Avec l’envolée des cours du pétrole, l’aggravation du déficit commercial et l’insuffisance compétitive accrue de certains secteurs d’activité, le moral de certains acteurs économiques était un peu sapé par une conjoncture qui manquait de visibilité. Ils peuvent désormais se rassurer. A entendre l’argentier du Royaume, M. Fathallah Oualalou, “tout va au mieux dans le meilleur du monde”, ou presque.
Pour bien apprécier l’évolution des grandeurs macroéconomique, rien ne valait un détour sur les quinze dernières années pour mettre à l’évidence “la nette réduction de la volatilité de la croissance économique qui est passée de 7,8 en 1993-1996 à 3,7 en 1997-2000 et à 1,2 en 2001-2004 ”, a expliqué M. Fathallah Oualalou. Ceci témoigne de l’autonomie de plus en plus importante de l’activité économique vis-à-vis des aléas climatiques. Ainsi, la croissance économique sera tirée dorénavant par les secteurs Bâtiments et travaux publics (BTP), ”les mines & énergie, les télécommunications, le tourisme et les nouvelles technologies de l’information. Autre évolution positive, le taux d’épargne nationale est passé de 21,9 % en 1997/2000 à 27,4 % en 2001-2004, couvrant ainsi les besoins de financement de l’économie engendrant au passage une capacité de financement de l’économie équivalent de 3,7 % du PIB durant la période 2001-2004. Derrière cette hausse de l’épargne nationale, il y a bien évidemment la forte progression des transferts de Marocains résidant à l’étranger (13 % par an entre 2001 et 2004), la hausse des recettes touristiques (12,6 % par an entre 2001-2004) et bien évidemment de la décrue notable de la dette extérieure. Parallèlement, le Royaume continue à maîtriser le niveau d’inflation. Celui-ci s’est établi à 1,7 % en moyenne au cours de ces huit dernières années grâce notamment à une politique monétaire appropriée, permettant ainsi d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. Autre évolution remarquable, les avoirs extérieurs du Royaume sont passés d’environ 5 milliards de dollars en 1996 à plus de 16,4 milliards de dollars en 2004, permettant de couvrir plus de 9 mois d’importations de biens et services.
La solidité des fondamentaux s’est également traduite par une amélioration de l’attractivité du Royaume qui s’est traduite par un afflux annuel d’investissements d’environ 19 milliards de dirhams au cours de la période 2001-2004 contre 9,5 milliards pour la période 1999-2000. Contrairement à une idée reçue, le Ministre a indiqué que “les investissements opérés en dehors des opérations de privatisation ont constitué plus de 50 % du total des investissements étrangers au cours de ces quatre dernières années”.
38500 départs volontaires
Concernant les finances publiques, on note une certaine stabilité des recettes et des dépenses fiscales. Toutefois, en matière de dépenses, “l’Etat intervient de plus en plus hors budget à travers les collectivités locales, le Fonds Hassan II et les établissements publics (ONE, ODEP, Autoroutes du Maroc, etc.”, s’est expliqué M. Oualalou. Cette nouvelle a permis au Trésor de poursuivre son désendettement en raison de près de 2 points du PIB par an.
En gros, la situation macroéconomique est bien maîtrisée. Le Ministre souligne tout de même que “l’année 2005 sera difficile”. La flambée des cours du pétrole et les conditions climatiques défavorables sont les principales sources d’inquiétude. Avec un prix du baril de pétrole largement au dessus de la barre des 60 dollars et des récoltes des trois principales céréales au titre de la campagne agricole 2004-2005 proche des 36 millions de quintaux, il y a de quoi à s’inquiéter. Conséquence, c’est la balance commerciale qui trinque avec un taux de couverture des exportations par les importations au dessus de la barre des 50 %. Selon le Ministre, “le renchérissement de la facture énergétique explique près de 60 % de l’aggravation du déficit commercial”. D’ailleurs, l’hypothèse des 30 dollars le baril sur lequel était bâtie la loi de finances 2004 a été relevée à 55 dollars et le coût prévisionnel de la facture pétrolière serait de 6,3 milliards de dirhams pour 2005. Toutefois, l’argentier du Royaume rassure. “Le pays a la capacité de gérer la situation”, martèle t-il. L’évolution des indicateurs macroéconomique au titre des sept premiers mois de l’année lui donne en partie raison. Les secteurs BTP, mines & énergie, le tourisme et les télécommunications se portent bien. Les exportations de produits agricoles progressent. De même, le secteur de la pêche se redresse avec des débarquements des produits de la mer en progression de 7,8 %. Par ailleurs, malgré la forte hausse de la facture pétrolière, l’inflation ressort à 0,9 % à fin juillet et ne devrait pas dépasser 1,5% pour l’année 2005. De même, la hausse des transferts des MRE, des recettes touristiques et des investissements à fin juin ont permis la consolidation de la position extérieure du Maroc avec des avoirs extérieurs s’élevant à 143 milliards de dirhams.
5,4 % de croissance en 2006
Les recettes fiscales se sont accrues de 14,6 % pour atteindre 61,5 milliards de dirhams grâce notamment à l’appréciation de l’IS (+21 %), de l’IGR (18 %) et de la TVA (11,3 %). Les dépenses ordinaires sur les sept mois également ont progressé sous l’effet des revalorisations salariales et des dépenses liées au programme de départs volontaires. Sur ce dernier point, M. Oualalou a indiqué que le nombre de personnes ayant bénéficié du programme s’élève à 38 500 pour un coût global brut de 10,8 milliards de dirhams qui sera entièrement amorti dans les trois années à venir. Rien que pour 2006, cette opération devra générer une économie de 4 milliards de dirhams, représentant 1 point du PIB. En plus, cette opération a permis également un rajeunissement des effectifs et la création de nouveaux emplois suite à la création par certains retraités de nouvelles entreprises. Cette situation confirme la justesse des réformes entreprises jusqu’à présent et que les institutions internationales souhaitent voir se poursuivre et s’accélérer. Le secteur financier est le grand bénéficiaire de ces réformes cette année. Outre la refonte des statuts de Bank Al-Maghrib, les réformes de la loi bancaire, la restructuration du secteur bancaire public se poursuivra. Sur ce dernier point, il est question de faire de la Caisse de Dépôts et de Gestion (CDG) un actionnaire majeur du CIH après le retrait de la BCP et de Bank Al-Maghrib. Le Royaume récolte déjà les fruits de ces réformes et de la maîtrise des fondamentaux macro-économiques. En atteste, la révision à la hausse de la notation du pays de “BB” à “BB+”. De même, dans une récente étude publiée par Financial Times, le Maroc occupe la seconde position en matière de bonne gouvernance au niveau de la région MENA juste derrière Israël.
Pour ce qui est de la loi de Finances 2006, la croissance du PIB devrait s’établir à 5,4 % et le niveau d’inflation ne devrait pas dépasser la barre des 2 %. Les recettes tirées des privatisations -BCP, Comanav et Régie des Tabacs et autres petites structures- généreraient quelque 5 milliards de dirhams. A signaler que pour cette loi de Finances, l’hypothèse retenue pour le prix du baril de pétrole est de 60 dollars, ce qui permettrait d’éviter certaines surprises.
Moussa Diop