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Table Ronde du Maghreb à Tunis : Pour un Maghreb à même de faire face aux défis de la mondialisation

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Depuis son lancement en 1999, l’Union du Maghreb Arabe (UMA) n’a pas fait de progrès en matière d’intégration de la région. Les espoirs placés sur cet ensemble s’évaporent avec la succession de reports et d’échecs des rencontres entre les dirigeants des pays concernés. Face à cette situation et de la nécessité d’intégrer les pays dans un ensemble régional à même de faire face aux défis majeurs qu’affronte le Maghreb, la Banque Mondiale a lancé une démarche originale de concertation entre représentants du secteur privé, des universitaires, des organisations non gouvernementales et d’autres membres de la société civile. Elle a ainsi sollicité à une centaine de praticiens de développement des trois pays du Maghreb –Algérie, Maroc et Tunisie-, regroupés en quatre grands groupes thématiques –Emplois, Commerce, Genre et Gouvernance- de se pencher sur les réformes à entreprendre au niveau de la région et de sensibiliser les différents acteurs de développement sur l’importance de celles-ci.  Après plus de trois mois de concertations, les praticiens de développement étaient réunis pour débattre des priorités en matière de réforme à entreprendre au niveau de la région.
Le ton a été donné par M.Mohamed N. Jouini, Ministre du Développement et de la Coopération Internationale de la Tunisie, qui a mis l’accent sur  les “défis économiques et sociaux que les pays de l’UMA doivent relever et qui nécessitent l’accélération, d’une part, des réformes structurelles profondes des économies pour les mettre sur la trajectoire de la compétitivité et la croissance et, d’autre part, la poursuite du processus de l’intégration maghrébine sur des bases saines de coopération et de complémentarité”. Allant dans le même sens, le Président de la Banque Africaine de Développement (BAD), Omar Kabbaj, tout en saluant les taux de croissance enregistrés au niveau des trois pays du Maghreb au cours de ces dernières années, a souligné la nécessité “de libérer l’énorme potentiel de la croissance au niveau de la région” pour faire face au taux de chômage très élevé au niveau de la région. La BAD, la BEI et la Banque Mondiale sont prêtes à accompagner les pays du Maghreb dans ce processus de réformes avec une enveloppe pouvant atteindre les  9 milliards de dollars. Ce montant est à la hauteur des défis que la région est appelée à surmonter.

20 millions d’emplois

Parmi ceux-ci figurent en bonne place celui de l’emploi. Ainsi, et comme l’a laissé entendre M. Assaad Jabre, Vice Président Exécutif par intérim de la Société Financière Internationale (SFI), compte tenu d’un taux de chômage de 20,4 % au niveau de la région, “les pays du Maghreb devront créer 20 millions d’emplois dans les 20 prochaines années pour éradiquer le chômage”.
Pour y arriver, il faut identifier les réformes prioritaires et accélérer le mouvement. Ainsi, au niveau des quatre groupes, plusieurs recommandations ont été élaborées par les praticiens.
Concernant le volet Emploi, la croissance insuffisante et le recul du secteur public dans son rôle d’employeur impliquent la transition vers un nouveau contrat social. En gros, les membres du Groupe ont émis 5 grandes recommandations: développer la demande de travail (cadre de concurrence loyale, pacte social fiscal, développer l’entrepreneurship, etc.), politiques macroéconomiques compatibles avec un taux de croissance élevé (cibler les secteurs à valeur ajoutée élevée), politiques actives d’emploi (mobilité active de la force de travail, améliorer le système d’information sur l’offre et la demande, etc.), améliorer le cadre institutionnel du marché de l’emploi (mobilité du travail, formation continue, adapter l’éducation au marché de l’emploi, etc.) et, enfin, aller vers la construction d’un marché maghrébin de travail en oeuvrant pour la libre circulation des personnes et des compétences au sein de l’espace Maghrébin. 
Ces recommandations auront un faible impact si le secteur privé demeure peu développé et que les taux de croissance restent à leur niveau actuel. Pour une croissance créatrice d’emplois, les experts tablent sur des progressions du PIB moyen comprises entre 6 et 7 % durant les deux décennies à venir contre moins de 4 % durant la décennie écoulée. Face à cette situation, l’amélioration de la Gouvernance au niveau de la région est sollicitée par tous les groupes. Elle est sensée améliorer le climat d’investissement et contribuer à l’émergence d’un secteur privé dynamique à même de pallier le recul du secteur public en matière de création d’emplois. Parmi les recommandations du panel Gouvernance figurent entre autres la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, les réformes administratives pour améliorer la responsabilité interne, l’autonomie financière et institutionnelle des agences de régulation, la liberté d’expression et d’association, etc.

A affiner

Enfin, le groupe “Genre” s’est penché sur les moyens à mettre en place pour améliorer la participation économique des femmes dans les économies de la région. Outre la mise en place des politiques macro-économiques sensibles à la dimension genre, les membres du Groupe mettent l’accent sur l’éducation/formation scolarisation des filles, structure de formation pour la reconversion, formation continue, etc.), la mise en place de systèmes d’informations et d’outils statistiques à même de contribuer à la promotion de la question genre dans les productions des statistiques économiques, appliquer les lois et dispositions réglementaires existantes en faveur des femmes (législation du travail, sécurité sociale, etc.) et accorder des mesures d’appui et d’incitation pour encourager l’embauche des femmes, l’entreprenariat féminin, etc. 
Reste que les recommandations issues de ces rencontres sont très générales et adaptables à presque toutes les régions du monde. Partant, il est plus judicieux d’établir un diagnostic serré et d’hiérarchiser les réformes à entreprendre afin qu’on puisse s’adresser à chacun des trois pays concernés et lui indiquer ses faiblesses et les réformes à entreprendre rapidement. En plus, une attention plus importante aurait pu être accordée aux opérateurs privés de la région qui ont montré leur volonté de travailler ensemble en dépit des pesanteurs politiques qui pèsent sur leur environnement. 
C’est dans cette optique qu’il a été décidé à l’unanimité de poursuivre le processus initié par la Banque Mondiale. La prochaine étape devra permettre aux praticiens d’affiner encore plus les recommandations retenues. En attendant, il est prévu très prochainement la présentation des recommandations retenues lors de cette Table Ronde du Maghreb aux autorités des trois pays du Maghreb.                    

DNES à Tunis
Moussa Diop



 

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