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La Sonasid a compensé la hausse de la matière première et se lance dans l’export

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La Nouvelle Tribune : La Sonasid vient de publier ses résultats 2004 marqués par une progression du chiffre d’affaires et surtout du résultat net. Pouvez-vous les retracer dans un contexte international, sachant que vous êtes importateur de matières premières sur le marché mondial ?
M. Ben Sari :
La demande mondiale d’acier a été particulièrement forte en 2004, poussant la production internationale à dépasser le milliard de tonnes avec un taux de progression de 9 %. La Chine, à elle seule, a produit et consommé 23 % de plus qu’en 2003. La raison particulière de l’explosion de la demande d’acier vient de l’accélération du développement économique dans plusieurs grands pays ou régions du monde ; la Chine d’abord, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Nord, etc. Les produits longs destinés à la construction (fer à béton, entre autres) sont les premiers produits sidérurgiques  concernés par le décollage économique.

Quelles en sont les conséquences pour vous ?
La sidérurgie mondiale a longtemps été marquée par des surcapacités de production. Elles ont aujourd’hui disparu, puisque la demande a dépassé l’offre.
Cela induit une tension sur les prix de l’ensemble de la filière, depuis la matière première jusqu’au produit fini, en passant par les semi-finis.
Donc, l’alimentation de nos laminoirs en matière première, la billette, a été difficile.
En effet, nous avons conclu des contrats directs avec certains producteurs, comme la Turquie, l’Espagne, le Portugal, le Brésil, la Grande Bretagne, pour diversifier nos sources d’approvisionnement. Cela nous a permis de sécuriser nos approvisionnements, mais à un prix élevé de la matière première.

Quel est le taux d’augmentation du prix de la matière première par rapport à 2003 et quelle en a été la répercussion sur le prix de vente ?
Il a augmenté en moyenne de 30 %, mais en aval, nous n’avons pas répercuté la totalité des hausses. Nous avons été prudents vis-à-vis du marché marocain, puisque nos prix ont été augmentés de 16 % seulement. Grâce à la progression des volumes, à l’export et au positionnement sur un nouveau marché, celui des laminés marchands, nous avons réalisé une croissance intéressante de nos ventes, évaluée à 5,7 % .
C’est grâce à des efforts permanents et soutenus d’amélioration de la productivité, de baisse des coûts, de réduction de la consommation d’énergie que nous arrivons à compenser la hausse de la matière première.

Comment s’est opérée la diversification de vos produits ?
En 2004 et pour la première fois, Sonasid a exporté sur la Mauritanie, la Tunisie et le Canada. Exporter sur ce dernier pays représente pour nous un motif de légitime fierté car il suppose des exigences et des standards de qualité pointus. Et nous comptons poursuivre dans cette voie, y compris en Europe Occidentale, au Royaume-Uni plus particulièrement, qui est une cible intéressante. Le volume global de nos exportations est encore modeste, certes, puisqu’il atteint 20 000 tonnes sur des ventes totales de 800 000 tonnes, mais ce sont des opérations qui ont été réalisées entre novembre et décembre 2004, en fin d’année seulement.
Pour revenir à la question de la diversification, notre laminoir de Jorf a produit des laminés marchands, appelées encore en anglais, "light sections", utilisés dans la construction et la charpente métallique. Aujourd’hui, nous maîtrisons les paramètres de fabrication de ces produits, ce qui nous donne une position à prendre sur le marché marocain, avant, éventuellement de penser aux perspectives à l’export. C’est un marché de 60 000 tonnes sur lequel nous avons réalisé l’an dernier 26 000 tonnes.

Et la concurrence interne ?
Elle est de deux ordres, l’institutionnelle, matérialisée par l’existence d’un compétiteur maroco-turc et l’informel que nous cherchons à contenir, en pleine coopération d’ailleurs avec les pouvoirs publics.
Mais, pour autant, nous avons amélioré notre chiffre d’affaires de 21 %, en répercutant faiblement, la hausse de la matière première, sur nos prix de vente. Notre chiffre d’affaires 2004 a atteint 4 136 millions de dirhams sachant que les ventes en volume ont crû de 5,7 %.
En ce qui concerne les prix, j’aimerais rappeler que sur les exercices 2003 et 2004, les prix mondiaux du fer à béton dans plusieurs pays du Bassin méditerranéen et ailleurs ont augmenté de 90 % à  140 % suivant les pays, alors que sur la même période, Sonasid a augmenté ses prix, au total, de 26 % seulement.
Et, compte tenu de l’ensemble de notre politique d’investissement, d’amélioration des coûts, nous avons pu maintenir les résultats à un niveau tout à fait convenable pour les actionnaires. Notre résultat net s’est établi à 436 millions de dirhams contre 404 en 2003, ce qui marque une appréciation de 7,8%. De plus, notre situation de trésorerie nous autorise à distribuer une part importante de nos bénéfices. L’an dernier, nous avions distribué un dividende de 65 Dh par action, cette année le dividende ordinaire de 65 Dh l’action est augmenté d’un dividende exceptionnel de 15Dh l’action.

Pourquoi en 2004, tout spécialement, faites-vous une distribution massive de dividendes ?
Le mot massif n’est pas approprié, puisque leur niveau cette année est un peu supérieur à celui de l’an passé pour des résultats meilleurs.
Pour Sonasid, il n’est pas question d’hypothéquer ses programmes de développement pour remonter artificiellement une place boursière qui a du vague à l’âme. Nous sommes de grands opérateurs, pleinement, responsables et conscients. C’est le résultat de notre situation financière objective, exprimée notamment par notre programme d’autofinancement. Donc, notre politique de distribution de dividendes ne compromet pas nos programmes d’investissements.

Quels sont donc vos projets d’investissements ?  
Il s’agit, tout d’abord, de finaliser l’aciérie qui est notre projet phare et que nous menons tambour battant.    Celle-ci devrait être opérationnelle, en juin ou juillet 2005. C’est un projet d’un milliard de dirhams pour lequel nous avons déjà déboursé plus de  la moitié.
Mais il y en a d’autres, notamment à Nador, pour la modernisation de ce site, à Jorf pour l’amélioration de la productivité.
Il faut savoir que Sonasid a investi deux milliards de dirhams sur quatre ans (2002-2005) totalement par autofinancement.
De plus, nous sommes en train de développer la filière "aval". Ainsi, au lieu de produire du fer à béton brut, nous le travaillons, le façonnons, de telle sorte qu’il est mis à la disposition de la clientèle, prêt à l’emploi à travers une nouvelle filiale de Sonasid, "Longométal Armatures".

Vous nous apprenez ainsi que la société Longométal est sauvée ?
Effectivement, Longométal Afrique est une entreprise qui a été restructurée, l’actionnaire principal, la SNI, a fait ce qu’il fallait et c’est aujourd’hui une société qui redémarre sur de bonnes bases, complètement assainie et dotée de plans de développement cohérents et ambitieux. Longométal Armature est une filiale commune  de Longométal Afrique et de la Sonasid. Elle se spécialise donc dans le façonnage et la pose des aciers. C’est une valorisation en aval qui nous permettra de dégager plus de valeur ajoutée.

M. Ben Sari, quel est le pari de 2005 ?
En premier, je citerai la réussite de l’aciérie avec son corollaire, la maîtrise de l’approvisionnement en ferraille, en deuxième lieu la modernisation de notre politique commerciale. Nous sortons, en effet, d’une situation quasi monopolistique et nous sommes désormais dans un contexte d’ouverture et de concurrence.  Il s’agit donc pour nous de revoir nos méthodes et de reconfigurer notre réseau de vente pour plus d’efficacité, de présence sur le terrain, en visant la satisfaction maximale de la clientèle.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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