La Nouvelle Tribune : M. Bouatou, vous dirigez un des fonds de la CDG, Sindibad, sachant que cet institutionnel en a d’autres, pouvez-vous nous dire quelle différence le distingue des autres ?
M. Bouatou : La CDG est un des fondateurs du Fonds. Sindibad, a une vocation différente des autres fonds, en ce sens i) qu’il intervient en amont de la montée en charge d’un projet, au tout premier stade de la création de l’entreprise ii) et qu’il finance des entreprises innovantes.
Sur le plan opérationnel, pour Sindibad, la structure portant les souscriptions des investisseurs, c'est-à-dire le fonds proprement dit et l’équipe de gestion sont confondues. En clair, nous sommes une société anonyme et une holding financière dotée d’une équipe de gestion.
Pourquoi la CDG crée-t-elle plusieurs fonds ? Est-ce pour entrer en concurrence avec elle-même ? Ne serait-il pas préférable de créer un seul fonds au capital conséquent ?
La Caisse de Dépôt et de Gestion est un investisseur institutionnel, il s’associe chaque fois avec des partenaires différents afin de ne pas assumer le risque, tout seul. Dans le cas de Sindibad, qui fait de l’amorçage de projets innovants, il est le fruit d’un partenariat entre la Caisse de dépôt et de gestion et la Caisse des dépôts et de consignations française, qui en sont les fondateurs.
Quels sont les autres actionnaires de Sindibad?
Dans le tour de table de ce fonds, il y a la Banque européenne d’Investissements, qui est le premier institutionnel à avoir investi du capital au Maroc. Elle est présente dans la totalité des fonds. En effet La BEI figure dans le tour de table de "Maghreb Debt and Equity", de "Capital Morocco LP" également, de Moussahama, et d’autres encore.
Il y a également dans le tour de table l’ONA et Itissalat Al Maghrib. Le fonds Sindibad a été créé en novembre 2002 et devenu opérationnel en mars 2003 avec un capital de 48 millions de dirhams..
N’est-ce pas un petit montant?
Non, Sindibad est là pour l’aide à la création d’entreprises, il ne faut pas s’étonner du montant global du fonds qui peut paraître largement inférieur à celui d’autres fonds. Comme vous le savez, la création d’entreprise ne requiert pas des fonds de départ importants, ce qui nous permet d’intervenir et de remplir convenablement notre rôle de soutien et de promoteur à la création d’entreprises innovantes. De plus, nous intervenons avec d’autres partenaires, ce qui veut dire que Sindibad n’apporte au maximum que 4 millions de dirhams par projet.
Chaque fonds a son positionnement. Nous avons délibérément opté pour l’aide à la création d’entreprises innovantes et c’est sans doute une exclusivité de Sindibad.
Que recouvre le concept d’entreprise innovante ?
Le Fonds Sindibad finance les entreprises et projets innovants, et cela couvre tous les secteurs. Le spectre est donc très large. Outre les produits et services innovants, les secteurs cibles sont bien entendu d’abord les nouvelles technologies et les secteurs de pointe, tels les sciences de l’ingénieurs, les technologies de l’information, les biotehnologies, etc.
Mais il y a aussi les concepts innovants, les process développés qui n’ont pas leur égal ailleurs, ce qui leur donne un avantage scientifique et peut donc se traduire par une création d’entreprise.
Ce peut être, également, un concept commercial destiné à améliorer un produit, une idée, etc.
Le fonds a pratiquement deux années d’existence. Quel bilan en faites-vous, et comment trouvez- vous les porteurs de projets innovants ?
Je voudrais d’abord préciser que nous sommes présents dans toutes les manifestations qui tournent autour des universités et des écoles d’ingénieurs.
Ceci, bien évidemment, nous permet d’avoir un bon contact avec les porteurs de projets innovants.
Ainsi, l’Université Cadi Ayyad de Marrakech a créé un centre de valorisation de la recherche l’année passée et a organisé une manifestation pour vulgariser ses résultats. La même chose a été faite à l’Ecole Mohammédia d’Ingénieurs, l’Ecole des Mines, tout cela représente du travail accompli par des personnes motivées et compétentes.
Pour en venir à notre bilan proprement dit, nous avons procédé à l’examen de plusieurs projets ( on peut parler d’une cinquante d’initiatives sérieuses). Ceux qui sont éligibles à la politique d’investissement du Fonds ont été examinés par le comité d’investissement et sont au nombre de 8.
Deux sont investis, deux sont acceptés par le comité d’investissement et la procédure de création ou de transformation sont amorcées et un autre est en cours de finalisation.Le reste n’a pas abouti pour diverses raisons.
Notre politique est de ne jamais dépasser les 40 % de participation au capital d’une entreprise, de même que le manager de l’entreprise doit détenir la majorité.
Il faut savoir qu’au moment de la création, le fonds Sindibad investit d’abord sur les hommes qui possèdent le savoir-faire et c’est avec eux que l’on crée le projet et l’entreprise. Il est donc fondamental que la motivation du porteur de projet reste intacte.
Le rôle du fonds, c’est d’amener l’entreprise à accéder au marché financier dans de très bonnes conditions. D’où l’importance de la structure financière de l’entreprise en question. Il est donc important de veiller à ce que les créations que nous accompagnons possèdent des structures capitalistiques conséquentes qui leur permettent d’accéder à des leviers bancaires ou autres, voire, ultérieurement, d’aller en bourse.
N’estimez-vous pas nécessaire de communiquer sur les entreprises qui ont bénéficié de votre soutien afin d’inciter d’autres porteurs de projets à venir vous voir ?
La communication sur les entreprises qui ont été appuyées par Sindibad est laissée à l’appréciation et à l’initiative des porteurs de projets. Nous ne sommes que partie prenante, il ne nous appartient donc pas de nous substituer à ces personnes.
Quelle est la hauteur des fonds engagés par Sindibad à ce jour ?
Nous avons investi 25 % des fonds de Sindibad. Notre stratégie diffère énormément de celle des autres fonds et, partant, la méthode de calcul des engagements est différente également. Aujourd’hui, nos engagements sont plus importants que les montants investis. Nous sommes donc, en engagements, à près de 50 % des fonds disponibles chez Sindibad. Par engagements, nous entendons les dossiers sur lesquels nous avons des pactes d’actionnaires, mais sans déboursements et également les projets actuellement dans le " pipe".
Avez-vous une politique dédiée à la femme entrepreneur et innovante?
Nous constatons, avec regret certes, que la Femme n’est pas très présente dans l’univers qui nous intéresse. Nous sommes donc ouverts à toute initiative dans ce cadre et nous le ferons bien volontiers, sans complaisance, et avec fierté !
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli