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Enseignement supérieur : Les carences d’une réforme

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Cela fait maintenant 4 ans que la réforme de l’université a eu lieu. Calquée sur le modèle européen, elle prévoit 4 niveaux d’études : bac+2 pour le Deug, bac+ 3 pour la Licence, bac+5 pour le Master et bac+8 pour le doctorat. Auparavant, l’étudiant titulaire d’un bac + 4 avait une licence, qu’il pouvait poursuivre par un troisième cycle qui durait 2 ans. Le changement de formation est donc considérable. Quels ont-été les bénéfices de cette réforme ? A-t-elle répondue aux attentes escomptées ? Pour beaucoup, l’intérêt majeur est qu’elle offre une certaine flexibilité du parcours de formation  permettant ainsi à l’étudiant de bénéficier d’une souplesse d’orientation. Certes, mais d’aucun remettront en cause l’idée que le nouveau système a élevé  le degré d’exigence. Le Deug apparaît désormais comme un diplôme succinct,  et la licence  reste le minimum. La maîtrise ayant disparue, le master  devient ainsi l’échelon qui clôt le deuxième cycle. En effet, il faut en être titulaire pour postuler à un concours national. Les études sont donc plus longues, mais elles paraissent, vu le système de notation, moins difficiles à réussir. En résumé, 2 semestres scindent l’année universitaire. Des modules sont constitués de deux ou trois matières. 5/20 est la note éliminatoire, et  la licence est obtenue si 24 modules ont été validés. Bien que ce nouveau schéma soit à la portée, les mécontentements font office. D’abord, concernant la durée du semestre. En réalité, les cours sont étalés sur 3 mois au maximum. Sur les 12 matières enseignées, il est quasi-impossible d’être exhaustif. Les polycopiés sont légion, si bien que l’étudiant se retrouve malgré tout, livré à lui-même. Aussi, qu’en est-il du taux de réussite ? A-t-il été amélioré ? Vraisemblablement non, parce que le nouveau système de notation permet à l’étudiant de vivre avec  un certain laxisme. Il est en effet permis de  refaire trois fois la matière, la quantité d’étudiants qui réussit est certes plus importante, mais le niveau de ceux-ci n’en n’est pas forcément meilleur. En effet, certains professeurs souhaiteraient une remise à niveau dés la première année, voire même un concours d’admission. Mais sélectionner une entrée en faculté, ne remettrait-il pas en cause les formations obtenues au collège, puis au lycée ? Le débat est ouvert, et des projets dans ce sens sont en cours. Néanmoins, on pourrait saluer la spécialisation de certaines filières. La création d’une licence en droit de l’entreprise est en cours. Cette réforme a mis en exergue des nouvelles pratiques, en se mettant au diapason des universités européennes, mais à aucun moment elle n’a pallié les manquements déjà existants.

Fatim-Zahra Tahiri

Entretien avec le Professeur Mohamed Jaouhar, enseignant-chercheur et vice-doyen de la faculté de droit de Casablanca

La nouvelle tribune : Le système semestriel a-t-il permis une amélioration du niveau ?
Pr Med Jaouhar :
Ce système semestriel avec module dépend du contenu de la matière. Il n’a malheureusement pas exprimé les objectifs escomptés. Cette année 1034 étudiants se sont inscrit pour la troisième fois à un examen, et risquent donc l’exclusion. 300 étudiants sur ces 1034 ont eu une dérogation exceptionnelle du doyen, c'est-à-dire qu’ils passaient la matière pour la quatrième fois. Les étudiants n’ont pas de stratégie par rapport aux modules proposés. Cela montre aussi que le niveau des étudiants est moyen. Seule une minorité donne satisfaction, pour le reste, on peut même le qualifier de médiocre.
 
Etes-vous pour une présélection ?
Je suis favorable parce que de plus en plus les étudiants se rabattent, par dépit, sur la faculté. Les étudiants vont suivre une section économique alors qu’ils ont un bac lettres. Il faudrait instaurer un test d’entrée. Avec cette réforme a été introduit « un module outil » composé de langues et de communications renforcées, mais ça n’a pas donné ses fruits. Jusqu’à présent, ce module est géré par le rectorat directement. Il n’y a donc pas eu de coordination entre les professeurs. Après 5 semestres d’essai, nous avons demandé une ré accréditation du module pour que la gestion se fasse directement de la faculté.

Les étudiants mettent en cause la durée du semestre, qu’en pensez-vous ?
C’est effectivement le grand problème de cette réforme. Il faut revoir le système semestriel surtout au niveau du Master. En effet, le Master est accentué autour de la recherche et avoir une durée minime de cours paralyse le travail des étudiants. Un semestre dure 14 semaines mais en réalité seules dix semaines sont enseignées. Nous avons 16 000 étudiants, et assurer un cours pendant 1,5 mois ou 2 mois, est insuffisant. Les cours ne commencent réellement qu’à la mi-octobre et se terminent en janvier. Février et mars retenus pour les examens de première et deuxième session. Ainsi le deuxième semestre commence en avril et se termine début juin.

Avez-vous une carence de postes ?
Nous avons, dans ce sens, un réel problème. Le ministère nous alloue 1 ou 2 postes par an. Mais depuis deux ans, nous avons des résultats infructueux dans les concours de recrutement. Ainsi, la spécialisation des filières est difficile. Nous avons  depuis peu un master en audit et gouvernance publics ou encore en science criminelle. Nous avons crée une licence en technique comptable orientés vers l’offshoring. Mais l’enseignement de la sociologie juridique a été abandonné. Nous avons aussi souhaité instaurer  une filière unique de droit. Comme en Tunisie, où les études de droit sont enseignées en arabe pour les matières de procédure et en français pour les matières de droit international. Mais cela a été refusé par le ministère de tutelle.

Avez-vous des problèmes de grèves ?
Nous avons des grèves mais sans grandes importances. C’est une minorité qui ne perturbe pas l’ambiance générale de la faculté. Les étudiants n’ont pour la plupart pas de souci politicienne. Ça se passe plutôt bien.

Propos recceuillis par
Fatim-Zahra Tahiri



 

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