Haj Thami 58 ans, instituteur
C’est vraiment impossible de nos jours de s’en sortir sans avoir recours à un crédit surtout pendant le mois de Ramadan. Je me rappelle du temps où on achetait les oeufs à 20 centimes, les tomates à 40 ou 50 centimes. Jamais, je n’avais pensé que pendant le mois sacré du Ramadan, les tomates par exemple atteindraient 12 ou 10 Dh. Je suis instituteur dans une école privée. Mon salaire est de 2000 Dh. Je suis père de quatre enfants. Tous vont à l’école. Convenez qu’ avec la rentrée scolaire et le Ramadan, j’aurais pu garnir ma table, modestement, sans jamais avoir recours à un crédit Ramadan. Mais tant pis pour les intérêts...
Brahim Hanafi, couturier traditionnel, 45 ans
J’ai pris un crédit Ramadan, deux ans de suite. Je continue de rembourser le crédit de l’année dernière. J’ai un crédit appartement et un crédit que j’ai pris pour la rentrée scolaire. Je m’en sors difficilement. Le problème chez nous les Marocains, c’est que l’on ne mange pas selon notre goût, mais selon celui du voisin ou de la voisine. Il y a quelques années, c’était les sardines grillées pour rompre le jeûne. Tout le monde s’est mis aux sardines. C’est comme une peste. On n’avait pas vraiment besoin de prendre un crédit pour acheter presque quotidiennement un kilo de sardines. Aujourd’hui, les gens rompent le jeûne avec des merlans. Le Kilo du merlan coûte 50, 60 et 70 Dh le kilo pendant le mois de Ramadan. Lorsque vous allez au marché de poisson pour acheter des sardines, vous vous rendez-compte que les gens préfèrent les merlans, parce que, parait-il, c’est plus nutritif, moins gras, que les sardines donnent du cholestérol et d’autres histoires de santé... Vous êtes parfois obligé de prendre la même chose que le voisin qui s’est «modernisé», sinon, les voisins diront, «Dar Flan», nous empeste avec ses grillades de sardines et cela va être mal vu, surtout pour votre femme qui papote tout le temps avec la voisine pour savoir avec quoi elle a rompu le jeûne d’hier. Ce sont ce genre de considérations qui nous poussent parfois à faire des sacrifices et à s’»alourdir» de crédits.
Mina Daoui, 52 ans
Je travaille au bain maure depuis une trentaine d’années. Je suis veuve et mère de sept enfants. Pour moi prendre un crédit pour le mois de Ramadan, c’est hors de question. Si je prends un crédit Ramadan, c’est pour régler autre chose. De toutes les manières, on ne me l’accordera pas. La banque demande tant de papiers qu’elle vous décourage. Où est-ce qu’on va avec tous ces crédit : crédit pèlerinage, crédit mariage, crédit Ramadan, crédit «Aïd Kebir», et pour sa mort, il y a un crédit aussi? C’est vrai que pendant le mois de Ramadan, tout est cher. Lorsque les tomates font plus de trois Dh, je fais une soupe à base de semoule, un demi kilo suffit à toute la famille. Les dates, une seule ou deux pour chacun... Je pense que les crédits ne sont pas faits pour des pauvres comme nous, autrement comment les rembourser?
Hicham, 22 ans, pêcheur
Pour le poisson, je n’ai pas besoin de prendre un crédit Ramadan, car j’en rapporte presque quotidiennement à la maison. Souvent on en fait des grillades. Si je décide de prendre un crédit, ce sera plutôt pour m’acheter une barque. Mais je ne peux malheureusement pas le faire actuellement, car je ne gagne pas assez. C’est vrai qu’il est difficile de voir des gens s’acheter quotidiennement des danones, des fruits exotiques, pour faire des jus pendant le ftour, mais on n’y peut rien, car dans ma vie de pêcheur, responsable de trois soeurs, d’une mère et d’une grand-mère, il m’est difficile de penser à autre chose qu’un bol de «Harira».
Halima, 47 ans, infirmière
J’ai pris un crédit Ramadan, l’année dernière. Cette année, j’ai décidé de ne pas le prendre car je suis toujours en train de rembourser mes anciens crédits. Ce que je reproche à la plupart des banques, c’est ce manque de communication, et de clarté. On nous explique une chose avant de prendre le crédit, mais une fois pris, les choses changent, vous vous retrouvez dans des situations, des conditions de remboursement auxquelles vous n’ avez pas songé. Nous avons besoin de plus de transparence, car la majorité des Marocains ignorent tout du monde des finances et comment fonctionnent les banques, le système de crédits...
Propos recueillis par
IK