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Les secteurs de croissance arrivent à la Bourse de Casablanca :Un entretien avec Mme Souad Benbachir, Administrateur Associé de

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Publier le : February 17, 2005

La Nouvelle Tribune : Mme Souad Benbachir, vous venez de réussir l’introduction en bourse de Sothema.. Le marché boursier se serait-il réellement réveillé après sa traversée du désert de septembre 2000 à 2003 ?
Mme Benbachir :
Effectivement, mon appréciation de l’évolution du marché boursier est positive. Comme vous le savez, le marché boursier primaire a connu une première étape de développement rapide au lendemain de la réforme des marchés financiers de  septembre 1993, déclenchée par le programme de  privatisations. Ce premier mouvement sur le marché primaire  participe d’ailleurs fortement au développement du marché secondaire également. Il débute par les opérations de privatisations  de SNI et BMCE (1994), suivies par celles d’Eqdom et Samir (1995), Sonasid et Fertima (1996). Le relais est ensuite pris par des opérations portant sur des sociétés familiales  pour la plupart dans le secteur financier dans un premier temps : Crédor (1996), Maghrébail et Taslif (1997) et Marocaine Vie/ Wafa Assurances/Agma (1998), puis dans différents secteurs industriels dans un second temps : Papelera de Tetouan/ Aluminium du Maroc (1998) et Auto Nejma/ Afriquia Gaz/ Maghreb Oxygène (1999). Enfin, après un passage à vide qui dure de 2000 à 2003, si l’on considère qu’à part Unimer et IB Maroc, il n’y a pas eu d’introductions en bourse durant cette période, on assiste aujourd’hui à l’arrivée sur le marché de plusieurs sociétés représentatives de nouveaux secteurs qui sont, en sus, les  secteurs de croissance de l’économie marocaine.
Ainsi, on reprochait à la Bourse de ne pas refléter la santé économique du pays et on avançait qu’il y avait une dichotomie entre les sources de croissance de l’Economie et la cote de la Bourse, mais aujourd’hui, certains des  secteurs sur lesquels l’Etat a investi, comme les secteurs  des télécommunications, du tourisme, des infrastructures, devraient recourir à la Bourse dans les prochains mois.
En effet, parmi les introductions que l’on voit arriver, les secteurs qui sont ou qui vont être représentés, sont celui des télécoms avec Maroc Telecom à la fin 2004, tandis que Méditel est annoncé pour 2006. Cela est possible grâce à la politique de restructuration et d’ouverture de ce secteur lancée par l’Etat, mise en place en 1998/1999 et illustrée par l’arrivée de Méditel qui a accéléré le développement du secteur. Le tourisme, de même, y arrive avec Risma qui prévoit une introduction  en 2005 et des opérateurs comme la RAM, Regional Airlines, Atlas Blues qui devraient certainement suivre. Le tourisme, qui représente 10% du PNB, et le transport sont donc deux autres secteurs qui devraient bientôt être représentés à la cote de la Bourse de Casablanca. Puis, les infrastructures et en particulier  les zones franches, avec le projet de TMSA dont le financement devrait passer en partie par la Bourse avec des produits spécialement conçus pour ce type de financement à long terme. Enfin, un dernier exemple de secteur nouveau en Bourse est celui des concessions  et de la gestion déléguée puisque LYDEC envisage de s’introduire en bourse.
Ce qui est intéressant dans les émissions qui viennent, c’est qu’elles correspondent aux réformes et traduisent la stratégie économique du pays. Par ailleurs, l’autre caractéristique des entreprises qui arrivent sur le marché boursier est qu’elles sont de nature différente. Elles ont des partenaires étrangers, voire des multinationales qui sont associées à des Marocains et qui s’introduiront en bourse pour valoriser leurs participations. Il faut donc considérer que les introductions par cession sont une manière pour eux de faire respirer leur capital. Cela encourage donc une nouvelle forme de tours de table où Marocains et étrangers s’associent pour investir dans des secteurs porteurs. Il y aura donc enfin convergence entre le marché financier et une partie de plus en plus importante de l’économie réelle.

Outre son rôle de reflet de l’activité économique du pays, le marché boursier jouera-t-il la partition de son financement  si ces introductions continuent de se faire par cession de capital et non par augmentation ?
La cession d’actions représente quand même un financement de l’économie. Quel est l’avantage pour le marché d’avoir des entreprises qui s’y introduisent par cession ? L’avantage numéro un, c’est que ces sociétés sont plus pérennes. Les fondateurs n’ont qu’un objectif, celui de la continuation de leur entreprise au-delà de leur propre personne, le management devenant ainsi le dépositaire de cette pérennité. La cotation en bourse est une pression à la pérennisation et la continuité entrepreneuriale, ce qui est un élément important pour le tissu économique marocain. D’autre part, le fruit de ces cessions de capital à la Bourse de Casablanca est le plus souvent réinjecté dans les circuits économiques et financiers, soit pour la création d’autres projets, soit, au moins, pour des placements.
Car il ne faut pas oublier que ce type d’opération facilite la circulation des capitaux et donc une respiration du capital. En effet, la cession d’une partie du capital en bourse est une étape d’un  processus qui généralement commence par un investissement de restructuration, de développement ou de croissance externe et qui aboutit à la valorisation de l’entreprise par une cession d’une partie de son capital. C’est le cas, par exemple, de France Télécom avec Orange qu’elle a acheté dans la perspective d’une liquidité. L’investissement initial n’aurait pas eu lieu sans cette perspective. La Bourse intervient donc dans un deuxième degré. Même chose pour Telefonica qui a investi dans Méditelecom de gros montants. Cependant Méditel ne devrait plus avoir besoin de fonds propres supplémentaires dans les prochaines années, ses cash flows étant suffisants pour couvrir les investissements prévus. Il est probable que Méditel s’introduise par cessions d’actions, mais cette introduction permettrait de rémunérer les investisseurs fondateurs pour les investissements colossaux réalisés au lancement de l’entreprise. Une introduction par cession d’actions est donc également une façon de rémunérer les efforts des actionnaires qui ont pris des risques mais qui, aujourd’hui, n’ont plus besoin d’augmentation de capital, leur entreprise générant suffisamment de cash-flows.

Les nouvelles introductions du marché de Casablanca  ne traduisent pas la santé réelle des entreprises et ne reflètent pas les derniers résultats annoncés par les deux sociétés concernées, la BCP et Maroc Telecom. Quand le marché marocain deviendra-t-il plus efficient et à quelles conditions ?
Tout d’abord, en ce qui concerne les nouvelles valeurs inscrites à la cote, on peut considérer que les résultats 2004 ont été anticipés par le marché avant leur annonce. Je considère, justement, que ces introductions se sont vraiment bien passées. Pour Maroc Telecom par exemple, le cours a pris 28 % depuis son introduction, évoluant de 68 dirhams à 87 dirhams. Il est clair à cet égard qu’il faut aller vers une sophistication croissante des acteurs du marché. Les compagnies d’assurances, notamment, peuvent beaucoup pour l’efficience du marché en procédant à la gestion active de leurs portefeuilles et du côté des OPCVM, il faudrait encourager la création de fonds de placements spécialisés. Ce qu’il faut savoir également, c’est que les investisseurs étrangers reviennent et qu’ils jouent un rôle important dans l’animation du marché. Enfin, certains institutionnels ont compris leur rôle et l’intérêt d’externaliser la gestion de leurs actifs, telle la CIMR qui en a récolté d’ailleurs les fruits. Ce type de comportement devrait se généraliser à moyen terme.  

Comment donc apprécier l’introduction en bourse de Sothema dans un tel contexte?
Sothema est issu d’un secteur important qui représente 6 milliards de dirhams de chiffre d’affaires annuel, celui de la fabrication de produits pharmaceutiques, lequel n’était pas jusqu’à présent représenté à la cote. On sait également que ce secteur retiendra l’attention du gouvernement dans le cadre de la redéfinition des secteurs créateurs de richesse pour le Maroc, parce qu’il a un bon potentiel à l’export. Cette industrie, aujourd’hui orientée vers le marché intérieur, peut facilement devenir exportatrice vers l’Europe, dont la stratégie est de se focaliser sur les nouveaux médicaments et de trouver des relais de production pour les produits existants. Dans cette optique et ces perspectives, Sothéma pourra donc à l’avenir recourir à des financements par le marché pour des investissements de croissance et de développement.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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