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Faut-il dévaluer le dirham ?

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Publier le : May 26, 2005

Mais ces données ne sont pas réellement les indicateurs de la bonne santé de notre économie, notamment parce que ces taux, pour qu’honorables qu’ils sont, ne permettent pas vraiment d’assurer le véritable décollage soutenu et pérenne dont le pays a tant besoin.
Par contre, le constat fait par cette étude sur le poids des petites et moyennes entreprises (PME/PMI) dans l’économie marocaine, est plus significatif. En effet, celles-ci, selon les analystes de la banque africaine, constituent la trame du tissu économique du Maroc et participent de manière positive à la croissance, à la création d'emplois et au développement régional et local. A ce titre,  elles représentaient en 2002, chiffres qui se confirment aujourd’hui, 93% du total des entreprises industrielles marocaines, 38% de la production industrielle, 33 % de l'investissement industriel, 30 % des exportations industrielles et 46 % de l'emploi dans l'industrie.
La place qu’occupent désormais les PME dans l’économie de notre pays, est certainement le résultat des réformes introduites par le gouvernement ces dernières années pour créer un environnement favorable et attractif aux entreprises, en encourager la création et la compétitivité dans une économie caractérisée par la libéralisation, l’ouverture et la globalisation.
Et, de fait, les PME sont des acteurs dynamiques capables de créer une croissance économique soutenue accompagnée d’un développement durable.
Toutefois, l’économie marocaine est confrontée à  l’ouverture au processus d’intégration du pays dans l'économie mondiale. Parallèlement à la conclusion d'un nouvel accord avec l'UE portant sur le volet agricole et l'étalement du calendrier de démantèlement tarifaire, le Maroc a signé en 2004 des accords de libre-échange avec, d'une part, l'Egypte, la Jordanie, la Tunisie et la Turquie et d'autre part, en mars 2004, un accord de libre-échange avec les Etats-Unis.
La participation des PME à la croissance économique dans un Maroc ouvert pose donc la problématique de la cherté  du dirham et de son éventuelle dévaluation pour les aider à s’insérer dans un environnement international très fortement concurrentiel.  En effet, la balance commerciale de notre pays est largement déficitaire du fait de l’importance de nos importations et de la faiblesse des exportations.
De plus, le poids de la facture pétrolière dans les importations s’alourdit structurellement. De l’avis des experts internationaux, le prix du pétrole ne reviendra plus au cours de 35 dollars le baril, estimation utilisée par l’Etat marocain dans son Budget 2005. D’autre part, parmi les dépenses en devises, il faut compter le remboursement de la dette extérieure qui, tout en ayant diminué, avoisine les 115 milliards de dirhams. Et l’économie marocaine souffre d’un tel déséquilibre qui provient de la stagnation des exportations. Dans ce contexte, le gouvernement, en la personne de son ministre des Finances et en concertation avec le gouverneur de Bank Al-Maghrib, devrait légitimement s’interroger sur l’impact d’une dévaluation du dirham sur la redynamisation des exportations.
Le Maroc, aujourd’hui fier d’avoir une couverture de 11 mois d’importations grâce à ses réserves de change, risque de les voir fondre rapidement faute d’amélioration de ses exportations  face au poids de la dette extérieure et à la facture pétrolière.
Le gouvernement se trouve donc face à un véritable dilemme qui l’oblige à examiner la solution d’une dévaluation du dirham qui renchérirait certes encore plus le coût de la dette extérieure et de la facture pétrolière, les deux plus grosses contraintes en devises du Budget, mais tenterait de rendre les exportations plus compétitives. Il se placerait dans l’optique que celles-ci rapportent à moyen terme au pays les devises nécessaires au financement de ses importations. D’autant que les réserves de change actuelles dépendent en partie des recettes de privatisations, lesquelles exceptionnelles ou non récurrentes par nature, proviennent d’un programme de privatisation en phase d’achèvement.
De même, un dirham dévalué  favoriserait deux autres sources de devises, les recettes du tourisme qui sont en nette augmentation et les transferts des MRE devenus, eux, récurrents.
Par ailleurs, l’argument qui militerait contre une dévaluation du dirham, s’appuie sur le caractère opportuniste d’une telle décision qui, tout en améliorant l’équilibre de la balance des paiements dans l’immédiat, ne pourrait prétendre pallier les insuffisances structurelles de notre économie. En effet, le Maroc devant orienter à l’export son économie pour s’intégrer dans un environnement ouvert, se doit d’améliorer structurellement la compétitivité de ses entreprises exportatrices. Ce sont donc les facteurs de production des entreprises marocaines qui doivent être compétitifs, qu’il s’agisse du coût de la main d’œuvre, de l’énergie et de la matière première ou de celui du crédit bancaire pour le financement de leurs investissements.
La dévaluation du dirham, même significative de 10% au moins, n’aura qu’un impact conjoncturel et ne s’accompagnera pas forcément d’une amélioration des exportations. On pourrait donc s’interroger sur l’intérêt d’une telle dévaluation en ce moment si son effet devait rester marginal.
Par contre, pour une meilleure appréciation de la valeur du dirham, on pourrait revoir le principe même de son indexation à un panier de devises et la pondération à l’intérieur de ce panier. Car cette technique de change nous oblige actuellement à indexer notre monnaie sur l’euro, lequel, en se renchérissant, a surévalué le dirham. Ce qui n’était pas du tout prévu par le ministère des Finances à l’époque.
 Pourquoi donc, dans un premier temps, ne pas étudier l’éventualité de décrocher le dirham de ce panier pour l’indexer à une seule monnaie ?
 Et, plus précisément, avec la diversification des accords de libre-échange que le Maroc a signés avec d’autres pays pour profiter de la croissance mondiale, pourquoi ne pas adosser notre monnaie au dollar qui est moins fort pour ramener le dirham à une valeur qui traduirait plus justement l’économie de notre pays ?
La question, sans nul doute, mérite réflexion…

Afifa Dassouli



 

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