Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Finance
La Marocaine-Vie est définitivement assainie Entretien avec M. Jean-Marie Stein, PDG de la compagnie d’assurance

Auteur :

La Nouvelle Tribune :
M.Stein, quels premiers commentaires faites-vous sur les résultats 2004 de La Marocaine-Vie ?

M. J-M. Stein :
2004 est avant tout une année charnière qui marque un retour durable vers les bénéfices. Je suis d’autant plus satisfait que ce redressement n’est pas le fait d’une conjoncture favorable, nous y reviendrons plus tard, mais la conséquence de deux années d’efforts soutenus et continus pour "mettre à niveau" la compagnie et la hisser aux meilleures normes internationales dans les domaines techniques et financiers tout en privilégiant la satisfaction de nos clients.
L’environnement n’a pas été, en effet, très porteur pour tout le secteur de l’assurance vie : attente pénalisante des textes d’application du Code des Assurances mais aussi et surtout dispositions de la Loi de Finance 2004. Celle-ci, en instituant une mesure très favorable à l’Assurance-Vie (exonération totale d’impôts après 10 ans de détention des produits), a, paradoxalement, freiné fortement le développement des activités en 2004. A l’attentisme de la clientèle potentielle face à une durée longue du placement, il s’est greffé un désengagement des titulaires de contrats ayant un horizon de placement plus court. Aussi, à l’image de nombre de compagnies d’assurances dans leurs activités "vie", notre chiffre d’affaires a baissé. L’adaptation de notre gamme de produits ainsi qu’un nouveau "ciblage" de la clientèle a, certes,  permis un redémarrage de la production en fin d’année sans pouvoir toutefois combler le retard du 1er semestre.

Quels sont donc les éléments positifs de votre bilan ?
 Nous renouons avec les bénéfices et nous poursuivons notre développement. Ce développement est visible : nos provisions mathématiques, c’est à dire l’encours que nous gérons pour le compte de nos clients, ont progressé de 11,6%. En outre, notre chiffre d’affaires, bien qu’en baisse de 25,6%, représente tout de même 20% de nos encours de début d’année. 

Qu’en est-il de l’exploitation de la compagnie ?
Comme vous le constatez, la marge d’exploitation s’améliore et renoue avec le positif du fait d’une amélioration des produits d’exploitation de 93 à 98 Mdh, mais surtout du fait de la baisse des frais de gestion qui ont nettement diminué avec la restructuration de la compagnie, passant de 105 à 98 Mdh. D’autant que quand le chiffre d’affaires se contracte, il faut faire des économies, mais cette réduction est également le fruit d’une volonté de pérenniser une gestion saine et rigoureuse.

Sur le plan financier, comment la situation de La Marocaine-Vie a-t-elle évolué ?

Tout d’abord, nous avons réaménagé notre structure d’actifs en donnant une place prépondérante aux produits de taux qui représentent 68 % de nos actifs, en augmentation de 26 % par rapport à 2003 et ce au détriment de l’immobilier qui n’en représente plus que 14 % et les actions 2 %. Notre positionnement est ainsi beaucoup moins risqué et beaucoup plus rentable.
Une compagnie d’assurance, en effet, se doit d’être très vigilante et très prudente dans ses choix d’investissements. La marge entre les engagements pris envers les clients et les produits que l’on reçoit doit être importante. Pour améliorer les rendements de nos actifs, nous pratiquons une gestion active sur un horizon de plus de 20 ans. Sur cette période, tous nos flux prospectifs du passif et tous ceux de l’actif sont appréhendés, ensuite nous émettons des hypothèses aux variations de taux pour voir si nous sommes à l’abri de désagréments potentiels et futurs.
Notre politique ALM (Asset Liabilities Management) nous permet sur le long terme de faire une adéquation entre nos engagements dans le futur et la durée de nos actifs et nos hypothèses de rendement.
Cette démarche est essentielle pour une compagnie d’assurance Vie, comme la nôtre.

Vous dégagez en 2004 un résultat net de 16,2 millions de dirhams. Comment l’appréciez-vous compte tenu des difficultés passées ?

Par rapport à l’an dernier, où il était négatif de 150 millions de dirhams, nous l’apprécions comme un grand pas en avant. Nos provisions exceptionnelles qui étaient de 75 Mdh en 2003 ne sont plus que de 26 Mdh ; ce reliquat étant conservé à titre de précaution uniquement.
Rappelons que La Marocaine-Vie est devenue déficitaire à partir de l’exercice 2000 et a connu quatre années de déficit pesant négativement sur nos fonds propres. En 2004, ces derniers se sont redressés à 204Mdh.
L’actif immobilisé fait désormais 1 milliard 807 millions. Quant au ratio de couverture de la marge de solvabilité, qui était de 23 %, il est maintenant de 160 % alors que l’exigence réglementaire  est de 100%.

Face au problème actuel du secteur des assurances et qui est relatif au non recouvrement du chiffre d’affaires d’une grande majorité de compagnies, comment se porte La Marocaine-Vie ?

Du fait que dans sa restructuration globale, La Marocaine-Vie a également assaini sa situation au niveau des recouvrements, elle n’a pas de chiffre d’affaires incertain comme cela pourrait être le cas pour d’autres. Chez nous, tout est encaissé dans les deux mois. Nos principes de gestion nous commandent d’agir de la sorte.
En septembre 2003, quand j’ai découvert qu’on avait des comptes " primes émises et non encaissées " très importants, un travail d’une année complète a été entrepris pour régler cette question. On a provisionné et imposé, depuis, des règles de gestion très rigoureuses.

Selon vous, combien de temps faudra-t-il pour assainir définitivement le secteur des assurances ?

Les compagnies ont besoin de temps pour leur mise à niveau.  Il ne suffit pas de vouloir s’aligner sur les normes internationales. Il faut également prévoir les aménagements et les transitions nécessaires à ces nouvelles donnes qui sont contraignantes.
L’exemple de notre compagnie est là pour attester de mes propos. Il nous a fallu trois années pour appliquer et respecter des normes strictes, notamment en matière de recouvrement. Il n’est donc pas possible de demander de telles réformes en quelques semaines ou mois ! Il faut admettre que le temps joue énormément.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli.



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com