En marge de la "Troisième Rencontre Internationale des leaders de la Profession Actuarielle en Afrique", M. Mohamed Reyad, Président de l'Association Marocaine des Actuaires a bien voulu nous donner un aperçu sur le rôle et la formation des actuaires au Maroc.
La Nouvelle Tribune: La fonction de l'actuaire semble être quelque peu méconnue. Pouvez-vous nous préciser en quoi elle consiste?
M. Mohamed Reyad : Spécialiste de l'évaluation des produits financiers complexes à base de taux, l'actuaire est à l'origine un spécialiste des mathématiques appliquées à l'Assurance. Au départ, il était considéré, en quelque sorte, comme un "Ingénieur de risque". Cela reposant sur le fait qu'il a une formation qui repose beaucoup sur les calculs de probabilités, les mathématiques supérieures, les statistiques et la théorie du risque collectif.
Au début, les actuaires focalisaient leur attention sur l'assurance-vie en élaborant les tables de mortalité à partir desquelles ils déterminent -en se servant des outils de probabilité, de statistique et des formules mathématiques- les taux de primes pour les compagnies d'assurance, le calcul du montant des réserves techniques, etc. Très rapidement, ses domaines de compétences sont élargis pour toucher l'assurance non-vie, la réassurance, la gestion collective, la banque et différentes autres activités économiques.
Au niveau des compagnies d'assurance, l'actuaire peut effectuer plusieurs tâches. Il peut être affecté à la certification des réserves techniques qui représentent les engagements des compagnies d'assurance vis-à-vis des victimes d'accidents ou des assureurs. C'est à l'actuaire de certifier ces réserves et de les déclarer sincères et conformes aux normes en vigueur. Il peut également s'occuper de la gestion d'actifs des compagnies. Dans ce cadre, et à travers les portefeuilles de placements -actions et obligations- qui sont affectés à la couverture des provisions techniques, il est appelé à surveiller l'adéquation entre le passif réglementaire et les valeurs qui sont sensées le représenter.
Dans le domaine de la réassurance, le rôle de l'actuaire consiste, en fonction des différents portefeuilles de l'entreprise, à arrêter le programme de réassurance selon les branches. Ainsi, en fonction, d'une part, de la configuration des capitaux assurés et, d'autre part, des fonds propres de la société, il va déterminer les portefeuilles que la compagnie va conserver en cas de sinistre et ceux à céder à d'autres réassureurs professionnels.
Il peut également travailler à la surveillance des portefeuilles. Dans ce cadre, il analyse l'évolution des tarifs des différentes branches en matière de sinistralité, et c'est à lui que revient la charge de juger si les tarifs pratiqués sont suffisants ou insuffisants. S'il y a déséquilibre, en commun accord avec la direction de la compagnie en question, il procède à des simulations de survenance pour pouvoir établir un tarif d'équilibre.
Toujours au niveau de l'assurance, l'actuaire peut être un acteur de création de nouveaux produits. Son rôle ne s'arrête pas uniquement à la création, il va aider les différents département au lancement du produit et surveiller le comportement du produit compte tenu des tarifs qu'il a élaborés.
Toujours dans le domaine des assurances, l'actuaire a les compétences nécessaires en matière d'évaluation d'une compagnie d'assurance et il est doté des outils nécessaires pour pouvoir déterminer le prix de vente de l'action de l'entreprise en question.
Au niveau des caisses de retraites et de prévoyance sociale, c'est également l'actuaire qui calcule en permanence les provisions techniques et veille sur la pérennité d'un système en fournissant à ces organismes les solutions optimales d'équilibre et de pérennité.
Aujourd'hui, avec la montée des risques, les banques font de plus en plus appel aux actuaires pour épauler les départements de gestion de risque client.
In fine, dès qu'on touche à l'aléa risque, on a besoin de l'actuaire qui est doté d'outils nécessaires pour évaluer le risque.
Pouvez-vous nous donner un aperçu sur la formation d'actuaires au Maroc?
Globalement, la formation d'actuaire suit un cursus bien déterminé. Après le bac et deux années de maths sup, les futurs actuaires suivent une formation spécialisée de trois ans.
Au Maroc, la nécessité d'assurer une formation en actuariat a été ressentie dès le début des années 70 pour répondre aux besoins du marché financier et de l'Administration. Dans les faits, ce besoin s'est matérialisé par le lancement d'un partenariat avec l'INSEA (Institut national de statiques et d'économie appliquée) pour la formation des actuaires au Maroc. Afin de renforcer cette formation, une convention lie, depuis 1999, les compagnies d'assurance, l'INSEA et la Direction des Assurances avec comme objectif de développer la formation d'actuaires. Actuellement, l'Association Marocaine des Actuaires tente de développer une coopération avec l'Association Actuarielle Internationale (AAI) pour la formation et le perfectionnement des actuaires marocains.
Notons qu'à côté des actuaires formés localement, plusieurs marocains ont reçu des formations d'actuaires dans des pays européens (France, Belgique, Suisse, etc).
Quels sont objectifs de l'Association Marocaine des Actuaires?
L'association Marocaine des Actuaires, créée en mars 1998, a pour objectif central de contribuer au développement de la profession d'actuariat au Maroc. Dans ce cadre, elle joue un rôle fondamental en matière de développement de l'enseignement d'actuariat en encourageant, orientant et encadrant les futurs actuaires. Toujours, au niveau de la formation, en collaboration avec l'Association Actuarielle Internationale (AAI), elle travaille à la mise en place d'un système de formation continue en actuariat afin que les actuaires marocains soient au fait des derniers développement du métier. L'association compte également participer plus activement aux grands débats ayant trait au développement de l'Assurance et de la finance en général au Maroc. Dans ce domaine, l'Association compte lancer des études actuarielles dans un certain nombre de domaines liés à l'assurance, la finance, la prévoyance, etc.
L'AMA compte également nouer des relations privilégiées avec les associations étrangères des actuaires pour bénéficier de leur expérience. D'ailleurs, c'est dans cette optique que s'intègre l'accueil de la "Troisième Rencontre Internationale des Leaders de la Profession Actuarielle en Afrique", à Casablanca.
Propos recueillis par
Moussa Diop