En 2000, plus de 1,2 milliard de personnes vivaient avec moins d’un dollar par jour et près de 3 milliards de personnes n’avaient pas accès aux services financiers. Face à cette situation dramatique, qui ne cessait d’empirer, 191 pays membres de l’ONU, dont le Maroc, se sont engagés il y a quatre ans à réduire de moitié le nombre de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté d’ici 2015. Dans cette stratégie de réduction du niveau de pauvreté au niveau mondial, qui entre dans les objectifs du millénaire pour le Développement, le micro-crédit est considéré comme une des voies pouvant contribuer à atteindre ces objectifs.
Au Maroc, où le microcrédit est encore jeune, l’année internationale du microcrédit représente une occasion unique pour donner une nouvelle impulsion au microcrédit. Pour atteindre cette population cible, le Maroc s’est associé à cette opération en lançant officiellement le 22 février 2005 l’année internationale de microcrédit avec pour thème central: “Microfinance, vecteur de développement social”. Diverses manifestations seront organisées tout au long de l’année sous l’égide du FNAM, du PNUD et de PlaNet Finance Maroc.
Le microcrédit, activité encore récente au Maroc, puisque les premières opérations remontent à l’année 1993, est en train d’atteindre sa maturité et jouit d’une expertise reconnue au niveau international et de l’appui des autorités et des bailleurs de fonds (financement et assistance technique). Selon les statistiques les plus récentes, à fin décembre 2004, le secteur, composé de 11 institutions de microcrédit actives, a octroyé 2,2 millions de prêts cumulés depuis son lancement, correspondant à un montant cumulé de 5,5 milliards de dirhams.
Problématique de refinancement
L’encours global des crédits octroyés par le secteur s’établit à 890 MDH. Le taux de remboursement du secteur qui s’élève à plus de 99 % fait pâlir de jalousie les banques qui croulent sous le poids des créances en souffrance. Les prêts octroyés par le secteur ont bénéficié à plus de 460 000 clients actifs. Le secteur est également créateur d’emplois avec plus de 1 800 emplois permanents et plusieurs centaines d’emplois indirects. Ces résultats obtenus en un temps aussi court font que l’expérience marocaine dans le domaine est aujourd’hui citée en exemple et le Premier ministre, Driss Jettou n’a pas hésité à parler de “succès story du microcrédit au Maroc et de la fierté d’être cité parmi les références au niveau mondial”. Tout en reconnaissant que “le microcrédit ne peut constituer une panacée pour éradiquer la pauvreté”, M. Jettou a souligné la nécessité de développer davantage ce secteur pour faire face aux importants déficits sociaux. D’ailleurs, le faible taux de pénétration du microcrédit dans le milieu rural –moins de 10 % de la population rurale-, zone où se concentre l’essentiel des populations les plus vulnérables, témoigne du reste de chemin à parcourir par le microcrédit pour atténuer davantage la pauvreté qui affecte une partie importante des couches de la population de ces régions. D’ailleurs, les estimations avancent à plus de 1 200 000 personnes les bénéficiaires potentiels du microcrédit. Ainsi, et dans le cadre des objectifs du Millénaire, la Fédération nationale des associations de microcrédit (Fnam) table à l’horizon 2010 d’atteindre un million de familles et porter l’encours global des crédits à 4,5 milliards de dirhams. Le Président de la Fnam, M.Rida Lamrini à laissé entendre que “financer 700 000 clients supplémentaires à moyen terme est les défis majeurs qu’il faut relever, afin d’assurer le pérennité de la microfinance et lui permettre de servir, plus et mieux, davantage de démunis”. Aussi ambitieux soient-ils, les objectifs fixés ne peuvent être atteints que si le secteur arrive à suivre le développement que connaît la microfinance dans certains pays asiatiques notamment. Partant, plusieurs chantiers ont été lancés par le secteur avec l’appui de PlaNet Finance Maroc dont l’adoption d’un plan comptable du microcrédit, la mise en place d’un code de déontologie, la généralisation du rating, la création d’une centrale des risques, le respect des normes prudentielles, etc.
Proroger le régime fiscal
Reste que ces chantiers n’auront réellement leurs impacts qu’une fois que le principal obstacle au développement du microcrédit au Maroc, à savoir celui du refinancement des institutions, sera résolu. Pour y arriver, les professionnels appellent à l’assouplissement du cadre régissant le secteur pour lui permettre de promouvoir de nouveaux produits financiers (collecte d’épargne, micro-assurance, microcrédit à l’habitat, crédit individuel, services de transfert et autres produits financiers adaptés à sa clientèle non bancarisée et ayant un revenu faible). Ils soulignent qu’en élargissant leurs sources de refinancement, le secteur pourra non seulement accroître le nombre de bénéficiaires du microcrédit, mais également améliorer l’encours moyen des prêts octroyés par le secteur qui se situent actuellement autour de 2 000 dirhams. En attendant, comme l’a bien laissé entendre M. Lamrini, “le refinancement se fera pour l’essentiel par appel aux marchés financiers. Une partie structurante et d’amorçage de ces fonds devra cependant encore provenir de contributions non commerciales, nationales et internationales, et les contributions publiques demeurent encore requises dans la phase actuelle”.
Profitant de la présence du Premier ministre, le Président de la Fnam a sollicité sa bienveillance afin qu’il se penche sur la question du régime fiscal devant être appliqué aux associations de microcrédit à partir de l’extinction imminente du délai de grâce de 5 années prévu par la loi 18-97 et dont une demande officielle de prorogation a été adressée par la Fnam aux administrations concernées. Selon M. Lamrini, “cette demande n’a d’autre motivation que le souci d’éviter qu’un fardeau financier superflu ne vienne peser sur les populations démunies servies par le microcrédit”.
Enfin, signalons que lors de cette journée, il a éété procédé à la signature d’une convention de partenariat entre la Fnam et l’Agence de Développement Social (ADS). Cette convention est destinée à promouvoir et à accompagner le secteur de la microfinance. Les deux parties s’engagent à soutenir le refinancement des organismes du secteur et à mettre en place un fonds de garantie pour accompagner les associations.
Moussa Diop