La Nouvelle Tribune : Messieurs Pierre André Pomerleau et Hassan Laaziri, vous êtes respectivement Directeur général et Directeur général adjoint du Fonds Accès Capital Atlantique, qui est une joint-venture entre la CDG et la CDP, Caisse de Dépôts et de Placements du Québec, pouvez-vous nous présenter votre Fonds et nous dire en quoi il est étranger ?
M. Pomerleau : Le Fonds que je dirige n’est pas étranger, le seul étranger, c’est moi. Les capitaux sont à 100% marocains.
En effet, l’origine de la société remonte à juin 2000 et se présentait comme une joint-venture entre la CDG et la CDP du Québec pour créer une société de capital risque marocaine.
Selon le protocole d’entente, le capital du Fonds, d’un montant de 300 Mdhs, était réparti, à parts égales, entre la Caisse de Dépôts et de Placements du Québec, la Caisse de Dépôt et de Gestion et d’autres institutions marocaines.
Le démarrage du Fonds s’est fait en Janvier 2002 avec un premier investissement, en juin 2002, d’un montant de 20 Millions de Dirhams dans la société HPS, opérateur leader dans la monétique.
A la fin de cette année-là, un changement au niveau du gouvernement du Québec ainsi qu’à la direction générale de la CDPQ, a induit une nouvelle orientation stratégique pour cette caisse en concentrant ses interventions sur les marchés canadiens et américains. Ceci a entraîné la fermeture des bureaux étrangers de la caisse : Singapour, Hong Kong, Mexico, etc. Les positions de la CDPQ dans le Fonds marocain ont donc, été rachetées par la CDG. Je suis donc un employé de la CDG, expatrié.
Quels sont les investissements réalisés par le Fonds Accès Capital Atlantique?
Comme je l’ai signalé avant, le premier investissement que nous avons réalisé est HPS, réalisé en syndication avec Upline Technologies. Nous avons également investi dans la société Finapack afin de l’accompagner dans l’acquisition de CMCP, pour un montant 30 Mdhs. Deux autres investissements ont été réalisés dans le secteur aéronautique:
• Gespac, expérience malheureuse que vous connaissez, a été restructurée et nous avons désormais Labinal France comme vis-à-vis, laquelle a repris les activités aéronautiques de l’ancienne société.
• Aéronautique Sefcam qui opère dans le traitement de surface et la tôlerie pour Airbus.
Sanash, filiale du groupe SteelCase Strafor, opérant dans la sécurité physique et électronique, a fait l’objet d’un LBO monté conjointement par un manager du groupe et notre Fonds.
Enfin, notre dernier dossier en cours de closing opère dans le secteur textile.
Quels sont les critères financiers, appliqués aux projets sélectionnés et est-ce que la confiance dans le management en fait partie ?
Nous demandons une vision, une gestion transparente et un business plan. Mais, de par notre expérience, nous avons établi trois critères comme base de sélection de nos investissements : l’innovation, et notamment par rapport au marché marocain, ce qui permet de se démarquer par rapport aux concurrents. Le potentiel à l’export, c’est-à-dire des entreprises qui opèrent ou qui vont opérer dans un marché mondial, qui ont donc une certaine ouverture et ont déjà accompli leur mise à niveau. Enfin, le troisième critère concerne des entreprises favorisant des alliances stratégiques, c’est-à-dire des sociétés qui peuvent à terme intéresser des intégrateurs.
Nous faisons confiance au management dans la mesure où les critères financiers existent et sont respectés. L’un ne va pas sans l’autre. Il faut que ces critères soient existants dans l’entreprise et que nous les retrouvions dans le projet. Notre confiance envers le manager est fonction de sa façon de gérer, tant vis-à-vis du personnel, que face à la loi et au marché.
Quels sont les modes de financement que vous pratiquez ? Vous évoquiez le cas d’une entreprise dans laquelle vous êtes majoritaires, en êtes-vous le gestionnaire aussi?
Dans le cas auquel vous faites référence, le Fonds est certes majoritaire, mais nous avons été dans ce projet pour appuyer le manager qui s’impliquait financièrement dans sa société à travers un LBO. Mais, d’une manière générale, nous faisons une grande différence entre l’actionnariat et la gestion. Pour nous, les structures qui possèdent le capital doivent se distinguer des gestionnaires. En plus, au niveau de la gestion, nous établissons une différence entre la gestion quotidienne et celle qui se pratique au niveau du conseil d’administration et du comité de gestion. Il y a un reporting régulier et nous suivons nos placements de façon continue. Il y a même des communications journalières, à travers lesquelles nous donnons des conseils ou avis.
L’économie marocaine ne présente pas beaucoup de projets pour le capital risque. Pourtant, on constate une multiplication de Fonds. N’êtes-vous pas en mal de projets ?
En plus des Fonds, il y a le capital humain. Le capital risque, c’est avant tout la relation humaine entre l’investisseur et le manager qu’il privilégie.
La multiplication des Fonds ne peut être que bénéfique pour l’économie marocaine : la preuve en est la recrudescence des projets accompagnés et financés par le capital investissement.
Notre démarche consiste à travailler en amont, dans le développement et le financement de projets viables.
D’un autre côté, les besoins de financement de l’entreprise marocaine de petite taille sont inférieurs aux offres de financement de Fonds tels que le vôtre. Un de vos principes de financement est de ne pas participer à un projet à moins de 5 à 30 millions de dirhams. N’est ce pas ?
Non, ce qui compte pour nous, c’est le plan d’affaires. Ainsi, un de nos investissements n’a pas dépassé les trois millions de dirhams. Ce qui est important, plus que la mise de fonds, ce sont les perspectives de développement.
Nous sommes dans une structure institutionnelle et cela a un coût. Voilà pourquoi on ne peut pas participer à un petit financement de 500 000 dirhams car nous avons nos propres coûts de gestion, de fonctionnement, etc.
La question des montants vient du coût inhérent à de telles opérations, du travail qui est mené pour permettre leur réussite.
Donc, effectivement, notre moyenne d’intervention est de 20 millions de dirhams. Toutefois, comme je l’ai souligné avant, la multiplicité des Fonds fera que chaque entrepreneur aura plus de chance d’avoir un capital risqueur prêt à le financer.
Dernière question, sur le plan fiscal, qu’est-ce qui gêne au Maroc pour les Fonds ?
Je dirai, de façon un peu rapide, qu’il n’y a pas de véhicules adaptés pour gérer les Fonds. Ainsi, on est obligé de se constituer en société anonyme en bonne et due forme. Il y a des contraintes légales et fiscales. Alors qu’ailleurs, il y a des fonds communs de placements à risques, FCPR, qui permettent d’appeler les fonds au fur et à mesure, sans payer de taxes sur les augmentations de capital destinées à financer des projets de capital risque, ni sur les plus values de cessions. Ceux-ci sont exonérés de la TVA de 20 % sur le paiement des honoraires de gestion des Fonds. Au Maroc, la fiscalité est lourde et pèse sur les frais de gestion et contribue à diminuer le rendement de l’investissement pour les actionnaires, et, partant de là, est contraire d’un climat incitatif. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, la plupart des Fonds est installée en off shore pour éviter de telles charges et n’installe au Maroc que leur société de gestion.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli