Bank Al-Maghrib, qui fait désormais de la communication vers les marchés et le grand public son credo, vient d’élargir sa palette d’instruments de diffusion d’informations financières dans le but d’améliorer la transparence au niveau du secteur financier. Ainsi, après le Rapport annuel de l’activité, les notes mensuelles de conjoncture et les bulletins trimestriels…, l’institut d’émission élargit sa palette d’instruments de diffusion d’informations en publiant le premier “Rapport annuel sur le contrôle, l’activité et les résultats des établissements de crédit”. Ce premier rapport constitue une mine d’informations relatives à l’environnement institutionnel et réglementaire, à l’activité de surveillance des établissements de crédit, à la structure et aux résultats du système bancaire, à l’évolution de la bancarisation du pays, et comporte une étude relative aux créances en souffrance des banques.
De ce rapport, il découle la forte concentration du secteur bancaire national qui s’est accélérée au cours de ces dernières années à la faveur des mouvements de restructuration. Conséquence, sur un total de 17 banques, les cinq premières banques totalisent, à fin 2004, 78,5 % de l’actif total, 83,2 % des dépôts et 71,0 % des crédits du secteur.
Concernant les réalisations du secteur, l’exercice 2004 a été marqué par une amélioration notable des principaux indicateurs d’activité et de résultat des institutions bancaires du Royaume. En 2004, le produit net bancaire s’est accru de 7,9 % à 18,4 milliards de dirhams sous l’effet conjugué de l’appréciation de la marge d’intérêt (+4,6 % à 14,7 milliards de dirhams), de la marge sur commissions (+11,5 % à 2,1 milliards) et des opérations de marché (+41,5 % à 1,7 milliard). Le résultat net du secteur, sur une base sociale, s’est établi à 3,47 milliards de dirhams, contre une perte de 554 MDH en 2003. Ce bénéfice net est quasiment le fait des banques commerciales qui ont multiplié par deux leur résultat net à 3,39 milliards de dirhams contre un résultat positif de seulement 87 MDH pour les banques publiques spécialisées. Ce bon résultat s’est traduit par une amélioration de la rentabilité des fonds propres (RoE) du secteur à 11,00%.
48,1 milliards de créances en souffrance
Par ailleurs, le rapport comporte une étude sur les créances en souffrance du secteur bancaire. Il en ressort que ces dernières n’ont cessé de progresser au cours de ces dernières années. Ainsi, sur la période 2002-2004, elles ont augmenté de 12,5 % en moyenne annuelle pour atteindre 48,1 milliards de dirhams à fin 2004, soit l’équivalent de 62 % des fonds propres du secteur bancaire.
Parallèlement, les crédits octroyés durant la même période ne progressaient que de 7,4 % et le rapport entre les créances en souffrance nette des provisions et l’encours net des crédits distribués par les banques s’est élevé à près de 9 %. Face à cette situation, les établissements bancaires ont fait d’énormes efforts en matière de provisionnement de ces créances en souffrance pour se conformer avec les nouvelles dispositions de Bank Al-Maghrib. Le montant des provisions s’est ainsi accru de 17,3 % en moyenne annuelle entre 2002 et 2004, passant de 8,1 à 11,4 milliards de dirhams, faisant passer le taux de couverture de ces créances à 59,3 % en 2004, contre 54,7 % en 2002. La part des créances en souffrance nettes des provisions dans l’encours net des crédits distribués s’est établie à 29,3 % en 2004, contre 25,3% en 2002.
Le poids des créances en souffrance est plus manifeste au niveau des établissements bancaires publics spécialisés, comparativement aux banques commerciales. Au niveau de ces dernières, elles se sont établies, à fin 2004, à 17,84 milliards de dirhams. Une ventilation plus fine de ces créances montre que les crédits compris entre 1 et 15 MDH, ayant bénéficié à 3 019 clients, ont totalisé 10,21 milliards de dirhams de créances en souffrance, soit 57,2 % du total des créances en souffrance des banques commerciales. Les crédits dont les montants sont supérieurs à 15 MDH et inférieurs à 1 MDH (et supérieurs à 500 000 dirhams), et qui ont bénéficié respectivement à 184 et 2 896 clients, ont généré des créances en souffrance respectives de 5,68 et 1,95 milliard de dirhams.
Tendance baissière
Pour les banques publiques spécialisées, 138 bénéficiaires, représentant 5% de l’ensemble des débiteurs de ces institutions, et ayant un endettement unitaire supérieur à 15 MDH ont totalisé 9,86 milliards de dirhams de créances en souffrance, soit 65,8% de l’ensemble des créances de ces établissements. Ces créances sont couvertes à hauteur de 4,17 milliards de dirhams, soit un taux de couverture moyen de 42%. Ceux dont l’endettement est compris entre 1 et 15 MDH au nombre de 1 275 traînent des créances en souffrance s’élevant à 4,24 milliards de dirhams, couvertes à hauteur de 55 %. Enfin, pour les crédits d’un montant inférieur à 1 MDH (et supérieur à 500000 dirhams), dont les bénéficiaires sont au nombre de 1 337, leurs créances s’élèvent à 0,91 milliard couvertes à hauteur de 59 %. Il ressort de cette répartition une forte exposition des banques spécialisées sur les créances de grands montants reflétant le niveau élevé de la concentration de leur portefeuille crédits. Par activité, on notera qu’en 2004, quatre secteurs ont totalisé à eux seuls plus de la moitié des créances en souffrance du secteur bancaire pris globalement: Bâtiment & travaux publics (15,3 %), Commerce réparation d’automobile et d’articles domestiques (12,9 %), Hôtels et restaurants (12,8 %) et Agriculture, chasse et sylviculture (11,2%).
Si les créances en souffrance se sont accrues rapidement au cours de ces dernières années, Bank Al-Maghrib pronostique tout de même sur l’amélioration sensible de la qualité du portefeuille des crédits bancaires dans les années à venir. Plusieurs facteurs militent dans ce sens. D’abord, il y a le fait que les banques spécialisées, qui concentrent une part significative des créances en souffrance du secteur, aient engagé un ensemble de mesures devant contribuer à assainir leur portefeuille très concentré sur un nombre limité de débiteurs. L’intensification des actions de recouvrement par voie amiable ou judiciaire dans un environnement administratif et judiciaire plus propice est de nature à faciliter cet assainissement. Ensuite, l’harmonisation des règles comptables et fiscales en matière de provisionnement des créances en souffrance contribue également à l’assainissement du portefeuille des crédits bancaires en permettant notamment d’éliminer dans les bilans des banques les créances en souffrances très anciennes et souvent totalement provisionnées et qui étaient maintenues uniquement pour des considérations fiscales. Enfin, les recommandations de l’institut d’émissions relatives aux normes minimales régissant la notation interne des entreprises et ce dans l’optique de disposer des critères objectifs pour le pilotage du risque crédit dans ses différentes phases. Dans le même sens, le développement des centrales d’information sur les entreprises est de nature à mieux sécuriser le risque crédit.
Au total, ces différentes mesures devraient contribuer à une baisse significative de créances en souffrance du secteur bancaire et aider à la mise en place d’un système financier plus solide financièrement, à même de mieux contribuer au financement de l’économie nationale et d’accompagner les profondes mutations que connaît le secteur bancaire à l’échelle internationale (normes IFRS, Bâle II, etc.).
MD