Est-ce le bout du tunnel ? Cette question taraude tout ceux qui sont intéressés par les résultats du CIH. Outre l’État et les actionnaires qui ont porté la valeur à coup d’augmentation de capital, les petits porteurs, qui avaient misé sur le titre au temps où la banque réalisait de “bons” résultats, et qui croyaient avoir tout ou presque perdu avec la baisse vertigineuse de l’action au cours de ces dernières années tombant à un plus bas historique de 25 dirhams en fin octobre 2004. Si le cours a repris de plus belle un trend haussier depuis le début de l’année en faveur des discussions en cours pour une éventuelle entrée dans le capital de la banque du Groupe Caisse d’Épargne français, la publication des résultats positifs inattendus fait penser que le CIH est vraiment engagé à tourner la page des déficits. En effet, les résultats distillés à la suite du conseil d’administration de la banque réuni le 24 février dernier laissent apparaître une évolution très favorable des principaux indicateurs du CIH. En termes de ressources, le CIH affiche un encours en progression de 15% pour atteindre 5 milliards de dirhams. Toutefois, en terme d’octroi de crédits, la banque préférant poursuivre son effort d’assainissement opéré sur les créances en souffrance a vu son encours de crédits baisser de 4 %. Le produit net bancaire a progressé de 16 % pour ressortir à 725 MDH. Cette progression satisfaisante s’explique en grande partie par la bonne appréciation de la marge d’intérêt qui s’est appréciée de 13% à 725 MDH. Les charges générales d’exploitation ont été contenues, n’enregistrant qu’une progression de 3,8 %, sous l’effet surtout des charges externes. Les dotations aux provisions et pertes et créances irrécouvrables ont porté sur un montant de 864 MDH contre 2 686,9 MDH en 2003. Le résultat brut d’exploitation s’est établi à 352 MDH, en forte progression de 47 %. Enfin, le résultat net de la banque se solde par un bénéfice de 80 MDH, soit un bénéfice net de 2,41 dirhams par action.
Priorité au recouvrement
Ces batteries d’indicateurs globalement positifs ne doivent pas occulter certaines réalités. A commencer par l’importance des pertes cumulées de la banque au cours de ces dernières années et qui se chiffrent, à fin décembre 2004, à 4 943,32 MDH. Par ailleurs, le résultat 2004 s’explique également par le sous provisionnement constaté cette année comparativement à l’année précédente. Le recouvrement de 2,25 milliards de dirhams au titre de l’exercice 2004, provenant essentiellement des ERAC et du secteur privé, explique en partie la baisse des dotations de la banque au titre de l’année 2004. N’empêche, avec plus de 10 milliards de dirhams de créances à recouvrer au niveau du secteur privé, la banque est appelée encore à faire des efforts en matière de provisionnement pour faire face aux exigences des autorités de tutelle. C’est dans ce cadre que s’inscrit la volonté affichée par le CIH de recouvrer ses crédits en utilisant tous les canaux possibles. Sur certains dossiers, la banque a obtenu le soutien des autorités pour recouvrer ses créances. Aux créances privées, il faut également ajouter celles détenues par l’État et les établissements publics. Ces derniers se sont engagés à rembourser les crédits qu’ils ont contractés auprès du CIH. Les ERAC ont donné l’exemple. Les autres établissements publics et les collectivités locales sont appelés à s’acquitter de leurs créances envers le CIH.
Ainsi, 2005 sera certainement celle du recouvrement d’importantes créances couronnant ainsi les efforts entrepris par l’équipe que dirige M. Khalid Alioua, PDG du CIH. Le recouvrement d’une partie importante de ces créances donnera du sang neuf à la `banque qui devrait également profiter d’un énième plan de restructuration.
C’est anticipant ces bons résultats et une éventuelle entrée de la Caisse d’Épargne dans le tour de table du CIH que les investisseurs et les spéculateurs se sont rués sur le titre avec à la clé une forte progression du cours de l’action depuis le début de l’année 2005. Ainsi, alors que l’indice du marché n’arrive pas à décoller, affichant une contre-performance annuelle de -1,44% à 4 456,84 points, l’action CIH affiche une performance annuelle exceptionnelle de 140,35 % à 63,74 dirhams après avoir touché son plus bas historique à 25 dirhams en fin octobre 2004.
Moussa Diop