Dans un environnement national et international marqué par l’intensification de la concurrence, les entreprises marocaines se trouvent de plus en plus contraintes à améliorer leur compétitivité pour préserver leurs parts de marché dans des marchés de plus en plus ouverts suite à la multiplication des accords de libre-échange. Face à cette nouvelle donne, il n’y a pas de secret, il faut investir et se mettre à niveau. L’apport du capital investissement pour faire face aux problèmes structurels dont souffre l’entreprise marocaine, particulièrement la PME, et parmi lesquels la sous-capitalisation occupe une place centrale, peut être d’un grand secours.
Conscient du rôle indéniable du capital investissement, Proparco a soutenu l’émergence de sociétés de capital investissement marocaines afin de stimuler le développement d’un tissu d’entreprises modernes susceptibles de s’ouvrir aux marchés financiers. Cette volonté, , comme l’a bien expliqué M. Claude Periou, Directeur Général de Proparco, filiale de AFD, invité de la Chambre française de commerce et d’industries au Maroc (CFCIM) pour débattre du thème “Les fonds d’investissement, outils d’accompagnement des entreprises: l’expérience de Proparco Maroc”, s’est traduite par la participation de Proparco dans quatre fonds d’investissements marocains que sont: MarocInvest (fonds régional Maroc-Tunisie-Agérie), CapitalInvest (Capital Morocco, fonds généraliste de BMCE Bank), Moussahama (société de capital risque (BCP) et Upline Technologie (fonds spécialisé dans les nouvelles technologies, Upline). Afin de tenir compte des spécificités régionales, Proparco, en collaboration avec la Caisse des Dépôts et Consignation et la Caisse d’Epargne PACA, a contribué à la création du fonds Méditerrané Averroès dans lequel ont également investi la BEI et la CDG marocaine. Ce fonds a pour vocation de créer de nouveaux fonds et de détenir des participations dans les fonds existants. Ce fonds a repris ainsi les participations de Proparco dans Capital Morocco et MarocInvest. Les différents fonds dans lesquels intervient Proparco totalisent aujourd’hui des investissements avoisinant 520 MDH dans plus d’une cinquantaine de PME marocaines, créant au passage plus d’un millier d’emplois.
Devant un parterre d’entrepreneurs membres de la CFCIM, M. Periou a souligné l’importance du capital investissement qui peut être considéré comme “un levier de financement équilibré de la croissance”, permettant de financer une part des investissements, de reconstituer un fonds de roulement insuffisant et de créer les conditions d’un endettement complémentaire. En plus, l’accompagnement du capital investisseur se traduit par une “substitution d’une gestion moderne à la gestion familiale, la présence d’un partenaire financier neutre et professionnel et l’ouverture de la société à de nouveaux partenaires, etc.”, fait remarquer le Directeur Général.
TRI Moyen encaissé
Répondant a une question sur les assertions faisant état du niveau élevé des taux de rendement interne (TRI), M. Periou a fait remarquer que le “le TRI moyen encaissé par Proparco est plus proche de 3,5 % que de 15 % au cours des cinq dernières années en Afrique”. Pour avoir une idée précise du TRI moyen encaissé, “il faut défalquer au moins 10 points du TRI fixé au départ pour tenir compte des frais de gestion, des frais d’accompagnement et de suivi, etc.”, ajoute-t-il.
Suite à l’intervention de M. Claude Periou, M. Mehdi Tahiri, Directeur Général de CapitalInvest, est revenu sur l’importance du capital investissement dans l’acte d’investir des entreprises. Cette importance est à relever au niveau des trois phases d’intervention du capital investissement: le capital risque (création d’entreprises), le capital développement, et le capital transmission. Revenant sur l’évolution du marché, il a souligné que le capital investissement a connu un début plutôt mou durant la période 1993-1999 avec trois acteurs seulement et un investissement moyen de 20 à 30 MDH par an. Toutefois, à partir de 1999/2000, le secteur a entamé une nouvelle phase de croissance marquée par un contexte macro-économique plutôt favorable, une ouverture accrue de l’économie marocaine au reste du monde, impliquant la nécessité d’une amélioration de la compétitivité des entreprises nationales, et, enfin, de l’arrivée sur le marché de 5 nouveaux acteurs. Du coup, le volume des engagements est passé de 450 MDH à plus de 1,2 milliard de dirhams actuellement. Cette évolution est tirée essentiellement par le capital développement. En effet, les entreprises nationales sous capitalisées expriment de plus en plus des besoins importants en fonds propres pour, d’une part, faire face à l’accélération de l’ouverture de l’économie marocaine sur l’extérieur suite à la multiplication des accords de libre-échange, et, d’autre part, asseoir leurs solidités financières pour mener à bien leurs nouvelles stratégies d’implantation en Afrique de l’Ouest et au Maghreb.
Face aux dirigeants d’entreprises présents, le Directeur Général de CapitalInvest est revenu sur les avantages qu’offre le capital investissement. Outre l’apport de capitaux sous forme de fonds propres et quasi fonds propres, l’entreprise tire au moins trois avantages indéniables. D’une part, le capital investisseur remet à plat l’entreprise en lui mettant en place une stratégie et un business plan clair pour son développement. D’autre part, après la réalisation de l’opération, l’entreprise tire profit de la valeur ajoutée qu’apporte le capital investisseur grâce à des meilleures pratiques en matière de reporting, de recrutement de cadre à haut potentiel, de l’élargissement du réseau, etc. Enfin, l’institutionnalisation du tour de table de l’entreprise permet d’accroître sa notoriété et faciliter son accès au financement bancaire.
Cas de Siprof
Ces avantages, Siprof, société de fabrication de composants automobiles basée à Berrechid, en a profité. Créée en 1981 et contrôlée à plus de 90 % par le capital familial, la société a vécu des moments difficiles à la fin des années 1990 début 2000. Elle avait besoin d’un nouveau souffle pour se restructurer et améliorer sa compétitivité. Partant, elle a fait appel à des fonds nationaux et étrangers pour sortir de sa léthargie. “MarocInvest a apporté les ressources financières et les conseils stratégiques et managériaux” qui ont été utiles à la sortie de crise, comme l’a bien expliqué M. Adil Raïs, Directeur Général de Siprof. Mieux, “le soutien de MarocInvest durant les inondations qui ont touché la région de Berrechid en 2002 et qui ont affecté l’entreprise a été indéniable”, poursuit M. Raïs. Très satisfaits de cette collaboration, “nous avons sollicité un second apport financier auprès du capital investisseur”, a ajouté le Directeur général de Siprof.
Si M. Raïs est satisfait de l’apport du capital développeur, il n’en demeure pas moins que l’institutionnalisation du capital ne semble pas avoir profité à la société auprès des banquiers. Devant les banquiers présents, il a souligné la “nécessité pour ces dernières d’apprécier autrement la structure des entreprises qui ont dans leurs tours de table un capital investisseur qui leur impose le respect des règles de transparence”.
Revenant sur le faible recours des entreprises marocaines au capital investissement, M. Raïs a pointé du doigt le déficit en matière de communication. “Les 9/ 10èmes des entreprises marocaines ne connaissent pas le Capital-investissement et les 9/10èmes de celles qui croient connaître le métier en ont une vision erronée”, dit-il avec ironie Conséquence, les entreprises ont “une peur viscérale des capitaux investisseurs”, et celles qui arrivent à adopter leurs peurs “craignent les conditions de sortie”. Sur ce point, qui constitue certainement l’un des points qui empêchent nombre d’entreprises de solliciter l’apport du capital investisseur, M. Mehdi Tahiri a apporté des précisions, soulignant que les modalités de sortie sont toujours négociées dès le départ et sont souvent indexées sur les indicateurs de l’entreprise que sont le cash flow, les multiples de résultats, ou la moyenne de différentes méthodes d’évaluation, etc.
Moussa Diop