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Banque Mondiale : Une rencontre à Tunis pour stimuler l’intégration des pays du Maghreb

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A défaut d’une poursuite du processus d’intégration du Maghreb par «les politiques», la Banque Mondiale essaye d’initier une nouvelle approche d’intégration de la région en s’appuyant sur l’ensemble des acteurs socio-économiques des trois pays formant l’ossature du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie), pour stimuler l’intégration régionale. Cette nouvelle approche compte accorder une place prépondérante à l’économie, au social et au développement de la Gouvernance dans la région. Il s’agit d’une initiative qui vise à ouvrir l’espace maghrébin aux peuples du Maghreb dans le cadre d’une concertation large impliquant tous les acteurs du développement au sein de la région, notamment la société civile ignorée jusqu’à présent par les politiques dans le processus d’intégration. Dans cette optique, la Banque Mondiale, en collaboration avec la Banque Africaine de Développement, va organiser les 24 et 25 mai 2005 une table ronde à Tunis sous le thème : “Table ronde du Maghreb : Emploi, Commerce extérieur, Genre et Gouvernance”. A travers cette initiative, la Banque Mondiale essaye d’élargir la réflexion sur les défis de développement dans les pays du Maghreb, de promouvoir le consensus autour des réformes dans ces pays et de sensibiliser les différents acteurs de développement sur l’importance de ces réformes. “Il s’agit d’un processus de concertation très large et qui entre dans le cadre de la nouvelle philosophie de la Banque Mondiale visant à intégrer davantage la société civile dans le processus d’intégration de la région  Maghreb”, a laissé entendre M. Ferid Belhaj Chef du Bureau de la Banque Mondiale au Maroc.

100 praticiens de développement

Afin de mieux préparer cette rencontre et de canaliser les efforts des uns et des autres, les 4 rapports publiés par la Banque Mondiale et portant sur les défis de développement dans la région Afrique du Nord Moyen Orient (MENA) ont servi de support et de base de discussions aux quatre grands groupes de travail constitués: Commerce, investissement et développement, Gouvernance et développement, Genre et développement et, enfin, Emploi. Pour mener à bien cette nouvelle initiative, plus d’une centaine de praticiens maghrébins de développement, d’horizons diverses (chercheurs universitaires, opérateurs du secteur privé, acteurs de la société civile, etc.) et bénévoles, ont été sélectionnés pour étudier les quatre rapports de base édités par la Banque et émettre leurs avis sur les moyens à même de contribuer plus efficacement à l’intégration des trois pays du Maghreb. Les défis de développement et les complémentarités entre les trois pays du Maghreb seront décortiqués pour permettre l’élaboration d’une stratégie régionale de développement économique et social. Abondant dans ce sens, M. Sâad Belghazi, Economiste et Professeur à l’INSEA, membre du panel chargé de réfléchir sur le thème “Echanges commerciaux, investissement et développement dans la région du Maghreb”, a souligné que “les idées qui naîtront de cette rencontre pourront avoir un impact positif et aboutir à des propositions concrètes à même de contribuer au développement socio-économique de la région et influer ainsi les décideurs politiques”. Les membres du panel, composé d’économistes marocains, tunisiens et algériens, ont ainsi échangé leurs idées sur les principaux obstacles qui entravent les échanges et les investissements inter-maghrebins, diagnostiqué les spécificités de chaque pays, etc. A la suite de plusieurs dialogues, par vidéoconférences notamment, plusieurs points ont été retenus pour être débattus à Tunis dont la mise en place des infrastructures de base au niveau régional, l’incitation à la mise en place de joint-venture et  constitution de pôles industriels, harmonisation des politiques commerciales, etc. Etant tous préoccupés également par la menace que représente la Chine sur le secteur textile, qui constitue des pans entiers des économies marocaine et tunisienne, une attention particulière sera accordée à ce point pour voir s’il y a des pistes à suivre pour limiter l’impact négatif de cette nouvelle donne mondiale. Pour ce qui est du panel chargé d’émettre ses avis sur l’amélioration de la Gouvernance au Maghreb, une préoccupation fondamentale de la Banque Mondiale au niveau des trois pays concernés, il a avancé un certain nombre de points à débattre à Tunis, comme l’a expliqué l’universitaire Mohamed Tozy, tels le respect des séparations de pouvoir, le renforcement de l’inclusion sociale et la responsabilité, la réforme de l’État pour plus d’efficacité, la liberté d’expression, etc. Les membres des autres panels, Genre et développement (Inégalités entre sexes et développement, rôle de la femme dans le développement de la région, etc.) et Emploi (problématique de l’emploi, nouveau contrat social, etc.), ont également défini les grandes lignes à mettre en place dans le cadre de ce processus d’intégration.
Notons que la Banque Mondiale est fortement présente dans ces trois pays maghrébins. Au Maroc, et au cours de ces dernières années, la Banque a mis l’accent sur quatre objectifs fondamentaux: la réduction de la pauvreté, le développement du secteur privé pour faire face au chômage, la réduction de la vulnérabilité des revenus et de la consommation des pauvres en période de sécheresse, et, enfin, l’amélioration de la gouvernance publique. Pour la période 2005-2009, la Banque Mondiale poursuivra son soutien au Maroc dans le cadre d’une nouvelle stratégie ayant comme objectifs: l’accélération de la croissance pérenne et de la création d’emplois, l’amélioration de l’accès des pauvres et des groupes marginalisés à des services de base de qualité, l’amélioration de la gestion et de l’efficacité du système éducatif, et, enfin, l’amélioration de la gestion de l’eau en encourageant un service et une utilisation efficiente et pérenne de cette ressource.

Forte présence de la Banque

En Algérie, le soutien de la Banque Mondiale, entrant dans le cadre de la stratégie de coopération 2004-2006, touchera trois volets importants: la stabilité budgétaire et la gestion des recettes des hydrocarbures comme base pour une croissance soutenue, l’amélioration de l’environnement des affaires et l’encouragement du secteur privé à participer au développement économique, et, enfin, contribuer à la mise en place d’une stratégie à même de contribuer à l’amélioration de la fourniture des services de base (eau, logement, etc.).
Enfin, pour ce qui est de la Tunisie, le soutien de la Banque Mondiale durant la période 2005-2008 vise également à répondre à trois objectifs stratégiques : le renforcement de l’environnement des affaires afin de soutenir le développement du secteur privé et le rendre plus compétitif et plus intégré à l’économie mondiale, l’amélioration des qualifications et l’emploi des diplômés, et, enfin, l’amélioration de la qualité des services sociaux.
Ainsi, à travers sa présence historique dans la région, ses forts engagements financiers et son implication dans les processus de réformes entreprises par les trois pays concernés, la Banque Mondiale a un rôle certain à jouer dans le cadre d’un processus d’intégration au niveau de la région. Cela est d’autant plus vrai que le coût de la non intégration des pays de la région est colossal. Certaines organisations estiment que le Maghreb perd annuellement environ 10 milliards de dollars du fait de cette non intégration de la région Maghreb. 

Coût de la non intégration

A signaler que les décideurs gouvernementaux sont également appelés à débattre des points soulevés par les différents groupes. Si la Banque Mondiale a souhaité stimuler l’intégration du Maghreb en s’appuyant surtout sur la société civile, c’est que les politiques n’arrivent toujours pas à dépasser leurs divergences et ce malgré les menaces liées à l’accélération de l’intégration de l’Union européenne et son élargissement à l’Est et, surtout, de la montée en puissance de l’économie chinoise devenue une problématique majeure pour les pays du Maghreb. D’où la nécessité de multiplier les initiatives pour créer un regroupement régional viable entre pays ayant des ambitions de développement identiques et des complémentarités à exploiter au bénéfice de tous les pays de la région. Il n’en demeure pas moins que les dirigeants de l’institution de développement sont certains que des progrès tangibles ne seront obtenus qu’avec la volonté des décideurs politiques, notamment ceux du Maroc et de l’Algérie. C’est pourquoi, les décideurs politiques seront également de la partie à Tunis pour discuter des recommandations émises par les différents groupes. Quant à la Banque Mondiale, si elle a initié ce processus d’intégration par le “bas”, “elle souhaite que ce soit les acteurs socio-économiques des différents pays qui le poursuivent”, fait remarquer le Chef du Bureau de la Banque Mondiale à Rabat, tout en soulignant que l’institution de développement ne ménagera aucun effort pour appuyer les actions visant l’intégration de la région. 

Moussa Diop



 

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