La Nouvelle Tribune : Comment expliquer le comportement des OPCVM Obligataires en cette année 2007 ?
M. Saïd Moualil : L’année 2006 a été un millésime exceptionnel pour les OPCVM obligataires. Ils ont presque tous affiché des niveaux de performance records. Certains OPCVM investis sur le long terme ont même dépassé le niveau de 20% de performance annuelle.
La baisse des rendements a poussé toute la courbe des taux en dessous de 4%. Le Trésor a habilement géré ses adjudications en se finançant de moins en moins cher sur le marché. Il a même réussi à enrichir le compartiment obligataire par une nouvelle émission à 30 ans, adjugée à un taux record de 3.97%.
Les fondamentaux économiques seuls, ne pouvaient expliquer ces niveaux records. Une inflation, bien que globalement maîtrisée, s’est affichée au-dessus de 3% en 2006 avec une croissance économique exceptionnelle de 8.1%. Un tel contexte aurait été défavorable aux taux dans les pays développés tels que la zone EURO ou US. Il est vrai qu’au Maroc, la jeunesse de l’environnement économique et sa dynamique engagée ces dernières années, rendent difficile une mesure de la croissance potentielle marocaine. Généralement, cette mesure définit l’objectif de taux réel ou de croissance économique sans inflation que se fixe une banque centrale pour piloter sa politique monétaire à travers ses taux directeurs.
Les opérateurs de marché en déduisent le rendement obligataire en additionnant ce taux réel et l’inflation anticipée. Or, en début de cette année, tous les rendements s’affichaient en dessous de 4% quel que soit l’horizon de placement, ce qui rendait l’obligataire très cher.
L’abondance de liquidité sur le marché monétaire et l’absence prolongée du Trésor en raison de ses bonnes rentrées fiscales ont créé un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché obligataire. La demande durant la dernière moitié de 2006 et le premier trimestre de 2007 a poussé les rendements à des niveaux historiquement trop bas. Ils n’offraient presque plus aucune prime de risque suffisante pour rémunérer les placements à long terme. Par conséquent, une consolidation obligataire était prévisible dès lors que cette demande faiblissait et que l’offre du Trésor commençait à se profiler.
La hausse surprise du taux des appels d’offres de Bank Al-Maghrib à fin 2006 a entraîné une correction sur le compartiment monétaire. En revanche, les segments moyen et long terme n’ont pratiquement pas bougé et semblaient surévalués en raison du manque de liquidité et d’un marché obligataire très peu animé. De plus, le Trésor a prolongé son absence pendant une longue période jusqu’à ce mois de septembre où il est venu lever 2 milliards de dirhams sur les maturités 52 semaines et 2 ans et les marquer à la hausse de 0.39% et 0.55% respectivement. Les autres maturités ont également réagi sur le marché secondaire avec des hausses allant de 0.5% à 0.9%. Aujourd’hui, l’émission 30 ans s’affiche autour de 4.8%.
Les performances des OPCVM obligataires pour cette année accusent des baisses, allant de légèrement négative à environ –7% pour les plus exposés au risque de taux.
Les OPCVM Obligataires offrent-ils encore du potentiel ou sont-ils risqués ?
Le compartiment obligataire doit être intégré dans un processus d’investissement comme une classe d’actifs à part entière. Pour une meilleure diversification des risques, les obligations offrent une meilleure sécurité et une grande résistance à la volatilité des marchés surtout quand l’horizon de placement est au-delà de 2 à 3 ans. En revanche, lorsque cet horizon est très court, il est plus judicieux de réduire son exposition au risque de taux et de privilégier le compartiment monétaire ou obligataire court-terme.
Comme cela a été développé ci-dessus, des rendements obligataires en dessous de 4%, surtout dans un contexte économique favorable, représentaient un risque non négligeable. D’ailleurs, les investisseurs aussi bien institutionnels que particuliers ne sont pas encore prêts à revenir à l’achat sur l’obligataire. D’autant plus, que le Trésor devrait revenir dans le marché pour boucler son programme de financement pour l’année 2007. Son besoin de financement qui reste à lever d’ici à la fin de l’année est estimé autour de 25 milliards de dirhams. Une telle offre dans un contexte d’une demande faible devrait encore peser sur le marché obligataire.
De notre côté, chez Wafa gestion, nous avons conseillé à nos clients de réduire leur exposition au risque obligataire depuis le début de cette année 2007. Nous leur avons conseillé d’allouer une partie de leur portefeuille en actions en fonction de leur horizon de placement. Ceci leur a permis de préserver une partie des gains réalisés auparavant.
Quel regard avez-vous sur le marché marocain après une expérience internationale ?
Le marché marocain a réalisé un parcours impressionnant en termes de volume, de technicité et voire de liquidité. Bien que cette dernière reste le parent pauvre à développer pour gagner en maturité. Un marché qui souffre d’un manque de liquidité peinera à se développer. Les investisseurs privilégient toujours les placements liquides même si leur horizon de placement reste long. Dès que cette liberté de disposer de son argent n’est plus assurée, l’investisseur réclame plus de rendement même si le risque de signature demeure absent. Il est donc indispensable que les IVT, le Trésor et les autres émetteurs travaillent ensemble pour améliorer cette liquidité sur le marché obligataire. Les IVT doivent jouer leur rôle d’animation sur le marché obligataire au même niveau que le Trésor qui doit se fixer un objectif double : optimiser le coût de la dette publique sans oublier de dynamiser son marché. Le marché à terme est aussi un autre axe de développement. Il a souvent été un facteur déterminant dans l’essor des marchés de la dette et des actions. Les responsables en charge de ce projet, devraient accélérer sa création pour donner plus d’essor aux marchés classiques et pourquoi ne pas développer ultérieurement un marché d’options.
Le marché du crédit est également un facteur de développement économique important. Il permet aux entreprises de financer leur croissance et de distribuer une partie des dividendes aux autres investisseurs tout en mutualisant le risque de contrepartie. L’absence de notation par des agences de rating, réduit fortement la visibilité sur le risque émetteur et ne permet pas aux investisseurs de juger de la qualité de la signature.
L’investissement à l’international offrira certainement plus d’opportunité de diversification, une maturité de notre ingénierie financière et surtout permettra à notre marché d’être valorisé selon des standards internationaux. Aujourd’hui, lorsque nos deux marchés classiques actions et obligataire deviennent chers, il est difficile de trouver d’autres sources de valeur étrangères. Les OPCVM doivent attendre la nouvelle réglementation pour étoffer leurs offres et intégrer les nouveaux marchés.
Quant à la gestion collective, elle définit aujourd’hui des processus d’investissement standardisés pour la gestion de l’ensemble des portefeuilles. Les particuliers bénéficient du savoir faire des gérants et de leur proximité avec le marché pour le suivi des risques. En revanche les institutionnels optent souvent pour une gestion dédiée en accord avec leurs contraintes d’investissement. De plus, à travers les OPCVM, ils bénéficient tous d’une gestion collective avec une meilleure diversification des risques et surtout une liquidité assurée.
Entretien réalisée par
Afifa Dassouli