Avec des créances en souffrance qui représentent 20 % du portefeuille de crédit des banques et 23 % de ceux distribués par les sociétés de crédit à la consommation, c’est normal que le risque de crédit pèse énormément dans la balance lors des décisions d’octroi de crédit des établissements de crédits aux entreprises ou aux particuliers. Il s’ensuit une sélectivité dans l’octroi des crédits qui pénalise souvent de bons payeurs sans toutefois empêcher les mauvais payeurs de s’endetter davantage. Certains parmi ces derniers, profitant de l’inexistence de centrale de bilans ou de leur cloisonnement par métier font le tour des établissements de crédit pour satisfaire leurs besoins de financement. Une situation préjudiciable au système financier appelé au respect des règles de provisionnement de plus en plus draconiennes et qui doit faire face également à l’entrée en vigueur pour bientôt des règles de Bâle II.
Face à cette situation, la SFI, ardent promoteur des centrales d’information sur le crédit dans le monde, et Bank Al-Maghrib unissent leurs efforts, avec les autres acteurs du marché financier, pour mettre en place une centrale des bilans à même de permettre aux établissements de crédit de faire face au surendettement des clients et à leur nomadisme d’une société à une autre ou d’un secteur à un autre, et ce pour une meilleure gestion des risques. Un tel outil est sensé améliorer la fiabilité de l’information client, de réduire le coût de traitement des dossiers de crédit et d’améliorer la sécurité du crédit. En clair, le partage de l’information est un outil à même d’accroître le nombre de bénéficiaires du crédit et stimuler la croissance économique dans le cadre d’un système financier sain. Pour attester cela, Oscar Madeddu, Consultant à la SFI, partant des exemples concrets, souligne que “les modèles de scoring les robustes sont ceux qui intègrent l’information d’une centrale des bilans”. Selon des études empiriques, poursuit-il, “jusqu’à 50 % du pouvoir de prévision du risque crédit viennent de la totalité et de l’état complet de l’information externe”. Une étude de la Banque Mondiale réalisée sur une période de 25 ans également révèle plusieurs avantages qu’offre le partage de l’information, dont l’expansion du crédit et la réduction des risques, la croissance du PIB, l’augmentation de 40 % de la probabilité d’une PME d’obtenir un crédit bancaire, l’amélioration du rating du pays et de la stabilité financière, etc.
Harmoniser d’abord
Le cloisonnement des centrales a risques à tendance à produire des effets contraires. Malheureusement, c’est le cas encore au niveau du Maroc. Le Groupement Professionnel des Banques Marocaines (GPBM) a initié un projet de Centrale d’Informations Clients (CIC). Il s’agit “d’une base de données centralisées, mutualisée, alimentée par l’ensemble des opérateurs du GPBM et autres, qui doivent fournir régulièrement des informations sur la clientèle, enrichissant progressivement la base de données et améliorant au fil du temps la pertinence des informations collectées”, a laissé entendre M. El Hadi Chaibainou, Directeur Général du GPBM. Concernant la mise en place d’une unique centrale des risques, il souligne “la nécessité de mettre l’accent sur l’harmonisation des différentes centrales existantes”. L’Association Professionnelle des Sociétés de Financement (APSF) dispose également déjà d’une centrale des risques: le SAAR. Déjà plus de 250000 clients y sont répertoriés pour des créances en souffrance atteignant 4 milliards de dirhams (société de crédit à la consommation et crédit-bail). Plus de 400 000 consultations du SAAR ont été effectuées par les membres en 2004, et 290 000 consultations ont été enregistrées depuis le début de l’année en cours. En dépit de ce succès, M. Mustapha Melsa, Délégué général de l’APSF, relève quelques limites du système dont le cloisonnement par métier, la non participation de certains membres, l’irrégularité et espacement des mises à jour, l’absence d’harmonie des informations échangées, etc. Le secteur de la Microfinance projette également de mettre en place une centrale de risques. Pour un secteur dont les taux de remboursement dépassent les 99%, on est en droit de nous demander le pourquoi d’une telle centrale. Pour M.Mohamed Maarouf, Directeur des Etudes et du développement de l’Association Al Amana, représentant la Fédération Nationale des associations de MicroCrédit (FNAM), le secteur applique le vieil adage “vaut mieux prévenir que guérir”. Pour lui, si les taux de remboursement des sociétés du secteur sont exceptionnels, cela s’explique en grande partie par la faiblesse de l’encours moyen du crédit qui est appelé à évoluer. D’où la nécessité de cette centrale à risque qui permettrait aux membres de la FNAM de partager l’information aussi bien “négative” (incidents de paiement, clients mauvais payeurs, etc.) que “positive” (les clients, les prêts en cours, les garanties fournies, etc.). M. Maarouf milite pour la mise en place d’une grande centrale positive des risques, laquelle, tout en protégeant la vie privée, permettra de lutter efficacement contre le surendettement des clients et contribuer à la solidité financière des établissements de crédits.
Accroître les synergies
A côté des centrales de risques mises en place par les différents secteurs d’activité, Bank Al-Maghrib organise et gère des centrales d’informations: la Centrale des incidents de paiement (SCIP) et la Centrale des risques (SCR). La SCIP enregistre un encours non régularisé à fin 2004 de 1 606 129 incidents de paiement correspondant à 27,1 milliards de dirhams. Pour l’améliorer, un certain nombre de projets sont en cours d’élaboration a fait remarquer Mme Maha Dassouli, Responsable du Département central d’Information à Bank Al-Maghrib, dont le choix d’un identifiant unique pour les personnes morales, la refonte de la circulaire régissant les incidents de paiement, la télétransmission des déclaration d’incidents de paiement, la consultation on line du fichier par les banques et une certaine catégorie de commerçants et, enfin, l’élargissement du fichier aux autres moyens de paiement dont les effets de commerce. Pour ce qui est du fichier Central des Risques, le nombre de bénéficiaires qui est inscrit dans le fichier s’établit à 450 000 dont 428 000 personnes physiques et 22 000 personnes morales pour un encours à fin mars 2005 de 161,5 milliards de dirhams. Pour la SCR, les améliorations en cours portent sur l’adoption du numéro de la CIN comme identifiant des personnes physiques, l’adoption d’un identifiant approprié pour les personnes morales, et enfin, la mise en place d’une démarche continue de mise à jour et d’assainissement des fichiers. Mme Dassouli a également mis l’accent sur la nécessité d’“accroître les synergies entre les fichiers de Bank Al-Maghrib et ceux de nos partenaires externes (SAAR, la base de données de l’OMPIC, le fichier Entreprises de la Direction de la statistique, la future CIC du GPBM) afin de vérifier la qualité des données stockées et de diffuser des informations fiables et complètes”.
Les débats sur l’opportunité d’une centrale des bilans au Maroc ont été enrichis par l’exemple tunisien. “La Banque Centrale de Tunisie avait mis en place depuis sa création une Centrale d’Informations qui englobe une centrale des risques, une centrale des renseignements, un centre des chèques impayés, une centrale des crédits aux particuliers et une centrale des bilans”, a souligné Mme Feki Faiza, Directeur de la Centrale d’Information. Dans le but d’exploiter les progrès des nouvelles technologies de l’information et afin de faire face aux limites de l’ancienne centrale d’Information, une nouvelle centrale a été mise en place. Celle-ci se caractérise par “l’utilisation d’une technologie évoluée, un système ouvert et largement paramètre, une intégration totale et une navigation souple, rapide et conviviale”, fait remarquer Mme Faiza Feki.
MD