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M. Francis Savoye, Président du Directoire du Crédit Du Maroc : «Nous repartons dans une dynamique de conquête»

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La Nouvelle Tribune : La stratégie de la banque que vous dirigez, le Crédit Du Maroc, a perdu de sa force ces dernières années. Cela serait-il dû à la composition de son actionnariat actuel, sachant qu’aux côtés de l’actionnaire de référence, le Crédit Agricole français, Attijariwafa bank détient plus de 30 % du capital?
M. Francis Savoye :
Ce n’est pas tout à fait mon point de vue et, les actionnaires actuels ne sont pas en cause. Il faudrait plutôt distinguer le CDM d’avant 2004 et la banque d’après. En effet, jusqu’à la fin 2003, une double interrogation pesait sur son actionnariat. D’abord au niveau du Crédit Lyonnais dont on savait qu’à un moment ou à un autre, un choix serait fait sur son avenir, bien que le Crédit Agricole était déjà favori à l’époque. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à la suite de l’OPA qui a été lancée et réussie par le Crédit Agricole sur le Crédit Lyonnais. Je rappelle que le Crédit Agricole est en France la première banque du pays.
La deuxième interrogation portait sur la participation de Wafabank qui détenait plus de 30 % du capital de CDM. Celle-ci était plutôt soutenue par le Crédit Agricole, qui avait lui-même 14,7% dans le capital de Wafabank. Cette situation a prévalu jusqu’à l’OPA de la BCM sur Wafabank. Depuis, des options ont été prises qui me paraissent simples et claires.
À l’examen de sa situation au Maroc, le Crédit Agricole s’est trouvé, d’une part, majoritaire dans une banque créée en 1929, comptant donc 75 années de présence au Maroc, le CDM, filiale du Crédit Lyonnais. D’autre part, le Crédit Agricole avait une participation dans le capital de Wafabank avec laquelle il avait également noué des partenariats de capital dans le crédit à la consommation et dans la gestion d’actifs. Le Crédit Agricole a opté pour le renforcement des partenariats existant dans le crédit à la consommation à travers SOFINCO et la gestion d’actifs où Crédit Agricole Asset Management s’était associé à Wafagestion.
Parallèlement, le Crédit Agricole a gardé une participation symbolique de 1,5 % dans le nouvel ensemble né de la fusion de BCM et de Wafabank, Attijariwafa bank. D’ailleurs, la nouvelle entité souhaitait également garder une relation privilégiée avec une grande banque européenne, en plus de la banque espagnole BSCH qui est présente à hauteur de 14,5% dans son capital. 

Quelles sont les retombées de ces partenariats sur le Crédit Du Maroc ?
En tant que filiale du Crédit Agricole au Maroc, nous avons profité de ces partenariats et notre réseau bancaire est utilisé en parallèle de celui d’Attijariwafa Bank pour distribuer les produits de crédit à la consommation proposés par SOFINCO à Wafasalaf. C’est aussi l’occasion pour le CDM de se renforcer dans la gestion d’actifs. Les partenariats qui avaient été montés entre Wafabank et Crédit Agricole ont ainsi été étendus à la BCM et au CDM et le Crédit Agricole a ainsi conforté des partenariats réussis en y ajoutant les réseaux de deux banques.

Le Crédit Du Maroc en tant que banque continue-t-il à se distinguer de cet ensemble ?
Le Crédit Agricole a affirmé lors de la venue de son Directeur général Jean Laurent en mai 2004 et confirmé par celle du Président René Carron la semaine dernière devant une grande assemblée de cadres de la banque, son appui au développement du CDM à travers un plan de développement sur la période 2004-2008.
Je vous parle de plan de développement parce que pendant cette période de relative incertitude que je viens d’évoquer, nous ne pouvions pas prendre d’option définitive. Nous nous sommes donc concentrés sur notre banque en la gérant le mieux possible et je crois que 2004 a montré des résultats très satisfaisants, avec de bons fondamentaux.
Depuis, notre actionnariat s’est clarifié et nous repartons dans une dynamique de conquête. On peut considérer donc que le CDM a vécu une période d’observation jusqu’en  2004.

Les partenariats que le Crédit Agricole a signés avec Attijariwafa bank vous ont obligé à sortir du capital de vos filiales para bancaires.N’est-ce pas un affaiblissement du CDM?
Non, pas du tout. Le CDM n’était pas actionnaire de Wafasalaf et a bénéficié d’une convention de distribution des produits de crédits à la consommation. Et pour notre filiale CDMG qui a été effectivement apportée à Wafagestion sans contrepartie de capital, elle a été intégrée dans un ensemble plus grand dans lequel le Groupe Crédit Agricole a maintenu sa participation à hauteur de 34 % et Attijariwafa Bank 66 % déjà détenus dans Wafasalaf et Wafagestion.

Le Crédit Du Maroc fait donc partie du groupe Attijariwafa  bank ?
Non, nous sommes partenaires, pour ce qui concerne les produits para bancaires. Cela nous permet de distribuer des produits de crédits à la consommation que le CDM ne faisait pas et aussi de gestion collective " marketés " Crédit Du Maroc, avec le label de notre banque, mais fabriqués par un ensemble plus gros, ce qui les rend plus compétitifs et plus rentables, conformément à l’évolution de ce métier à l’international. C’est comme si nous avions externalisé la gestion d’actifs.

Et les produits d’assurances du groupe Attijariwafa bank, comptez-vous les distribuer également ?
Effectivement, nous travaillons sur la distribution de produits d’assurances à travers une convention avec Wafa Assurances. Il est tout de même naturel que le CDM distribue en priorité des produits du Groupe Wafa Assurances sachant que celui-ci détient une part significative du capital de notre banque.

On comprend que votre partenariat avec le groupe Attijariwafa bank soit vraiment ancré parce que vous êtes au centre d’une relation de capital croisée. Pour ce qui est de la participation de 31 % d’Attijariwafa bank dans le CDM, comment se traduit-elle au niveau du Conseil de Surveillance de votre banque ? N’y a-t-il pas conflit d’intérêt ?
Attijariwafa Bank n’est pas au Conseil de Surveillance. Toutefois, en tant qu’actionnaire important, elle ne peut être indifférente à notre stratégie. La différence avec l’actionnaire qu’était Wafabank, c’est que le Crédit Lyonnais,  notre société-mère à l’époque, considérait que le CDM faisait l’objet d’une convoitise. Par opposition, l’actuelle relation entre le Crédit Agricole et Attijariwafa bank a été construite en 2004. C’est pourquoi j’insiste sur la différence entre notre situation d’avant 2004 et celle d’après. En effet, Jean Peyrelevade, l’ex-président du Crédit Lyonnais, a toujours considéré que l’invitation que s’était faite Wafabank dans le capital du Crédit du Maroc était inamicale, puisqu’elle se faisait à des fins d’absorption. En conséquence, il est sans doute normal que l’on qualifie notre situation actuelle de partage de capital d’originale, voire de délicate, mais la grande différence, c’est que la nouvelle relation entre le groupe Attijariwafa bank et le Crédit Agricole a été délibérément engagée par ses acteurs et notamment la banque française qui voulait et veut toujours préserver ses acquis au Maroc.

Sachant les liens de capital et de partenariat existants entre vous, y a-t-il un pacte d’actionnaire entre le CA et Attijari qui écarte toute ambition de cet actionnaire important sur le Crédit Du Maroc?
Je ne sais pas s’il y a un pacte d’actionnaire dans ce sens. Je ne suis pas actionnaire, mais dirigeant de la banque. Mais, il ne faut pas confondre le cœur de métier de l’activité de banque qui porte sur la fréquentation des agences, la distribution du crédit, la captation de flux, etc. sur lequel les deux banques restent concurrentes et les activités para bancaires où nous travaillons ensemble. De plus, il ne faut oublier que c’est le Crédit Agricole qui est majoritaire au niveau du CDM et qui détient la gestion de la banque.

Est-il interdit pour autant de penser que pour construire un champion national dans le secteur bancaire, on veuille rapprocher le CDM d’Attijariwafa bank ?
Certes, vous pouvez l’imaginer si vous le souhaitez, mais les données actuelles l’excluent. Nous sommes dans la situation très claire où le Crédit Agricole, majoritaire dans le Crédit Du Maroc, a  noué une relation très forte avec Attijariwafa bank dans les activités para bancaires et où son représentant au Maroc est le CDM. C’est à ce titre que le Crédit Agricole soutient notre plan de développement.

Pouvez-vous nous parler de ce plan de développement et des objectifs qu’il s’assigne?
En 2004, l’augmentation du PNB, tout en étant  relativement modeste, est restée positive, à 1,9 %. Certes, elle n’est pas à l’image d’un pays émergent, mais le taux de croissance économique a lui-même été revu à la baisse. De plus, la cause de cette stagnation, valable pour toutes les banques, tient au fait que l’excédent de liquidités constaté sur le marché a engendré une baisse des taux d’intérêts et a exercé une pression sur les marges d’intérêt bancaires quand elles n’ont pas été compensées par les volumes. Pour nous la marge d’intérêt a été maintenue avec une faible progression de 0,4 %. Par contre, nous avons réalisé une progression importante de notre marge sur commissions qui est l’autre composante du PNB, de même que nous avons eu une bonne contribution sur les opérations de marché. Il est vrai, cependant, que sur les dernières années, le Crédit Du Maroc n’a pas eu la même politique de développement que les autres banques. C’est pourquoi notre plan de développement, amplifie notre politique d’ouverture d’agences. Nous escomptons arriver à 200 agences en 2008 contre 143 aujourd’hui, soit l’ouverture de 15 agences par an et comptons augmenter le nombre de commerciaux pour être plus proche de la clientèle.
Une réflexion approfondie est aussi menée sur toute la partie du back office.
Le CDM qui sort d’une période de gestion du quotidien dans une phase d’incertitude, se repositionne désormais sur la conquête de la clientèle dans tous les segments de la banque universelle, avec l’objectif de maintenir nos fondamentaux et notre rentabilité, notre coût et couverture du risque.
Dans notre plan de développement 2004-2008, nous ambitionnons d’améliorer notre part de marché. À 7 %, elle était stationnaire, se stabilisant dans un marché en croissance. Il est vrai que le CDM, qui se positionnait au même niveau que la BMCI, la Société Générale et Wafabank, a souffert du fait que son actionnaire de référence, le Crédit Lyonnais ne pouvait pas suivre. Mais, ces incertitudes sont désormais derrière nous. Les premiers résultats de notre plan pourront être appréciés dès 2005.

Pouvez-vous nous parler de la récente visite du président du Crédit Agricole SA, M. René Carron ?
Le Président du Crédit Agricole, M. René Carron, soutient nos projets et a eu l’occasion lors de sa dernière visite de le prouver par des rencontres à haut niveau avec les autorités du Royaume et notamment le Premier ministre, le ministre des Finances, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib. Il a voulu montrer à travers le développement de sa banque, l’attachement du Groupe Crédit Agricole au Maroc et sa confiance dans le pays.
Pour le Président Carron, le Crédit Du Maroc, exerce les mêmes métiers que les Caisses Régionales du C.A, et en tant que filiale du Crédit Agricole peut aisément s’intégrer dans la grande famille du Groupe.

Le groupe Karim Lamrani, avec une participation relative, tient une place importante au CDM, puisque Mme Saïda Karim Lamrani est présidente du Conseil de Surveillance de votre banque. Acceptez-vous de faire un commentaire sur ce constat ?
Dans l’histoire du CDM, le Crédit Lyonnais a entretenu depuis 1966 une relation de proximité avec le groupe Karim Lamrani. C’est de la fusion du Crédit Lyonnais Maroc avec la Compagnie Africaine de Banques, qui appartenait à ce groupe, qu’est né le Crédit Du Maroc. C’est donc de cette époque que date cette amitié entre le Crédit Lyonnais et le groupe Karim Lamrani. C’est une relation de fidélité qui dure depuis plus de 40 ans et Mme SaÏda Karim Lamrani est Présidente de notre Conseil de Surveillance. L’histoire de notre banque a donc son poids.
Je pense qu’une banque, quelle que soit sa taille, ne peut venir au Maroc sans être associée et partenaire avec des groupes et des personnes qui comptent dans le pays. Et comme nous entretenons des relations de grande qualité depuis longtemps, j’ai personnellement expliqué au Crédit Agricole l’importance de cette relation que je connais bien du fait de mon ancienneté au Crédit Lyonnais. Mais c’est également une fierté  pour le Crédit Agricole d’avoir une femme comme Président d’un Conseil de Surveillance d’une unité du Groupe. C’est d’ailleurs un cas unique.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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