La Nouvelle Tribune : M. Maghnouj, pouvez-vous nous parler du nouvel ensemble Ernst & Young au Maroc ?
M. Maghnouj : Avec près de 100 personnes aujourd’hui, le cabinet Ernst & Young est le fruit du regroupement des cabinets membres respectifs des réseaux Ernst & Young et Andersen au Maroc. Ce regroupement s’inscrit également dans la dynamique de regroupement international des deux réseaux, puisque, sur un plan mondial, plus des 2/3 du réseau Andersen ont rejoint la firme Ernst & Young.
Au Maroc, la proximité culturelle des deux groupes et la connaissance réciproque des équipes entres elles ont constitué sans aucun doute des facteurs de succès pour le regroupement, assurant ainsi la consolidation de l’expertise accumulée durant de nombreuses années par les équipes au service des clients des deux cabinets.
Ce regroupement, unique en son genre au Maroc, permet aujourd’hui de disposer d’une taille humaine et d’une courbe d’expertise critiques, à même d’assurer une offre de services s’intégrant parfaitement dans les orientations de la profession mais également aux attentes de nos clients.
Pour ce faire, nos programmes de formation au Maroc et à l’étranger permettent aux différents collaborateurs du cabinet de construire dans le temps les expertises requises pour répondre au mieux à la fois aux attentes de nos clients et aux exigences liées aux évolutions économiques et réglementaires. Cette démarche nous assure en permanence un accès aux meilleures expertises et technologies ainsi qu’aux bases de savoir de la firme Ernst & Young, acquis au travers de missions dans une multitude de pays et d’environnements économiques et réglementaires différents (pays émergents, à économie développée,…).
En plus de vos missions classiques, vous vous orientez vers la mesure du risque encouru par vos clients, les règles en la matière sont-elles réglementées?
Traditionnellement, les réseaux internationaux d’audit et de conseil ont un champ d’intervention orienté vers les métiers de la certification des comptes, l’expertise comptable et la fourniture de prestations de conseil. L’ensemble des prestations est rendu dans le cadre de référentiels réglementaires découlant de normes internationales et nationales, voire de normes sectorielles. Ainsi, qu’il s’agisse de diligences dans le cadre d’une mission de commissariat aux comptes, d’audit contractuel ou de missions de conseil (financier, juridique, fiscal, maîtrise de processus, …), nos prestations sont rendues selon des procédures d’intervention parfaitement établies, à même de répondre aux attentes des régulateurs.
A titre d’exemple, la décision de délivrer telle ou telle prestation au profit d’un client ne peut être prise qu’après accomplissement de procédures internes à la firme, visant notamment à s’assurer de l’absence de risques d’incompatibilité ou de conflits d’intérêts dans la réalisation de la prestation concernée vis-à-vis du client concerné.
Ces procédures sont fondamentales pour nous assurer en permanence du strict respect déontologique, et ont conduit naturellement à la mise en œuvre d’un processus rigoureux de "risk management" au sein du cabinet.
En particulier pour la délivrance de prestations de conseil, toutes nos interventions sont précédées d’un examen de ces risques d’incompatibilité ou de conflits d’intérêts conformément aux normes de la firme et des normes en la matière édictées par les instantes nationales.
Vos clients ne sont-ils pas essentiellement des banques?
Notre champ d’intervention englobe l’ensemble des entreprises marocaines et les diligences rendues intègrent un souci permanent de prestations de services de qualité et à valeur ajoutée pour nos clients.
De plus, pour les secteurs réglementés (assurances, établissements bancaires, …), les diligences intègrent les exigences exprimées par le régulateur, ponctuées dans certains cas par des restitutions complémentaires qui lui sont destinées à sa demande.
Je souhaiterais également souligner l’incidence importante des évolutions de référentiels réglementaires sur les attentes des diverses parties : les entreprises souhaitent anticiper les enjeux réglementaires et notamment leurs incidences sur la conduite de leurs opérations, les régulateurs souhaitent également de leur côté voir les entreprises concernées engager les actions requises de convergence.
Actuellement, les nouvelles normes de solvabilité (Bâle II pour les institutions bancaires, solvency II pour le secteur de l’assurance, IFRS, …) sont autant de chantiers sur lesquels nos clients souhaitent être accompagnés sur les plans méthodologiques et techniques.
Bien entendu, ces préoccupations ne découlent pas uniquement de référentiels réglementaires ; ainsi, de grands groupes marocains ont également mis en oeuvre des démarches d’amélioration de leurs performances et de maîtrise de leurs risques, indépendamment des éventuelles exigences réglementaires.
Quelles sont les entreprises qui veulent évaluer leurs risques, s'agit-il particulièrement des grandes ou des multinationales ?
Avec le recul, je pense que nos métiers sont fondamentalement centrés sur le couple "situation financière / exposition aux risques" de l’entreprise. D’ailleurs, nos méthodologies d’intervention ont pour objectifs clés de donner des réponses précises à ces enjeux.
Je dirais de façon générale et à titre d’illustration, qu’un management pro actif dans le cadre par exemple du commissariat aux comptes de son entreprise, démontre en soit un souci de maîtrise du profil de risques de son entreprise.
Clairement, toute entreprise doit être soucieuse de la maîtrise de ses risques, afin de lui assurer continuité et amélioration de ses performances dans le temps.
Le management marocain ne devient-il pas aussi exigeant et veut de plus en plus se conformer aux standards internationaux en matière de diligence et de maîtrise du risque ?
L’expérience au titre de ces 10 dernières années démontre une prise de conscience des corps dirigeants, au-delà de la recherche de la conformité réglementaire (cas des secteurs réglementés).
Le renforcement de l’arsenal législatif (Loi sur la SA, rôle et responsabilisation de l’administrateur, rôle du commissaire aux comptes, rôle des comités d’audit, …) a impulsé cette dynamique d’anticipation des risques.
De même, les problématiques de bonne gouvernance au sein des entreprises représentent une composante importante de l’amélioration des dispositifs de maîtrise des risques. Ainsi, de plus en plus, nous voyons des filières émerger au sein de certains groupes marocains : risk management, déontologue ou compliance officer ; voire également la refonte et / ou le renforcement du rôle des fonctions d’audit interne ou d’inspection générale dans certains organismes.
La maîtrise des risques induit également des réflexions importantes sur le rôle de la fonction financière au sein des entreprises. Il s’agit bien aujourd’hui d’une fonction peu valorisée dans le tissu économique marocain, alors qu’elle constitue potentiellement un levier clé de l’amélioration de la performance de l’entreprise.
Cette évolution a-t-elle vu le jour avant les grands scandales financiers, genre Enron, ou bien est-elle la suite de l’arrivée des investisseurs étrangers, la rationalisation des entreprises marocaines, la passage d’une génération à une autre des équipes managériales?
Dans un environnement réglementaire et économique mondialisé, il est évident que la stabilité des tissus économiques nationaux doit être assurée à la fois par la consistance du management des entreprises mais également au travers de dispositifs préventifs (certification externe des comptes, transparence et qualité de l’information publiée, rôle des régulateurs, …). Les problématiques vécues ces dernières années sont, à mon sens, à observer sous les aspects suivants :
- un décalage des normes par rapport à l’évolution des modèles économiques des entreprises (croissance des opérations cross-border, multiplication des flux et des volumes, complexité des opérations d’accompagnement du développement,…),
- des référentiels nationaux divergents, induisant des règles de reporting et de consolidation différentes…
- une information à destination des marchés insuffisante, …
Ainsi, les préconisations actuelles en terme de solvabilité et de reporting financier et comptable – IFRS notamment – sont des étapes dans ce processus global visant à permettre au management des entreprises et aux régulateurs de disposer d’une information suffisante, fidèle à la situation économique et délivrée en temps utile.
Les changements de génération managériale impliquent une sensibilité accrue à ces nouveaux enjeux, dans un contexte où une des exigences du "marché" est de disposer d’une information transparente et pertinente.
Ce qui veut dire ?
Clairement dans un environnement compétitif, le profil de risques de l’entreprise et l’aptitude du management à maîtriser ses risques constituent des facteurs clés d’information du "marché", au-delà des reporting traditionnels à caractère comptable et financier.
Le niveau d’allocation de fonds propres au sein d’un groupe et la cohérence de ces allocations par rapport aux profils de risques par entités du groupe sont des informations pertinentes pour un regard externe au-delà de la communication traditionnelle. Cela étant, il s’agit également d’informations importantes pour le pilotage stratégique de l’entreprise, à même de conforter le management dans son processus de direction et de gestion de son développement.
Nous constatons aujourd’hui que certains groupes ou institutionnels sont soucieux des ces enjeux et enclenchent des réflexions spécifiques.
Ce type de conseils ne sont-ils pas généralement dispensés par des cabinets spécialisés dans la qualité ou l’organisation ?
Nos prestations de conseils sont orientées notamment sur les processus financiers et de maîtrise des risques au sein des entreprises. Les thématiques abordées portent sur les aspects organisationnels, méthodologiques et outils de pilotage.
Sur ces thématiques, nos équipes ont construits à la fois au Maroc et à l’étranger des expertises reconnues développées au travers de multiples accompagnements de groupes de référence mais également suite aux programmes de formation de la firme, permettant ainsi de faire bénéficier nos collaborateurs et nos clients des best practices en la matière.
En intervenant dans le fonctionnement des entreprises, ne risquez-vous pas de tomber dans une position ambiguë de juge et partie ?
Nous sommes conseil et formulons des recommandations au management des entreprises. La validation et la mise en œuvre de nos recommandations sont de la responsabilité des dirigeants des entreprises.
Comme indiqué auparavant, nos procédures de délivrance de services nous interdisent toutes immixtion dans la gestion et nous assurent de l’absence de risques d’incompatibilité ou de conflits d’intérêts.
Il peut nous arriver, à titre d’exemple, de solliciter, en complément à nos procédures internes un accord formel préalable à notre intervention auprès des comités d’audit ou d’instance spécifique à l’entreprise (type déontologue dans certains cas) afin de délimiter les périmètres d’actions et de responsabilités entre notre cabinet et notre client.
Vous avez également une démarche régionale ?
L’évolution de l’économie au Maroc, au travers notamment de sa régionalisation, a induit de nouveaux besoins exprimés par les acteurs locaux: agence de développement, acteurs du développement territorial, aménageurs, …
Dans ce contexte, nous avons développé depuis quelques années une offre spécifique de services visant à accompagner des projets de développement d’infrastructures, de structuration de filières économiques et de façon plus large, de gestion de projets dans des logiques de cohérence spatiale et de vision stratégique pour un territoire donné.
Notre rôle d’acteur clé auprès d’agences de développement ou de régions et villes notamment en France nous permet de disposer d’un recul et des expertises requises pour apporter une réelle valeur ajoutée à ce type de projet et aux décideurs locaux soucieux de ces enjeux de développement territorial et de stratégie de développement économique intégrée.
Nous sommes aujourd’hui très fier d’apporter notre assistance à plusieurs projets structurants dans diverses régions du Maroc. L’expertise accumulée par nos consultants ambitionne en permanence de répondre au mieux à la confiance accordée par les décideurs et responsables concernés ainsi qu’à leurs attentes.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli