La "Troisième Rencontre Internationale des Leaders de la Profession Actuarielle en Afrique" qui s'est tenue à Casablanca du 31 mars au 2 avril 2003 a permis aux actuaires des différents pays représentés de discuter d'un certain nombre de thèmes liés à la profession. Les échanges ne manqueront pas d'avoir des effets bénéfiques sur l'Association Marocaine des Actuaires (AMA) qui projette d'adhérer à l'Association Actuarielle Internationale (AAI).
L'Association Marocaine des Actuaires a organisé, en collaboration avec l'Association Actuarielle Internationale (AAI) et l'Institut des Actuaires (IA France), la "Troisième Rencontre Internationale des Leaders de la Profession Actuarielle en Afrique" du 31 mars au 2 avril 2003. Cette manifestation, rehaussée par la présence de M.Fathallah Oualalou, Ministre des Finances et de la Privatisation, a permis aux différentes délégations présentes de discuter sur un certain nombre de thèmes de grande importance, tels la formation d'actuaires, le rôle des actuaires dans la mise en place des nouvelles normes comptables internationales, la réforme des régimes de retraite, l'établissement et certification des tables de mortalité, etc.
Dans son allocution, le ministre a souligné que pour le développement d'un système financier solide et moderne à même de drainer l'épargne nécessaire pour l'investissement, "le rôle de l'actuaire reste incontournable, notamment au niveau de la conception et du développement des produits d'assurance". C'est conscient de l'importance de ce rôle qu'un accent particulier a été accordé à la formation d'actuaires se traduisant par la "création d'une option d'Actuariat-Finance à l'INSEA avec l'appui financier des compagnies d'assurances", a fait remarquer M. Oualalou.
Suite à l'intervention du ministre, plusieurs thèmes ont été débattus par les intervenants. Traitant le thème "La profession d'actuaire au Maroc", M.Mohamed Reyad, Président de l'AMA, a estimé entre 100 et 120 le nombre d'actuaires au niveau du Royaume, répartis dans plusieurs secteurs: assurances, sociétés de bourse, cabinets d'actuaire, fonds de retraite, etc. Les compagnies d'assurance sont de loin les premiers employeurs d'actuaires (62% des effectifs), devant les Administrations (15%), les Caisses de retraites et Fonds de pensions (13 %) et Banque & Finance (10%). Par métier, la fonction technique l'emporte (45%) devant Management & Direction (35%), Gestion et Commerce (11%) et Comptabilité & Finance (9%). M. Reyad a conclu son intervention en mettant l'accent sur la nécessité de l'AMA de changer de statut pour se transformer en association professionnelle et adhérer à l'AAI.
Témoignages
Par la suite, M. Jean Berthon, Délégué Général de l'Institut des Actuaires (France) et ancien Président de l'AAI, a souligné "le rôle de l'actuaire dans un monde où le risque ne fait que s'accroître". M. Berthon a mis en évidence l'importance du professionnalisme des actuaires. Partant, les associations d'actuaires obligent leurs membres à respecter des normes élevées d'intégrité et de compétence professionnelles. En plus, souligne t-il, les actuaires, au nombre de 35 000 répartis dans 90 pays, "doivent se conformer aux normes rigoureuses de pratiques mises au point par des praticiens d'expérience en vue d'orienter les actuaires dans leurs analyses complexes". En plus du professionnalisme, "les actuaires sont appelés à relever un certain nombre de défis liés entre autres à la volatilité des marchés, aux niveaux bas des taux, à la dérégulation, aux réformes de la sécurité société, à la mondialisation de l'économie et à l'adoption de nouvelles normes de comptabilité", a martelé M.Berthon.
Dans un autre registre, M. Peter Clark, ancien Président de l'Instute of Actuaries (UK), a traité le thème "Les actuaires au service de l'intérêt public". Pour lui, l'Association d'actuaire doit avoir un intérêt public et ne doit pas être confondue à un syndicat ayant comme finalité la défense uniquement de la profession des actuaires. Toutefois, M. Clark reconnaît "l'existence d'importants conflits d'intérêt". L'indépendance des actuaires vis-à-vis de leurs employeurs se pose avec acuité. Partant, sur ce point, les débats ont été animés et le consensus au niveau de l'assistance s'est orienté vers la nécessité de la mise en place d'associations professionnelles fortes pour défendre l'intérêt des employeurs sans pour autant oublier leurs responsabilités envers le public. Dans ce cadre, et par l'entremise de l'AAI, les actuaires offrent leur appui à des organismes internationaux de réglementation, de finances, de comptabilité et d'assistance publique.
Intervenant sur le thème "Établissement et certification des tables de mortalité", M. Thierry Poincelin de l'Institut des Actuaires (France), a fait remarquer que "la certification des tables de mortalité est la première tâche officielle reconnue aux actuaires en France". Il s'agit d'une tâche qui n'est pas aisée en ce sens que la qualité de la table dépend de la qualité des données. Si ces dernières ne permettent pas de construire correctement la table de mortalité, l'actuaire est appelé à refuser la certification. Partant, M. Poincelin a ramené une fois de plus le débat sur la nécessité d'une indépendance de l'actuaire. A défaut d'une indépendance totale, l'actuaire ne doit pas être salarié d'une entreprise pouvant demander la certification ou trop dépendant de celle-ci.
Par ailleurs, si la fonction de l'actuaire était jadis liée à l'assurance, celui-ci est aujourd'hui sollicité dans tous les domaines du secteur financier, ont souligné les intervenants. Développant le thème, "Le rôle de l'actuaire dans la finance et dans la banque", M. Berthon a souligné que ce rôle n'est pas aussi nouveau que cela puisse paraître, notamment en France où la formation d'actuaire accorde une place importante à la finance. Plusieurs actuaires exercent dans le domaine de la Banque & Finance, notamment pour les activités liées à la gestion de portefeuille, au trading, etc. N'empêche, poursuit-il, de nouvelles activités s'ouvrent à l'actuaire dont: la Recherche & Développement (analyse des risques de marché et de crédit, produits dérivés, options, etc), l'Informatique (organisation et méthode) et la Gestion et Contrôle des risques au niveau bancaire liées aux exigences de "Bales II". L'actuaire est appelé à s'armer davantage pour pouvoir offrir des solutions aux problèmes de risques financiers. Pour cela, l'actuaire a besoin d'une formation continue lui permettant de contrecarrer les risques innombrables qu'affrontent les marchés financiers.
Moussa Diop