Car l’objectif de M. Jouahri est de faciliter le financement de l'économie par une politique monétaire plus directive et un système bancaire plus solide. Dans cet esprit, le gouverneur de Bank Al-Maghrib a rappelé les enseignements tirés des crises financières internationales comme celle de 1997 en Asie, la grave crise bancaire au Japon qui dure depuis 10 ans, celle qui a touché l’Argentine en 1998-1999 et celles au niveau de l'Europe, de moindre ampleur certes, mais non négligeables. De même qu'il a déploré les scandales financiers les plus médiatisés, tels celui d'ENRON ou encore Parmalat, en Italie. Dans un tel contexte, les responsables des banques centrales se doivent désormais d'exiger des principes de bonne gouvernance, de transparence financière, des règles de langues comptables internationales et des modalités de gestion strictes.
C’est pourquoi, estime M.Jouahri, il faut renforcer l'indépendance des organes de contrôle que sont les banques centrales pour que la pression du politique ne puisse pas entamer leur responsabilité. Ainsi, plus de 90 Etats dans le monde se sont mis sous le programme du FSAC qui sont des programmes d'évaluation des secteurs financiers de ces pays. Le Maroc est soumis à ce programme d'évaluation du secteur financier, depuis deux ans. Cela implique qu'on veut imposer à travers le monde une lecture unique des bilans des banques, les mêmes principes d'élaboration de l'information financière et imposer que les organes de régulation soient indépendants.
M. Jouahri, depuis son arrivée à la tête de BAM, n'a eu de cesse de faire évoluer l'organisation interne de la banque centrale pour accompagner le choix du Maroc de s'ouvrir et s'intégrer à l'économie mondiale. D'autant que le Maroc a signé des accords d'associations ou de libre échange avec nombre de pays et notamment ceux du pourtour méditerranéen où le volet financier est présent. C'est d'ailleurs pour cela qu'on a vu s'enclencher un mouvement de concentration dans le secteur bancaire marocain et dans celui des assurances.
Les nouveaux statuts de BAM prônent donc l'indépendance réelle de la banque centrale dans le cadre de l'élaboration et la mise en oeuvre de la politique monétaire et lui fixent un objectif clair, celui de la stabilité des prix. Cette indépendance se traduit dans les faits parce que le conseil de la banque aura pleine autonomie pour choisir les compétences requises pour siéger en son sein, sans exclusive. Mais pour le gouverneur de la banque d'Etat précise "cette indépendance ne veut pas dire absence de dialogue, bien au contraire. Le dialogue sera renforcé avec tous les partenaires, qu'il s'agisse de membres du gouvernement, (le Directeur du Trésor et le Ministre des Finances sont membres du conseil), de partenaires économiques à travers leurs représentations (fédérations de la CGEM) et de la presse qui a la responsabilité de relayer l'information. De même, la loi prévoit que le gouverneur peut être entendu par les commissions du parlement". L'indépendance de la banque se traduit aussi par l'interdiction de tout concours au Trésor. En contrepartie de cette indépendance, les décisions du conseil de la banque doivent faire systématiquement l'objet de communiqués et les audits des comptes de la banque seront faits par des experts extérieurs qui relèvent des instances du conseil d'administration et non plus par les fonctionnaires de la banque.
Le second texte fondamental, la loi bancaire, préconise que BAM doit étendre son contrôle à des établissements qui n'étaient pas dans son champ d'action et qu'elle a la responsabilité de superviser, de contrôler et de suivre l'ensemble des systèmes de paiements. C'est ainsi que la Caisse de Dépôt et de Gestion, la Poste, le micro crédit et la Caisse Centrale de Garantie passent sous sa tutelle. Les missions de la banque deviennent plus larges, mais aussi plus complexes. La loi bancaire instaure également une coordination entre les différents organes de contrôle et de régulation par la création d'un organe qui réunit la Direction des Assurances, le CDVM, l'Office des Changes. Les contreparties ou devoirs de la banque centrale prévus par la loi bancaire sont stricts. En effet, celle-ci ne peut plus participer au capital ni aux instances de gestion et de direction des établissements qu'elle contrôle et doit s'en retirer dans un délai maximum de trois ans. Et même s'il n'est pas exigé de sortir des établissements extérieurs, le gouverneur dit vouloir le faire. BAM doit d'ailleurs produire un rapport annuel sur le contrôle de l'activité bancaire et financière. De plus, BAM reçoit dans le cadre de la loi en question, la responsabilité de superviser, de contrôler et de suivre l'ensemble des systèmes de paiements, la lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme mais aussi la mise en place d'un instrument de modernisation du financement de l'économie.
L’outil de la réforme
L'organisation de la banque a dû s'adapter à son nouveau statut par une réorganisation interne qui s'est basée sur l'élaboration d'un plan stratégique sur 3 ans lequel définit pour les années à venir 11 métiers. Les grandes orientations, la programmation à court et moyen terme ont été définies avec l'ensemble de l'encadrement de la banque, responsable de leur réalisation. La banque a été dotée d'un nouvel organigramme. La maîtrise et la prévention des risques ont été tout particulièrement renforcées, avec la détermination d'une cartographie des risques y compris le risque manager.
De même que les relations avec les entreprises, puisque BAM gère pour le compte du système bancaire, un certain nombre de centrales des engagements, des risques de paiements et bientôt celle des bilans et aussi le contrôle des banques en mettant l'accent sur la prévention des risques avec l'aide de ces dernières qui doivent accentuer leur vigilance.
En ce qui concerne la politique monétaire, M.Jouahri considère qu'elle ne peut pas se décliner toute seule abstraction faite de ce que peut être la politique budgétaire ou le régime de change. Normalement, ce sont là trois volets d'une même politique. Donc la politique monétaire est d'autant plus facile à décliner que la budgétaire et le régime de change sont cohérents. Toutefois, depuis deux ans, le gouverneur de BAM, a transformé la politique monétaire en un instrument de réglage de l'économie, dans le cadre de la stabilité des prix. Car, selon lui, "La maîtrise des prix étant un élément de compétitivité important de l'économie, laquelle est un instrument de soutien de l'activité économique du pays". C'est dans ce sens que BAM a fixé des normes monétaires pour la première fois, en 2003. Une cellule sera dédiée à la recherche et la modélisation du comportement des prix pour avoir notre propre appréciation. De même que BAM va renforcer ses représentations régionales pour jauger de l'appréciation de l'évolution économique pour avoir une meilleure évaluation de la conjoncture trimestrielle. Sur le plan opérationnel, BAM a fait des swaps en 2003, introduit en 2004 la facilité de dépôts, la période pour les reprises de liquidité et, en 2005, annonce une clarification des différents taux et lignes d'interventions de façon à ce que la gestion des trésoreries et la situation du marché monétaire puissent disposer d’une meilleure visibilité.
Concernant la situation de sur-liquidité, M. Jouarhi a tenu à en expliquer la provenance, les conséquences et les conditions de son absorption. Elle provient de l'apport des privatisations, des MRE et du tourisme, se traduit par des apports en devises qui confortent les avoirs extérieurs lesquels traduisent dix mois des besoins du pays. La situation est certes excédentaire, mais BAM la gère par des reprises de liquidités, des facilités de dépôts automatiques rémunérées qui lui ont coûté en 2004, 700 millions de dirhams. L'objectif de la banque centrale étant de concilier ces impératifs sans décourager l'épargne sachant que la sur-liquidité pèse à la baisse sur les taux d'intérêts et décourage de ce fait, l'épargne. D'une autre façon, pour limiter les excédents de liquidités, M. Jouahri a aussi demandé à l'Etat et aux établissements publics, de rembourser par anticipation les crédits qui sont à des taux élevés pour utiliser les devises de même qu'il a incité Altadis et Vivendi à financer une partie de leurs acquisitions d'actifs dans le cadre de la privatisation, par des crédits locaux. Mais M. Jouahri est conscient que c'est le financement de la croissance économique qui constitue la solution idéale à l'absorption des sur-liquidités. C'est pourquoi, il faut espérer que toutes les mesures qui sont prises par ailleurs pour la mise à niveau des entreprises et l'investissement des grands travaux prendront le relais de sa politique. De même qu'il insiste sur le fait que les effets d'une politique monétaire doivent être diffusés. Par exemple la baisse des taux ne bénéficie pas à toutes les entreprises certaines continuent à être financées à des taux à deux chiffres. Les entreprises doivent elles-mêmes jouer le jeu de la transparence pour bénéficier de financements adéquats à leurs besoins.
Par ailleurs, le Wali estime qu’il n'est pas possible de faire du financement de l'économie sans un système bancaire solide, d’où la nécessité d'une maîtrise des risques, de tous les risques tant ceux de crédits mais également les opérationnels. De même que le profil de risque doit être individualisé, que la transparence financière des données transmises à BAM par le système financier doit être totale et que la discipline financière continue. Ainsi, il déplore que parfois les conditions accordées à la clientèle risquent de fragiliser les banques quant elles ne tiennent pas compte des coûts moyens des ressources, des risques et la rentabilité des capitaux. Et donc le dispositif de supervision doit être conforme à celui de Bâle pour éviter les crises. D'ailleurs, les plans de réforme des établissements bancaires publics viennent d'être révisés en plein parcours pour s'assurer que le risque de l'Etat ne se transfère pas aux établissements publics, l'objectif étant que le financement de l'économie puisse se baser sur un secteur bancaire sain au point d'être compétitif vis à vis de l'extérieur. Enfin, les relations des banques avec la clientèle sont également aussi l’une des préoccupations du gouverneur de Bank Al-Maghrib. La loi bancaire prévoit des points qui régissent la relation des banques avec leurs clients sous le contrôle de BAM et en permettant aux clients de se plaindre à la banque centrale. Il s'agit d'obligations faites aux banques d'ouverture de comptes, d'établissement de convention de compte, d'affichage des conditions bancaires appliquées à la clientèle et l'interdiction de la rupture abusive de crédits. D'autre part, selon un principe valable depuis le milieu des années 70, n'y avait pas de rémunérations des dépôts à vue ni en contrepartie de paiement des services bancaires de caisse courants ou octroi de chéquiers. Or, de plus en plus, les banques préfèrent rémunérer les dépôts et facturer les services qui pour induisent pour elles un coût. BAM a engagé une réflexion dans ce sens et refuse que chaque banque opte pour une solution qui ne soit pas générale et préfère mettre en place des règles claires avant que chacune ne décide de sa politique en la matière. Dans la même optique de défense du client, BAM travaille activement sur ces problèmes avec le GPBM, et vient notamment de demander que les délais de recouvrement des valeurs d'encaissement soient raccourcis. Parallèlement, BAM assiste les banques car elle est consciente des problèmes posés par la défaillance des clients et travaille avec le ministère de la justice sur l'intervention rapide des tribunaux et l'examen de près des règlements judiciaires abusifs pour éviter qu'ils ne traduisent la soustraction de la clientèle à ses obligations vis à vis des banques.
Ce sont donc des credo forts et pertinents que le Wali de Bank Al-Maghrib a déclinés devant la presse. Des convictions, des principes d’actions et des mesures qui traduisent son engagement total pour renforcer le système bancaire et mettre à la disposition du pays les moyens de financements de l'économie les plus sophistiqués, les plus transparents et les plus sécurisés pour accompagner et assurer l'ouverture et le développement du pays.
Afifa Dassouli