La Nouvelle Tribune: Quels sont les objectifs visés par la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement à travers l’organisation de cette Table Ronde du Maghreb?
A travers l’organisation de cette Table Ronde du Maghreb, la Banque Mondiale et son partenaire, la Banque Africaine de Développement (BAD), visent deux objectifs fondamentaux. D’une part, susciter un riche débat sur les principaux défis de développement et des programmes de réformes économiques et sociales préconisées par la Banque Mondiale dans les pays du Maghreb. D’autre part, suggérer des axes de reforme dans les trois pays et de promouvoir leur mise en place effective. Aujourd’hui, nous constatons l’existence d’un consensus sur nombre de réformes économiques soutenues par la Banque Mondiale au niveau de la région. Toutefois, nous constatons des retards quant à leur application. Partant, et face aux obstacles qui entravent à la bonne intégration de la région, nous avons jugé utiles de mettre en place les différents acteurs de la société civile –cadre de la fonction publique, la presse, les universitaires, les syndicats, le secteur privé, etc.-, des trois pays pour débattre des voies et moyens à mettre en place pour une meilleure intégration de la région. En clair, le but est donc de promouvoir un débat interne au sein des trois pays avec l’espoir de s’en sortir avec des recommandations concrètes sur des réformes essentielles à mettre en œuvre au Maghreb et de voir comment la Banque Mondiale pourra apporter sa contribution à la poursuite de ce processus de réforme de manière plus efficiente.
Pensez-vous que ces recommandations auront un quelconque impact si les politiques restent à l’écart du processus ?
C’est vrai que cette initiative a pour but de réunir les membres de la société civile des trois pays du Maghreb –Algérie, Maroc et Tunisie-, n’empêche, les politiques ont été impliquées en ce sens que beaucoup de hauts cadres des administrations des trois pays ont participé pleinement à cette manifestation en plus de la présence du Ministre du Développement et de la Coopération Internationale de la Tunisie à l’inauguration de la Table Ronde. Par ailleurs, il est utile de souligner que les recommandations formulées par l’ensemble des groupes qui participent à cette rencontre seront débattues avec les autorités des trois pays du Maghreb durant nos prochaines rencontres. Ainsi, nous tenterons de convaincre les gouvernements sur la justesse des réformes institutionnels et structurelles à entreprendre au niveau de la région.
Bien que la Banque Mondiale soit très présente au niveau de la région, on note tout de même l’absence de politiques à connotation régionale, comment expliquez-vous cela?
Le fait que la Banque Mondiale n’a pas une politique purement régionale dans son approche au niveau du Maghreb s’explique essentiellement par le fait qu’elle traite tout simplement avec les instances décisionnelles qui se situent au niveau des Etats, comme c’est le cas partout où elle intervient dans le monde. Cela n’empêche que dans les choix stratégiques arrêtés par la Banque Mondiale avec chacun des trois pays du Maghreb, on essaye de prendre en compte, à chaque fois que cela est possible, l’aspect régional en considération, sachant que certaines réformes économiques et sociales seraient mieux traitées dans un contexte sous-régional qui peut être celui du Maghreb ou de l’espace Euro Méditerranée.
Dans sa nouvelle approche, la Banque Mondiale accorde une place primordiale à la Gouvernance. Pourquoi une telle priorité aujourd’hui ?
La Banque Mondiale continue à apporter l’assistance technique et financière à l’ensemble de ses partenaires qui le souhaite. Toutefois, au cours de ces dernières années, elle a compris l’impact de la Gouvernance pour la mise en place des bases solides d’une croissance forte dans les économies émergentes et en développement. Aujourd’hui, la gouvernance est l’une des conditions sine qua none pour attirer les investissements directs étrangers et promouvoir l’investissement intérieur. Or, sans investissement point de croissance et donc de création d’emplois. C’est pourquoi, la gouvernance, qui était un peu négligée par le passé est devenu la pierre angulaire des politiques de réformes que la Banque Mondiale appui au niveau de la région. L’importance de la gouvernance ressort clairement dans le rapport sur la Gouvernance au niveau de la région MENA. Il y est démontré que si les pays de la région MENA avaient pu atteindre une qualité moyenne d’administration du secteur public comparable à celle d’un groupe de pays performants de l’Asie du Sud-est –Indonésie, Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande-, ses taux de croissance auraient été plus élevés, de près de 1 % par an. Ce qui est loin d’être négligeable. En gros, la gouvernance est devenue la clé pour faire avancer les réformes socio-économiques.
Propos recueillis par
Moussa Diop