Le vent des réformes multisectorielles qui souffle sur le Maroc depuis plusieurs années a bel et bien touché le secteur financier. On peut citer à ce titre les différentes réformes de la Loi bancaire qui ont hissé notre secteur au niveau des standards internationaux et permis aux banques locales de devenir partenaires, en toute égalité, de grandes banques multinationales. Les marchés de capitaux ont également connu des réformes qui ont favorisé leur développement spectaculaire au cours des dix dernières années.
Ainsi, on ne peut que s’accorder sur le fait que les grandes réformes que le Maroc a réalisées depuis 1989 dans le secteur financier sont très satisfaisantes et ont rempli leur mission, celle d’ouvrir notre marché à d’autres perspectives.
En effet, on ne saurait oublier, par exemple, qu’à la veille de la réforme des marchés de capitaux, on craignait que les fonds déposés dans les banques s’investissent massivement dans la bourse et créent un déséquilibre au niveau du système bancaire. Cela ne s’est pas produit.
Mais aujourd’hui, ce qui reste à faire, c’est s’assurer que les différents compartiments du marché des capitaux jouent leur rôle dans l’investissement primaire. Autant nous constatons qu’il y a de grands chantiers qui sont lancés, autant nous nous rendons compte qu’ils sont financés par la dette bancaire principalement. Au niveau du marché financier, la majorité des opérations n’a pas permis de financer de nouveaux projets d’investissements, mais plutôt de valoriser ceux déjà existants. En d’autres termes, non seulement les nouvelles cotations ont été faites par cession de capital, mais de plus, les sociétés cotées dans leur ensemble n’ont pas eu recours à l’appel public à l’épargne pour le financement de leurs projets.
Par ailleurs, le compartiment de la dette cotée ne s’est pas développé. Les émissions obligataires privées restent insuffisantes et ne permettent pas d’alimenter la courbe des taux. Tout cela devrait pousser les auteurs et les acteurs des marchés financiers à suggérer des mécanismes plus incitatifs sur le plan fiscal, qui permettraient aux entreprises de faire davantage appel à ce type de produits afin d’alimenter les compartiments du marché des capitaux concernés.
Comme le montre l’exemple actuel de la titrisation, en tant que moyen de financement à moindre coût de l’immobilier, qui n’est pas assez utilisé. Les investisseurs dans les marchés obligataires n’utilisent pas ces produits du fait du bas niveau des taux d’intérêt. La solution résiderait dans l’introduction d’instruments de couverture qui permettraient de proposer, entre autres, des emprunts à taux variables afin de donner confiance à l’utilisateur investisseur, mais aussi aux souscripteurs qui ont le souci de dégager une rentabilité à leurs placements.
Cependant, il est également incontestable que les incitations fiscales restent des arguments de dynamisation des marchés. Même s’il peut y avoir parfois un décalage entre les besoins de notre économie et les outils et réformes mis en place. C’est le cas des incitations fiscales aux introductions en bourse en vigueur depuis 6 ans et qui, prenant fin en décembre 2006, n’auront pas profité à beaucoup d’entreprises. De plus, la Loi de Finances devrait jouer systématiquement et avec efficacité son rôle de réajustement des éléments de réforme d’une année l’autre.
En tout état de cause, l’objectif de toutes les réformes financières est l’aboutissement à une vraie gouvernance des entreprises et à la transparence de leur gestion .
Par ailleurs, les acteurs des marchés de capitaux devraient contribuer à l’élargissement de ces derniers plutôt que de se cramponner sur le marché existant. C’est le cas aujourd’hui des banques qui sont dans une réelle compétition que traduit la baisse des taux d’intérêt. On peut regretter que la baisse des taux soit le produit d’une concurrence effrénée entre les banques et non le résultat d’une amélioration de la performance de l’économie nationale. Actuellement, les banques se livrent une guerre sans merci sur les parts de marché acquises à travers des moyens tarifaires. Pourtant, celles-ci peuvent augmenter au moyen d’un élargissement des marchés à travers l’innovation et la création de produits nouveaux et rémunérateurs. Compte tenu de l’offre de capitaux disponible aujourd’hui, les banques dégradent leurs marges pour l’utiliser correctement, alors qu’un effort en termes d’élargissement du marché aurait pu être aussi rémunérateur tout en donnant une profondeur au marché des capitaux, et bénéficier en plus grande partie à la population marocaine sachant que le marché actuel ne concerne pas plus que le tiers de la population du pays!
Dans l’immobilier, par exemple, le produit de Fogarim, avec sa garantie de70 %, est une solution introduite par les pouvoirs publics pour apporter aux banques une population importante non éligible actuellement au crédit bancaire tel qu’il est conçu. On pourrait se demander si les banques n’auraient pas intérêt à élargir leurs produits à de plus larges catégories de clients, sans l’appui de l’Etat. Il y a bien des banques internationales qui en ont fait leur spécialité comme les Caisses d’Epargne françaises récemment associées au CIH.
Il est regrettable que les banques aient besoin de la garantie de l’Etat pour aller dans ce champ d’activité. Au lieu de se battre sur les 15 % ou 20% de personnes déjà bancarisés, elles devraient élargir leurs parts en allant sur les autres marchés, vers les régions non couvertes aujourd’hui, les milieux moins favorisés, etc.
Et s’il existe chez nous le crédit immobilier sur 40 ans, récemment lancé par Attijariwafa bank, des avancées à l’étranger pourraient être introduites chez nous comme les crédits immobiliers à soixante ans en Suisse, tandis qu’aux Etats-Unis, il existe le "crédit éternel" qui consiste à payer uniquement les intérêts annuels alors que le principal est payé lors de la succession.
En France, les banques proposent l’hypothèque rechargeable qui permet aux couples vieillissant et qui ont souvent une grande maison, des crédits financés sur l’hypothèque de cette dernière, ce qui permet à ces couples de mieux vivre, de consommer, tandis que l’emprunt est soldé au moment de la succession, sur le reliquat de l’hypothèque. C’est dire que des produits bancaires spécifiques sont proposés à toutes les catégories de clients.
Au Maroc, il existe incontestablement de la marge entre ce qui a été fait, avec succès d’ailleurs, au niveau du microcrédit et le crédit classique. On devrait pouvoir proposer des produits bancaires à une population qui n’a pas de liquidités au départ, pour faire profiter l’ensemble des Marocains, des réformes et de la croissance économique qui devrait en découler et par la même occasion leur permettre de contribuer eux mêmes à la réalisation de cette croissance.
Par ailleurs, le marché des capitaux a le devoir s’atteler au financement du Maroc de demain. La Bourse, par exemple, doit jouer son rôle de collecte de l’épargne et attirer le maximum d’investisseurs sur le marché en leur offrant en priorité des entreprises saines où la gouvernance est bonne et la transparence réelle. En effet, il y a deux manières de rémunérer l’actionnaire, le dividende et l’évolution positive du cours de bourse. Le comportement de ce dernier récompense largement les sociétés les mieux gérées, les plus dynamiques. Et, lorsqu’un cours boursier reflète les performances de l’entreprise, lorsqu’il prend de la valeur, les actionnaires ne sont pas exigeants sur le dividende, qui est versé après impôt, ce qui signifie que l’entreprise paie le prix fort pour cette obligation rendue à ses actionnaires.
On ne saurait donc se satisfaire des soixante-dix sociétés inscrites à la cote de la Bourse de Casablanca. Tous les groupes doivent y venir et plus nombreuses les sociétés y seront et plus notre économie sera saine. De même qu’on a pensé à financer le logement social par l’introduction en bourse d’Addoha, il serait utile de financer les grands travaux d’infrastructure par la même voie.
En outre les compagnies aériennes ou de transport maritime devraient être cotées en bourse, pour s’y financer. Car si demain les infrastructures ne sont pas prêtes, l’économie du pays sera freinée.
De plus, il nous faut établir, rapidement, un marché à terme. Une économie sans marché à terme, n’est pas assez performante. Tous les facteurs pour cela sont réunis, celui de l’abondance des capitaux, des compétences, des consommateurs, etc.
Pour cela, il nous faut l’aptitude à mieux évaluer notre avenir. Il nous faut donc investir dans des études prospectives sur le plan économique pour évaluer le comportement de l’économie nationale dans les années à venir, à court et moyen terme. En effet, la cotation à terme est fonction de ces études et des perspectives dégagées pour le pays. Les analystes financiers, quant à eux, doivent prendre la relève pour clarifier l’avenir proche des sociétés cotées.
Une telle démarche nous permettra de suivre le développement de l’économie nationale en trois dimensions et d’appréhender son devenir de façon correcte.
Afifa Dassouli