La Nouvelle Tribune : En très bref, quelles sont les dates-clés de REGIONAL AIR LINES?
M. Hicham Nechad : Regional Air Lines a été créée en 1997 et l’idée derrière la création de la compagnie était d’amener un complément régional à la compagnie nationale et devenir ainsi un acteur conséquent dans le désenclavement des régions.
Plusieurs événements majeurs ont marqué la vie de la compagnie.
L’année 1999 a connu un développement du réseau à l’international, la construction du siège de la compagnie et de son centre de maintenance, ainsi que le développement et le renforcement des partenariats avec les principales compagnies opérant dans notre région notamment Portugalia Airlines avec laquelle un code share a été signé.
En 2001, nous avons ouvert notre première agence commerciale à Casablanca.
2003 a connu la signature du contrat de code share avec la compagnie nationale Royal Air Maroc et en 2004 la signature de l’accord d’affrètement ATR avec Royal Air Maroc est venu couronner le partenariat avec la compagnie nationale.
Comment RGL a-t-elle trouvé son positionnement?
Notre positionnement était clair dès le début : une compagnie régionale.
Les premières années, il a fallu opérer sur certaines lignes en utilisant des modules adaptés de 19 siéges afin de déterminer le meilleur rayon d’action pour constituer un réseau régional économiquement viable.
Avec les huit années d’expérience, ce réseau s’est étoffé et a permis à RGL d’avoir aujourd’hui environ 75 vols quotidiens sur le domestique et sur l’international limitrophe.
Comment la concurrence entre la compagnie privée et la compagnie nationale a-t-elle pu se matérialiser ?
Je ne sais pas si l’on peut vraiment parler de concurrence quand il s’agit d’ouvrir une ligne. Quand l’opportunité alliant du trafic, du revenu et des disponibilités machines se présente, on se doit d’être acteur sur une destination. Mais il n’y avait pas de concertation pour la mise en place d’un programme commun et le partage des revenus d’une ligne.
Mais à partir du moment où l’on plantait dans le décor une nouvelle compagnie, le fait de la nouveauté entraînait objectivement un peu d’ombre à la compagnie nationale, car toutes les nouvelles lignes avaient été historiquement ouvertes par RAM et toute démarche commerciale pouvait être mal interprétée.
C’est une tendance qui a marqué tous les pays abritant une compagnie à vocation nationale et une nouvelle à dimension régionale.
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui pour que s’enclenche une collaboration entre les deux compagnies ?
Je crois que c’est la volonté des deux présidents M.Berrada et M. Bensalah avant tout, qui ont pris conscience d’une réelle opportunité de partenariat.
Il y a donc eu la signature d’un code share, lequel a démarré en juillet 2003 et a permis de montrer que les deux entités pouvaient travailler ensemble sur leurs réseaux régionaux respectifs. Depuis, le partenariat s’est développé à la satisfaction des deux parties.
Le grand tournant a eu lieu l’an dernier lorsque RAM et RGL se sont rapprochées pour mettre en place un contrat de location des deux ATR de 46 sièges qui nous permettait de commencer à opérer ces appareils pour le compte de RAM sur certaines lignes qui économiquement ne permettaient pas l’emploi de modules plus grands.
La compagnie Royal Air Maroc acquiert à RGL des heures de vols à un prix intéressant et assure par la même occasion l’optimisation de ses continuations à travers le hub de Casablanca.
Ces 2 ATR viennent en complément de notre flotte de Beechcraft et nous prendrons livraison en octobre prochain d’un troisième ATR qui sera opéré exclusivement pour le réseau RGL.
Quelles sont les conséquences de cette alliance sur le plan de vos résultats ?
Notre compagnie a connu une croissance à deux chiffres. Son revenu ayant augmenté de 44% entre 2003 et 2004. Ce pourcentage représente un mix entre le revenu réalisé par la compagnie hors accords RAM et le revenu supplémentaire généré par le partenariat avec la RAM.
D’ailleurs, 2004 est le premier exercice de Regional Air Lines présentant un résultat d’exploitation positif.
Un véritable mariage avec RAM est-il envisageable, en termes de capital donc ?
Le sujet n’est pas à l’ordre du jour. Le partenariat actuel, de l’avis des deux compagnies est assez avantageux pour les deux parties.
Quels sont les actionnaires de RGL et se sont-ils maintenus?
Les actionnaires de notre société sont fondateurs de RGL : le groupe Holmarcom à travers la compagnie d’assurance Atlanta et le holding lui-même, le groupe BMCE à travers la compagnie RMA Watanya et le holding Finance.com, le Groupe Banque Populaire à travers Moussahama et des personnes physiques.
Au départ, le capital était de 40 millions de dirhams, il a été porté à 200 millions de dirhams preuve que les actionnaires ont cru en la compagnie et ont continué à l’accompagner malgré les vicissitudes de la conjoncture pendant plusieurs années.
Quelle est donc désormais la stratégie de la compagnie ?
A partir de la connaissance de nos atouts et de nos limites, nous élaborons, y compris vis-à-vis de notre partenaire Royal Air Maroc une stratégie de développement à la fois réaliste et ambitieuse, avec l’aide précieuse, les encouragements et l’expérience d’un Conseil d’Administration exemplaire.
Etant donnée l’importance du contrat avec la compagnie aérienne nationale, nous voulions que 2005 soit une année d’observation avant de dérouler une vision à moyen terme.
Mais nous réfléchissons sur 2006 et au-delà, pour déterminer le chemin à suivre pour les années futures, au regard, notamment, du développement de l’industrie touristique dans notre pays.
D’ailleurs, nous avons d’ores et déjà renforcé notre rôle de compagnie régionale en assurant les dessertes de Nador et Al Hoceima qui sont des lignes subventionnées avec l’aide de l’Agence du Nord. Nous avons également ouvert la ligne Agadir-Ouarzazate et Agadir-Las Palmas avec la Région du Souss-Massa-Draa et le CRT d’Agadir, et avec l’Agence du Sud, nous assurons Agadir-Tan Tan et Casablanca-Tan Tan.
Tout cela est le fruit d’un travail d’équipe et d’efforts conséquents avec des partenaires comme les agences de développement régional, les conseils régionaux, l’ONDA et d’autres.
Ces partenariats mettent en valeur la complémentarité naturelle entre REGIONAL AIR LINES et les opérateurs économiques et touristiques des régions du Maroc pour la contribution au développement du trafic aérien entre les différentes régions du Royaume.
Nous continuerons à assurer notre rôle de compagnie régionale et saisirons les opportunités qui se présenteront à l’image de ce qui s’est produit en 2005. Ceci dit, l’environnement général milite en faveur de nouveaux développements pour la compagnie.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli