La Nouvelle Tribune : La question du provisionnement a fait grand bruit dans le secteur financier marocain à la suite de la publication des résultats 2002.
En effet, les banques comme les compagnies d’assurance ont dû constituer d’importantes provisions, rendues nécessaires par la dépréciation des cours boursiers qui sévit depuis 1998.
Que pensez-vous de la réglementation marocaine? Est-elle suffisamment prudente par rapport aux normes internationales ?
M. Jean-Jacques Cottarel: Il faut savoir que nous avons au Maroc une réglementation prudentielle qui est très voisine de celle des pays européens. Nous, en tant que société qui a pour actionnaire de référence un groupe international, sommes totalement en harmonie, au niveau de notre politique de provisionnement avec les comptes du Groupe AXA, notamment du fait de l’identité de réglementation qui existe entre la France, l’Union Européenne et le Maroc.
En effet, les provisions sont de plusieurs natures pour les assureurs. Il s’agit de provisions techniques pour couvrir l’assurance lARD, de provisions mathématiques pour l’assurance Vie, de provisions pour impayés et enfin de provisions à caractères financiers pour prendre en compte l’évolution de la Bourse.
Bien entendu, la méthode de calcul de ces provisions est réglementaire.
Elles sont couvertes par des placements selon des règles prudentielles définies par la réglementation (division du risque, dispersion du risque).
La performance d’une compagnie d’assurance peut être appréciée à travers plusieurs critères, notamment les fonds propres, la qualité des provisions techniques et le ratio combiné. Le niveau des fonds propres doit au moins couvrir la marge de solvabilité qui, synthétiquement, correspond aux fonds minimum dont doit disposer une compagnie pour sécuriser les intérêts de ses assurés. La qualité des provisions techniques nécessaires pour faire face aux engagements de la compagnie vis-à-vis de ses assurés alors que le ratio combiné correspond à l’ensemble des chargements (charges de sinistres + frais généraux + commissions des intermédiaires) rapportés aux primes.
Pourtant, ces règles ne sont toujours appliquées puisque les compagnies ont beaucoup plus provisionné cette année, alors qu’il n’y a eu aucune disposition réglementaire nouvelle. Pouvez-vous nous en donner les raisons?
Vous n’êtes pas sans savoir que la Bourse glisse depuis un certain nombre d’années, quatre au moins. Cette glissade progressive a fini par induire des écarts conséquents entre les cours d’acquisition et les cours actuels. La réglementation nous conduit donc à constater les dégâts. Effet, les niveaux des cours actuels ont franchi les seuils qui déclenchent légalement la constatation de dépréciation donc la constitution de provisions (seuil de 25 %)
Selon l’importance des provisions à passer, deux cas de figures se présentent. Soit les fonds propres sont suffisants pour faire face à la dépréciation, (il suffit de les inscrire dans les comptes), soit les fonds propres ne sont pas suffisants, il faut alors recapitaliser.
Qu’en est-il de la provision pour aléa financier ?
Ce mécanisme a toujours existé. Cependant, cette année, du fait de la situation boursière, il pourrait fonctionner pour les compagnies qui auraient une surexposition en actions en couverture de leurs engagements Vie.
En effet, globalement, l’aléa financier sert à compenser la baisse du rendement des actifs affectés à la couverture des engagements en assurance Vie (taux garanti). Si le rendement est insuffisant, il faut provisionner.
Et Axa Assurance Maroc, quels sont ses résultats en 2002 ?
AXA Assurance Maroc, conformément à la réglementation, a constaté une dépréciation sur des titres de son portefeuille, ce qui s’est traduit par une dotation de 854 millions de dirhams pour I’exercice 2002. Du fait de cette dotation, notre résultat social s’établit à -723 000 000 dh
Il faut rappeler que fondamentalement, une provision n’est pas une perte. Dès que la Bourse reprendra, la remontée des cours permettra la reprise de ces provisions. Donc effectivement, aujourd’hui, nos provisions sont extrêmement importantes du fait de la réglementation, mais aussi parce que nous avons le sentiment qu’il faut le faire pour la transparence de nos comptes, pour notre propre tranquillité d’esprit et aussi pour être en adéquation avec les normes réglementaires du Maroc qui sont par ailleurs identiques à celles pratiquées par le Groupe AXA.
Notre Compagnie a toujours agi avec prudence en affectant en couverture des engagements Vie des obligations en direct. Ce qui nous met à l’abri de la constatation de provisions pour aléa financier et de ce fait, ne nous pose aucun problème vis-à-vis de la réglementation.
Nous sommes uniquement concernés par la dotation pour dépréciation de titres affectés à la couverture IARD. Cette dotation a été couverte par nos capitaux propres qui, après cette affectation, s’élèvent à 2,2 milliards de dirhams, soit sept fois la marge de solvabilité.
En conclusion, nous sommes très sereins sur l’avenir de nos provisions, d’autant plus qu’une grande partie d’entre elles portent sur les titres de nos partenaires dont les fondamentaux et la solidité sont largement reconnus ainsi que leur place prépondérante dans la croissance économique du pays.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli