Concrètement, il s’agit de rendre positive une situation nette négative à fin 2004 de 1,120552 milliard de dirhams. Celle-ci s’explique par un capital de 3,3233631 milliards de dirhams, des réserves de 400 millions de dirhams et un report à nouveau négatif cumulé, compte tenu du petit résultat positif de 2004, de 4,863 milliards de dirhams. Le calcul à faire est simple. En deux opérations de capital simultanées, les réserves seront ajoutées au capital, à 3,723363100 milliards de dirhams, auxquelles le report négatif de 4,863 milliards de dirhams sera retranché. Une situation nette négative de 1,139636900 milliard de dirhams sera obtenue, qu’une augmentation de capital en numéraire de 1,8 milliard de dirhams viendrait redresser, affichant ainsi un capital social restant de 660,363 millions de dirhams.
Ainsi, le CIH aura respecté avant la date butoir du 31 décembre 2005, l’obligation de la loi sur la SA selon laquelle toute société anonyme ne peut avoir une situation nette inférieure au quart de son capital sur une durée dépassant deux ans. Or, le CIH se trouvait dans cette situation depuis la fin 2003.
Toutefois, les questions ne manquent pas sur l’identité des actionnaires qui suivront l’augmentation de capital en numéraires sachant que 20 % du capital représentent le flottant de l’action et donc des petits porteurs qui ont assez perdu sur cette valeur. De plus, la BMCE a déjà cédé une partie de sa participation sur le marché et pourrait donc s’abstenir de suivre l’augmentation en question. Il serait, d’ailleurs, logique de généraliser cette position aux autres actionnaires privés dont la BCP et AXA Assurance Maroc qui n’ont pas à remettre la main à la poche pour une affaire en réelle souffrance. C’est donc l’Etat et les contribuables marocains, qui devront se sacrifier pour renflouer le CIH. Et le sacrifice risque fort d’être conséquent. En effet, un communiqué du CIH publié lundi dernier apporte une précision de taille selon laquelle un projet d’accord pour le règlement définitif de la garantie de l’Etat,portant sur un montant d’un milliard de dirhams, a été approuvé par le Conseil d’Administration de la banque. Le texte précise que la concrétisation de cet accort permettra de clarifier les relations avec l’Etat. Ce qui signifie en d’autres termes que l’Etat va donner un milliard au CIH contre la libération de toute responsabilité en la matière. Au total, le CIH absorbera 2,850 milliards de dirhams pour le sauvetage d’une banque dont l’activité tourne au ralenti. Dans un tel cadre, que penser du sort des petits porteurs qui vont se retrouver avec des actions CIH dont la valeur nominale va diminuer de 500 % suivant celle du capital qui " in fine " passera de 3,3 milliards de dirhams à 660 millions de dirhams ? Il est clair qu’ils ont perdu l’essentiel de leur mise au même titre que les gros actionnaires du fait d’une dérive de la banque causé par une gestion lamentable. Pourtant, on accuse certains d’entre eux d’avoir spéculé sur le titre CIH à l’annonce de sa reprise par les Caisses d’épargne françaises en faisant remonter le cours de 139 %, pour atteindre 70 dirhams l’action.
Ce qui est certain, cependant, c’est que le redressement de la santé financière du CIH permettra peut-être de trancher plus facilement sur le prix de cession des 35 % du capital aux Caisses d’Epargne françaises et passer ainsi rapidement les commandes à un spécialiste reconnu dans le métier, le Crédit foncier, qui mettra en oeuvre sa technicité pour faire redémarrer la machine de la banque. Si ce partenariat se concrétisait, l’Etat pourrait ainsi récupérer les milliards qu’il compte injecter dans le CIH par le revenu de la vente de ses participations.
Afifa Dassouli