| | Articles » Finance | | Conjoncture économique nationale : L’inflation, effet boomerang de la crise pétrolière |
|---|
Auteur : Publier le : September 15, 2005
En effet, du fait de la décision de l’Etat de ne pas faire jouer la liberté des prix à la pompe et de compenser en grande partie par la Caisse de Compensation, l’augmentation des prix du baril à l’international, l’inflation se trouve ainsi contenue. En d’autres termes, le choc pétrolier actuel est supporté par les finances publiques, mais l’inflation qui en découle n’en demeure pas moins latente. Car, on ne peut que s’interroger sur la capacité de l’Etat à supporter le poids du troisième choc pétrolier qui a propulsé le prix du baril de pétrole largement au dessus des 60 dollars. Et ce, d’autant que les conséquences d’une telle situation, qui s’annonce durable pour l’économie nationale, si elles ne sont pas économiques, touchent la santé financière de l’Etat. En effet, la prise en charge d’une telle crise pétrolière, financièrement très lourde, agira sur les agrégats macro-économique de notre pays par une détérioration du déficit budgétaire, l’augmentation de la dette publique pour son financement et la réduction des réserves de change du fait de l’alourdissement de la facture pétrolière sachant que le poste " importation des hydrocarbures " est encore plus important pour les pays non producteurs. De plus, le tampon imposé par l’Etat aux sociétés pétrolières locales, qui s’exprime par le paiement en retard des montants dus au titre de la subvention, met celles-ci dans une situation de dépendance financière vis-à-vis de la Caisse de compensation pour le versement du différentiel de prix avec celui du marché mondial. Il en résulte donc, épisodiquement, des difficultés sérieuses de trésorerie pour les distributeurs locaux. Pour toutes ces raisons, l’Etat, qui dans un premier temps a mis à jour son budget 2005 sur la base de 55 dollars le baril et celui de 2006 sur celle de 60 dollars le baril, sera obligé, si la situation perdurait, d’augmenter progressivement les prix de l’essence et du gazole à la pompe. Dans ce cas, légitimement d’ailleurs, une inflation spontanée des prix impacterait notre économie. Les conséquences en seraient donc la détérioration du pouvoir d’achat des ménages, le renchérissement des coûts des facteurs de production et partant, la détérioration de la compétitivité des entreprises exportatrices, malgré la cherté de l’euro qui les protège, actuellement au moins, vers la destination européenne. La suite économique d’une telle situation serait donc la stagflation, à l’image de celle qui a prévalu au lendemain des deux précédents chocs pétroliers de 1973 et 1999. C’est pourquoi, Bank Al-Maghrib, qui a notamment pour mission de maîtriser l’inflation, devrait réagir de façon anticipatrice et prévisionnelle avant la manifestation d’une tension inflationniste, en procédant à l’augmentation de son taux directeur pour juguler l’inflation. Une telle mesure s’avérant souvent insuffisante, BAM devrait également augmenter la réserve monétaire pour rendre les banques commerciales plus dépendantes en matière de liquidités. La dernière fois où elle a eu recours à une telle démarche remonte à 2003 lorsque le taux de la réserve monétaire avait été établi à 16,5 % des dépôts à vue avec une rémunération de 0,75%, contre 10 % précédemment, pour lutter contre une inflation résultante des excédents de liquidités. Le montant de cette réserve atteint aujourd’hui 20 milliards de dirhams et Bank Al-Maghrib pourrait jouer sur cette manne de liquidités non utilisée jusqu’à 20 % des dépôts à vue et l’étendre éventuellement aux dépôts à terme. Si la situation de flambée internationale des prix du pétrole devait se perpétuer, un tel scénario impliquant l’intervention de la Banque centrale ne relèverait pas de la fiction et serait préférable à la situation d’essoufflement progressif de l’Etat obligé à la prise en charge des conséquences financières de cette spirale haussière d’origine exogène. Mais, dans cette hypothèse, un renversement de tendance des taux d’intérêts en serait la conséquence induisant un renchérissement du crédit qui pénaliserait la consommation et l’investissement, les deux moteurs de la croissance économique. Ces scénarii montrent à quel point l’option prise par M. Fathallah Oualalou a été difficile, tout autant que précaire d’ailleurs. En effet, ses propres services, notamment la Direction de la politique économique générale au sein du ministère des Finances, ont procédé à une étude portant sur les conséquences économiques de différents niveaux de prix du pétrole, laquelle a démontré à la suite d’une simulation sur la base de 31, 40 et 50 dollars le baril, que des effets économiques négatifs ne pouvaient être évités. M. Oualalou, en optant pour la lutte contre l’inflation des prix, accepte de supporter l’inflation des dépenses publiques, mais il ne sait certainement pas si l’Etat est en mesure de le faire longtemps et s’il arrivera à le justifier auprès des institutions financières internationales. La crise pétrolière internationale, qui préoccupe la majorité des pays non producteurs et impacte l’économie mondiale dans son ensemble, épargnera-t-elle l’économie marocaine, encore fragile, d’une inflation inéluctable ? Rien n’est moins sûr ! Afifa Dassouli
|
|