années de crise boursière.
Que représentent aujourd’hui les actions dans vos actifs ? Comment avez-vous restructuré votre portefeuille?
Si l’on exclut les participations stratégiques, dont le coût moyen dans notre portefeuille est relativement bas par rapport à leurs valorisations industrielles plus élevées, les actions représentent moins de 20% de notre actif affecté à la couverture des engagements techniques.
Par ailleurs, la restructuration de notre portefeuille s’est effectuée autour de quatre points essentiels :
• La création d’un comité des investissements issu du conseil d’administration qui fixe la stratégie de placement de la compagnie.
• La réorientation des placements des flux futurs vers des actifs à revenus fixes, tels que les obligations et l’immobilier.
• La réduction du coût moyen pondéré des actions CDM.
• Le transfert des actions détenues en direct à nos fonds dédiés pour une gestion plus dynamique.
Wafa Assurance a-t-elle introduit la méthode ALM ou méthode d’allocation d’actifs, reconnue pour préserver les intérêts des assurés à moyen terme ?
La réflexion pour l’institution de cette fonction au sein de notre compagnie a été entamée en 1999 et sa mise en œuvre a été effectuée au début de l’année 2000. Aujourd’hui, la gestion actif - passif est organisée dans le cadre d’un département dédié animé par deux cadres et effectue régulièrement des études d’adéquation et d’optimisation des placements.
La concurrence des assureurs étrangers s’est installée au Maroc avec Sogécap et Axa. Les compagnies d’assurances doivent-elles se mettre à niveau ?
La présence de filiales d’assureurs mondiaux est un élément positif dans la professionnalisation du marché. Par ailleurs, la mise à niveau du secteur est une préoccupation constante des assureurs dans le cadre de la concertation entre les autorités de tutelle et la Fédération des Assurances.
Plusieurs chantiers sont ouverts dans ce sens pour parachever la modernisation et la libéralisation du secteur, en vue de lui permettre de jouer pleinement son rôle économique d’investisseur institutionnel et social de protection des personnes et des biens.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli