Les analystes s'attendaient un peu à des résultats bancaires mitigés pour l'exercice 2002. Toutefois, aucun d'eux ne pouvait se hasarder à pronostiquer sur une évolution du bénéfice net des banques cotées aussi catastrophique.
Ces résultats sont d'autant plus imprévus que l'activité des bancaires a connu une évolution positive. Le PNB des six banques cotées (BCM, BMCE, BMCI, CDM, CIH et Wafabank) s'est amélioré de +8,9 %, à 9 374 MDH, et ce en dépit d'une conjoncture macroéconomique marquée par une politique d'octroi de crédit de plus en plus prudente. Pour améliorer leur PNB, les banques ont mis l'accent notamment sur les activités génératrices de commissions et à fort potentialité de croissance, telle la monétique et la bancassurance. A ce niveau, les meilleures progressions de PNB sont à mettre à l'actif du CIH, de Wafabank et de BMCE Bank avec des progressions respectives de +33,9, à 589 MDH, +10,5 %, à 1 680 MDH, et +10 %, à 2 225 MDH.
La hausse significative du PNB ne s'est pas traduite par une progression du résultat bénéficiaire du secteur. Celui-ci a connu une chute spectaculaire de -91,5 % à 149 MDH. Cette baisse très significative est le fait de plusieurs facteurs. Il y a l'effet CIH. Cette dernière a enregistré en 2002 une perte de -822,7 MDH, contre -225,6 MDH en 2001. Hors cette perte, le résultat des cinq autres banques s'établirait à 970 MDH, en baisse de 50,75 % par rapport à l'exercice précédent. L'autre élément fondamental dans l'explication de la forte contraction du bénéfice net des bancaires demeure les importantes provisions des banques de la place. En effet, les efforts déployés par les banques en matière de provisionnement étaient globalement jugés insuffisants eu égard aux impayés. Selon les estimations, les créances en souffrance du secteur pris dans sa globalité, à fin 2002, s'établissaient à environ 30 milliards de dirhams. Face à cette situation, Bank Al-Maghrib a rappelé aux banques le respect des règles prudentielles. En clair, Bank Al-Maghrib souhaite que les banques puissent dorénavant avoir suffisamment de fonds propres pour faire face aux risques éventuels qui peuvent survenir (défaillance d'un emprunteur, risques de taux d'intérêt, etc). A travers ce rappel, Bank Al-Maghrib essaye de mettre la pression sur les établissements bancaires afin qu'ils s'adaptent progressivement au nouveau ratio de solvabilité des banques qui remplacera en 2006 l'actuel ratio Cooke. Les banques, dans leurs globalité semblent avoir joué le jeu, comme en témoigne le volume impressionnant des provisions qu'elles ont réalisées au titre de l'exercice 2002 pour améliorer leur niveau de solvabilité quitte à réaliser des résultats bénéficiaires en forte baisse.
Effet provision
Ainsi, la BCM a provisionné au titre de l'exercice écoulé 1,2 milliard de dirhams, ramenant son résultat net à seulement 27,6 MDH. Selon son PDG, M. Khalid Oudghiri, ce provisionnement vise à "mettre la banque aux plus hauts standards de la profession en matière de couverture du risque et préserver en permanence l'intérêt de ses actionnaires". Suite à ce provisionnement, le taux de couverture du risque s'est amélioré de 4 points, passant de 67,7 % en 2001 à 71,5 % en 2002. BMCE Bank a également suivi la tendance avec une dotation brute aux provisions de 668,7 MDH. Le provisionnement net de l'exercice 2002 a atteint 556,9 MDH, soit un niveau jamais déployé jusqu'à présent par la banque dans le cadre d'un exercice de consolidation de sa politique de couverture des risques. Conséquence, le résultat net de la banque a chuté de -21 %, à 282,3 MDH. Wafabank n'a pas été du reste avec une dotation brute aux provisions en hausse annuelle de 50,9 % à 544 MDH. La banque a, en outre, constitué une provision pour risques généraux, non déductibles du résultat imposable, de 100 MDH, qui vient augmenter les fonds propres, réduisant par la même occasion le résultat net de -33,82 %, à 224,6 MDH, par rapport à celui de l'exercice 2001. Notons que Wafabank doit également, à l'instar du Crédit du Maroc et de la BCP, faire face aux réclamations du Trésor au titre de la retenue à la source sur le revenu des dépôts des Marocains résidant à l'étranger (MRE). De même, la perte abyssale du CIH s'explique essentiellement par un effort important de provisionnement de 508 MDH. Hors cette provision, la perte serait contenue à un niveau plus raisonnable. La BMCI s'est contentée d'un provisionnement de 181,3 MDH, contre 177,6 MDH en 2001. A ce niveau, le taux de couverture des risques de la banque a atteint 80,2 %, contre 74,5 % en 2001. Enfin, pour le Crédit du Maroc, les provisions se sont établies à 227 MDH. La filiale du Crédit Lyonnais réalise tout de même la meilleure progression du résultat net au niveau du secteur bancaire. Cette forte progression, comparativement au reste du secteur, est toutefois à relativiser quand on sait que lors de l'exercice 2001, la banque avait enregistré un bénéfice net en recul de 43,2 %, à 94,3MDH.
Outre la perte du CIH et les importantes provisions réalisées par les banques, d'autres éléments sont venus également grever les résultats du secteur. Parmi ces éléments secondaires, on peut souligner, entre autres: les moins-values enregistrées sur les portefeuilles actions des banques consécutives à la baisse des cours en Bourse, la baisse des rendements des placements obligataires suite à la détente remarquable des taux en 2002, la morosité de l'activité économique se traduisant par une baisse des crédits d'équipements, etc.
Reste qu'en dépit des replis significatifs des résultats, les banques ont préféré être plus généreuses cette année envers leurs actionnaires en distribuant des dividendes en progression. Une manière de fidéliser encore plus les actionnaires et faire preuve de solidité.
Moussa Diop