Décidément, le marché marocain ne présente plus de secrets pour les commerçants chinois qui l’ont investi. De plus en plus nombreux, ces derniers ont su être à l’écoute des besoins d’une large frange de la population marocaine. Ils ont su s’approprier la demande du marché local et ont réussi, au grand dam des industriels marocains, à l’adapter à des bourses marocaines très modiques. Les chinois ont compris que leurs articles bon marché et d’une qualité modeste, connaissent une grande affluence des consommateurs marocains. Partant, ils ont mis les bouchées doubles, en inondant le marché de toutes sortes de produits à même d’intéresser leur cible. En un laps de temps , divers articles ont investi les étalages des commerces casablancais. Outre les boutiques de Derb Omar, les articles chinois sont vendus, à même le sol à Bab Marrakech, Derb Ghallef, Derb Soltane... Tout comme certaines enseignes en ont fait -avec d’autres produits en provenance d’outre-mer-, le principal de leur commerce.
Le premier constat, est que ces Chinois gagnent leur tranche de cake en exploitant à fond les circonstances et en comptabilisant le risque. A partir de là, rien ne peut les arrêter. La demande existe, donc, ils sont là pour y répondre et cumuler les bénéfs. La preuve c’est que leur présence au Maroc s’intensifie d’une façon vertigineuse. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’industrie locale. Force est de constater une impression d’incertitude, de flottement, de faiblesse et d’irrésolution qui règne dans le rang des opérateurs économiques marocains. Pour mieux mesurer l’appréhension des industriels, La Nouvelle Tribune a effectué un tour d’horizon dans les kissariats et marchés de la capitale économique, question d’évaluer l’offre chinoise et son impact sur le marché local.
Faits
Depuis quelques mois, les habitants de Casablanca ont certainement observé le phénomène des commerçants chinois dans leurs marchés quotidiens. En effet, là où le commerce est soi-disant fructueux comme à Derb Omar, Kissariat Hafari, Qoriaâ..., ils marquent une forte présence. Du matin à la tombée de la nuit, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes s’y rendent en masse. Les uns pour acheter, question de faire, bien sûr, de bonnes affaires. Les autres pour satisfaire leur curiosité. Une autre catégorie, plutôt «opportuniste» ne rate aucune occasion pour s’imprégner pleinement des produits qu’offrent les Chinois aux Marocains. Au menu: les montres (de 20 à 50 Dhs), les lunettes de soleil ( de 10 à 40 Dhs), vêtements prêt-à- porter pour enfants et bébés ( là, il y en a pour toutes les bourses), ciseaux à 10 Dhs, barrettes à 5 Dhs, chaussures à 50 Dhs, porte-manteau à 200 Dhs, petites assiettes en porcelaine à 50 centimes l’unité, accessoires pour les portables, jouets pour enfants, DVD, motocycles, quincaillerie, tous les articles pour la cuisine, et plein d’autres babioles. La liste n’est pas exhaustive. Autrement dit, tout ce qu’on peut imaginer trouver dans un marché marocain, les commerçants chinois le mettent pratiquement à la portée de toutes les bourses.
Pouvoir d’achat
Cet engouement pour ces produits s’explique par la compétitivité des commerçants chinois. En effet, les prix proposés sont imbattables. En raison d’un un pouvoir d’achat faible, la qualité n’est pas le premier critère qui motive une acquisition . «C’est simple, j’achète car je peux me payer ces choses là, même si comme vous dites la qualité laisse à désirer. La qualité a un prix, et de ce fait elle est hors de portée. Grâce aux produits chinois, j’ai pu acquérir une série d’articles qui me manquaient. Il faut reconnaître que c’est surtout pour leur prix accessible que je les achète.» Et de poursuivre « Si je trouve un produit français, américain, ou marocain au même prix je l’achète. C’est une question de budget.»
Il va sans dire que le critère du prix est le premier facteur qui explique cet engouement pour les articles chinois.
La qualité a un prix, que ne sont pas en mesure de supporter les personnes à revenu limité et qui représentent l’écrasante majorité des citoyens marocains. Les produits chinois coûtent trois fois moins cher que les produits locaux, même si c’est au détriment de la qualité, le consommateur marocain optera, en raison de son pouvoir d’achat dérisoire, pour les produits chinois. Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’industrie locale. La présence massive des produits chinois ou autres (turcs, espagnols, taiwanais...) est à attribuer à une négligence manifeste du contrôle à l’entrée du territoire. Notre économie risque gros si rien n’est entrepris.
LO / HZ
Témoignage
La quarantaine, A.S se lance dans le commerce. Comme la plupart des jeunes Marocains qui cherchent une activité commerciale prometteuse, il a fini par acheter son local et se spécialiser dans l’import. Seulement, pour lui et les commerçants de son âge, l’activité a beaucoup évolué et la concurrence ardue limite de plus en plus la marge de rentabilité.
« Actuellement, s’enrichir n’émane pas du seul fait de l’achat d’un local à Derb Omar ou ailleurs. Encore faut-il trouver la bonne marchandise et au bon prix, trouver les bons fournisseurs, toucher ses clients potentiels...C’est vraiment tout un travail qu’il faut mener avec rigueur sans la moindre erreur», estime notre interlocuteur. Pour ce qui est de son expérience en Chine, il qualifie le marché chinois de prometteur à tous les niveaux. Cette expérience qui a duré 6 ans lui a permis de nouer des contacts permanents avec des fournisseurs chinois. A la question de savoir pourquoi la Chine, A.S est sans équivoque. Pour lui, les prix qu’offre le marché chinois sont largement compétitifs. Avec la convention bilatérale relative aux échanges commerciaux signée récemment entre la Chine et le Maroc, les choses vont encore mieux et les bénéfices sont plus intéressants.
Un autre constat qui, selon lui, rend le commerce chinois plus florissant se situe au niveau de l’organisation de deux grandes foires : celle d’octobre qui expose toutes les marchandises dont on aura besoin pour l’été, et celle d’avril qui expose pour l’hiver. « Nous avons en Chine des facilités d’hébergement, les prix d’hôtels sont à la portée des hommes d’affaires, les facilités de paiement et la communication se font aisément puisqu’ils mettent à notre disposition des interprètes», souligne-t-il avant d’ajouter que les «créateurs» de modèles chinois ont une force d’imitation incroyable puisqu’il est possible de trouver des modèles dernier cri en Europe ou aux USA une semaine après leur parution dans les marchés d’origine.
« La situation que connaît actuellement le Maroc n’est pas d’ailleurs nouvelle. Des pays comme la France ou l’Italie l’on bien vécue. Et pour sauvegarder leurs économies nationales, ils ont rehaussé les droits de Douane à l’entrée des marchandises chinoises», indique-t-il. « En tant que citoyen marocain, je reconnais l’ampleur et la gravité de la situation. Pour cette raison et à mon avis, je pense qu’il est temps que notre secteur industriel évolue et que l’État revoie sa politique fiscale envers les industriels et les opérateurs économiques nationaux. Il faut penser à une autre démarche qui pourrait pousser les Chinois à venir investir au Maroc au lieu d’importer et de vendre au Maroc. Si ça continue comme cela, notre économie risque d’être battue en brèche», conclut, A.S.
Le délai de livraison d’une marchandise émanant de Chine dépend de la somme versée. « Si par exemple, il y a versement d’une somme de 40 mille dollars, je dois attendre de six mois à un an pour recevoir ma marchandise», dit A.S.
H.Z.