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Réflexions pour une structuration de l’aide à la presse écrite Document

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La Nouvelle Tribune, qui est en sa huitième année de publication, n’a pas toujours le même point de vue que ses confrères sur les modalités de la mise à niveau d’un secteur dont elle est partie prenante. C’est dans l’esprit d’une contribution à l’action d’assainissement et de modernisation de la presse écrite que nous publions ci-après de larges extraits d’un document rédigé en janvier dernier, bien avant les Assises de la Communication donc.

Lorsqu’on examine la situation actuelle de la presse écrite au Maroc, on peut établir plusieurs constats, les uns plus décevants que les autres.
La presse aujourd’hui ne se distingue plus véritablement entre presse partisane et presse " indépendante ", mais plutôt entre entreprises de presse modernes et transparentes et entreprises au statut mal défini, pratiquant l’opacité de la gestion et des comptes, profitant le plus souvent de subventions, officielles ou occultes, parfois même les deux à la fois.
Ce constat premier se complète d’une réalité relativement nouvelle, celle de la multiplication des titres de presse, phénomène incontestablement issu de la liberté qui caractérise ce secteur, au point où, d’ailleurs, l’éthique et la déontologie journalistiques sont des principes qui n’ont aucun sens pour une grande partie des éditeurs et des journalistes.

Une concurrence déloyale

Première nécessité donc issue de ce constat, l’État pourrait s’investir dans la normalisation et l’assainissement du secteur de la presse écrite en imposant le minimum, c’est-à-dire le respect des prescriptions légales en matière de publication. Nombre de titres, et non des moindres, en effet, ne pratiquent même pas l’obligation de publier les indications sur leur tirage, ce qui, en principe, les met hors-la-loi. Pourtant, ils paraissent régulièrement, au grand jour.
Première conséquence donc de tout cela, certains journaux combattent à armes inégales avec d’autres puisqu’ils se soumettent volontairement à toutes les obligations édictées par une gestion moderne et transparente de l’entreprise, alors que d’autres, vivant dans la quasi-illégalité, ne paient ni impôts, ni taxes, fraudent sur le papier, reçoivent des subventions et autres enveloppes, font travailler leurs salariés au noir et méprisent la déontologie.
La liberté qui caractérise le secteur est donc déviée de sa finalité, celle d’instaurer et développer la concurrence entre les titres, fournir une information de qualité, crédible et responsable, respecter les lois et notamment celles qui garantissent les droits des salariés, se soumettre à l’obligation citoyenne de payer taxes et impôts, etc.
La dichotomie ne passe donc plus entre presse partisane et presse indépendante, mais entre presse moderne et structurée et presse opaque et quasiment informelle…
L’État devrait donc inciter à la mise à niveau du secteur en imposant le respect des minima légaux, qu’ils soient afférents au tirage, mais aussi ceux des prescriptions fiscales, des cotisations sociales, etc. Cela éliminerait ipso facto une bonne partie de ces titres véreux ou à scandales, et, peut-être, quelques publications de la presse " politique " portées à bout de bras par des formations partisanes qui n’ont plus les moyens d’entretenir des journaux et qui profitent de subventions étatiques pour perpétuer une situation anachronique.

Des critères clairs et objectifs

En second lieu, cette étape étant réalisée, les pouvoirs publics pourraient déterminer les critères clairs, précis et officiels d’aide à la presse. Cette aide, fondamentalement, ne devrait pas être directe, matérialisée par le versement de fonds, mais plutôt indirecte, concrétisée par des allègements fiscaux, des abattements et des avantages concédés à ceux qui présenteraient des garanties minimales de transparence, de gestion moderne, mais aussi de pérennité.
Il faut savoir, en effet, que les quelques titres qui respectent la loi et qui agissent dans la transparence connaissent aujourd’hui certaines difficultés du fait de la crise vécue par le secteur.
Les budgets publicitaires des entreprises privées et des institutions publiques se sont réduits comme peau de chagrin, la multiplication des titres, mais aussi le développement de l’affichage public ont porté de sérieux coups aux entreprises de presse structurées, lesquelles réalisent, en moyenne, les deux tiers de leur chiffre d’affaires grâce aux insertions publicitaires.
L’étroitesse du marché est aggravée par la faiblesse numérique du lectorat, laquelle est induite par la modicité du pouvoir d’achat d’une grande partie des citoyens, mais aussi par l’importance de l’analphabétisme et, surtout, de l’illettrisme dans notre pays.
Bien souvent donc, dans un tel contexte, les charges qui pèsent sur l’entreprise de presse moderne sont trop importantes par rapport à ses ressources, lesquelles sont prioritairement allouées au paiement de l’IS, de la TVA, des cotisations à la CNSS, etc.
Il arrive de plus en plus fréquemment d’ailleurs que le poste " impôts, cotisations et taxes " soit supérieur à celui des charges salariales de l’entreprise. Ainsi, les salariés, qui produisent la richesse de l’entreprise, passent après l’État.  C’est, d’ailleurs, la sévérité de ce régime qui fait que de nombreux organes de presse s’arrangent pour travailler dans l’informel, alors que, quelques-uns seulement ont adopté le statut de S.A avec conseil de surveillance et directoire. Ce que de trop nombreuses entreprises marocaines refusent de faire…

Des mesures indirectes

Les mesures d’aide pourraient donc porter sur des allègements fiscaux, notamment au niveau de l’IS, de la TVA appliquée aux titres de presse et aussi sur les taux d’IGR, ce qui favoriserait une hausse des salaires pour les journalistes, garantissant ainsi de meilleures compétences et plus d’honnêteté intellectuelle.
Des tarifications spéciales pourraient être accordées pour les communications téléphoniques, (mais aussi le fax et Internet), tandis que l’État pourrait prendre à sa charge une partie du montant dévolu à l’achat du papier d’imprimerie, lequel est soumis à des fluctuations de prix sur le marché international.
Les avantages ainsi concédés, seraient octroyés aux entreprises qui prouveraient leur transparence, la clarté de leur gestion, publieraient leurs bilans annuels obligatoirement dans leurs colonnes et prouveraient leur respect des obligations en matière d’immatriculation des salariés à la CNSS.
Ils devraient, également, être accordés au seul profit d’entreprises de presse disposant d’au moins trois exercices, gage de la pérennité et de la solidité de l’entreprise.
Les pouvoirs publics ne devraient plus donner la priorité à la préservation d’une presse médiocre et peu professionnelle, fut-elle d’essence partisane. Ils devraient encourager le développement d’un secteur moderne, performant et transparent, pour une information plurielle certes, mais responsable et patriote, ce qui n’exclut absolument pas le droit à la critique, la dénonciation des abus, des erreurs et des dérapages éventuels. Cela ferait de la presse, non pas ce contre-pouvoir que d’aucuns rêvent d’acquérir, mais cet espace d’interpellation des pouvoirs constitués et des centres de décision (publics et privés), afin de donner à la jeune démocratie marocaine les véritables composantes de son identité.


Fahd Yata
La Nouvelle Tribune



 

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