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Entretien avec le DG de Capital Invest : Il y a une réelle concurrence entre les fonds

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La Nouvelle Tribune : Pourriez-vous nous dresser un bilan sommaire du Capital Investissement au Maroc après 10 ans d’activité (1994-2004)
Mehdi Tahiri :
Le capital investissement a achevé sa première décade sur des notes très positives, avec près de 750 millions de dirhams investis sur les cinq dernières années par les professionnels du secteur dans une cinquantaine d’entreprises. Ainsi la génération de fonds d’investissement levés pour la plupart durant le millésime 2000 sont aujourd’hui complètement investis et une seconde génération de fonds est en cours de closing pour la période 2005-2006 pour un montant global de  1.5 Milliards de Dh. Si l’on rajoute les fonds étrangers qui se sont positionnés sur le Maroc, les fonds de capital investissement disponibles pour les entreprises marocaines dépassent allègrement les 2 milliards de dirhams. Ces chiffres témoignent de la vigueur et de la dynamique de cette activité au Maroc.

Quel est selon vous le rôle du Capital Investissement dans le développement du tissu économique marocain ?
Le Capital Investissement a joué un rôle déterminant dans le développement et l’ouverture des économies occidentales depuis une quarantaine d’années. Il en sera fatalement de même pour l’économie nationale dont le tissu d’entreprises est appelé à mener avec succès  trois enjeux fondamentaux sur la prochaine décade :
1-l’ouverture économique dans le cadre des accords de libre échange conclus,
2-un développement régional Sud-Sud devenu incontournable,
et 3-un passage de génération au sein de la population de chefs d’entreprises.
Ce triple défi se pose avec de plus en plus d’acuité et les entreprises marocaines prêtes à le relever gagneront à être accompagnées par un Capital Investisseur pouvant apporter à la fois des fonds propres pour financer le développement ou l’évolution d’actionnariat, mais aussi une valeur ajoutée et un réseau de contacts appréciables. Sur un volet tout autre qu’économique, l’institutionnalisation procurée par l’entrée d’un capital investisseur, renforce la notoriété de l’entreprise, ses pratiques de corporate governance,…

Quelles sont les types d’entreprises ciblées par les capital investisseurs?
Comme signe d’un réel développement, le marché du capital investissement commence à être segmenté selon le stade de vie de l’entreprise ou sa taille. Selon le positionnement et la stratégie d’investissement de chacun, les entreprises ciblées sont des entreprises en création, voire en amorçage (il s’agit des opérations de capital risque proprement dit), ou encore des entreprises en croissance (opérations dites de capital développement) ou enfin des sociétés en transmission (opérations de LBO). La taille de l’entreprise (et par conséquent le ticket d’investissement) est également un critère de segmentation selon la taille des fonds gérés par chaque professionnel. Ainsi, certains capital investisseurs se positionnement sur de jeunes entreprises de petite taille avec de petits tickets (2 à 5 millions de Dh), l’essentiel de la profession reste positionné sur des entreprises de taille moyenne et grande (tickets unitaires de l’ordre de 15 millions de dirhams) et enfin une poignée de capital investisseurs interviennent exclusivement dans de grandes entreprises avec des tickets supérieurs à 50 millions de Dh.

Il semble que les investisseurs étrangers comptent parmi les principaux souscripteurs des fonds de capital investissement au Maroc, comment expliquez-vous cela?
En effet, sur les fonds sous gestion au Maroc, plus de 50 % ont été souscrits par des institutionnels étrangers dans des fonds marocains ou appartiennent à des fonds d’investissement étrangers présents en direct sur le marché marocain. La première catégorie compte dans ses rangs essentiellement des institutions financières européennes de développement type PROPARCO, BEI, CDC, FMO, COFIDES, BIO, SECO,…ou internationales type SFI. La présence massive de ces institutionnels dans les fonds marocains est à saluer car leur impulsion a été déterminante pour mobiliser la participation des institutionnels marocains dans ce métier qui constitue pour eux une nouvelle classe d’actifs. Dans des économies plus développées où le capital investissement bénéficie d’historiques récurrents, de rendement élevé, les fonds d’investissement sont également souscrits par des investisseurs financiers privés et même par des patrimoniaux. Au Maroc, en l’absence de track record, ces deux catégories d’investisseurs ne sont pas encore représentées.

Parlez-nous de la société Capital Invest, les volumes investis durant la période ! Avez-vous des projets de levée de nouveaux fonds d’investissement ?
Capital Invest a démarré ses activités en avril 2000 avec le lancement de son premier fonds baptisé " Capital Morocco I ", d’une taille de 250 millions de dirhams aujourd’hui complètement investi dans une douzaine d’entreprises opérant dans divers secteurs d’activité. Les entreprises de taille moyenne et grande (constituant le segment du mid market) constituent le cœur de cible de Capital Invest. Globalement, les entreprises investies affichent des croissances -tant en chiffre d’affaires que de profitabilité- importantes dépassant en moyenne le taux de 50 % par rapport à la date d’entrée du Fonds et sont satisfaites au-delà du levier financier apporté, de notre valeur ajoutée (assistance en termes d’organisation, de conduite d’opérations de croissance externe, mise à disposition d’un réseau de contacts international,…). Même si en l’absence de sorties du portefeuille (premières prévues pour 2006), il est difficile d’évaluer le rendement de ce 1er Fonds, les souscripteurs ont renouvelé leur confiance à Capital Invest pour l’accompagner dans un 2nd Fonds " Capital Morocco II ", d’une taille de 350 millions Dh dont le closing est prévu dans les prochains mois. En plus des investisseurs historiques, Capital Invest a récolté des intentions de souscription de nouveaux investisseurs internationaux et nationaux.

Le marché marocain compte une dizaine d’acteurs de capital investissement, sa profondeur permet-elle aujourd’hui une concurrence saine ?
Dans nos métiers, le niveau de concurrence sur un marché se mesure par le nombre d’acteurs opérationnels, la taille des fonds qu’ils ont en gestion mais aussi le niveau de segmentation du marché. Actuellement, compte tenu des caractéristiques de l’offre et de la demande, il y a une réelle concurrence mais saine et organisée pour plusieurs raisons : d’abord car les équipes des différentes sociétés sont composées de professionnels (nationaux pour la plupart) de haut niveau, ensuite car s’est développé un fort degré de collaboration et de co-investissement entre les équipes.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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