L’évènement est de taille. La Société Financière Internationale (SFI), filiale du groupe Banque Mondiale, qui a jusqu’à présent intervenu sur le Maroc en apportant son assistance au secteur privé vient de solliciter pour la première fois le concours des investisseurs marocains en lançant sur le marché marocain son premier emprunt obligataire sur le continent africain et le Moyen-Orient. Cette initiative constitue avant tout une reconnaissance de la maturité du système financier marocain qui, il faut le signaler, a connu, au cours de ces dernières années de profondes mutations, et de la confiance dont jouit le Royaume auprès des institutions financières internationales. Comme l’a bien signalé Mme Nina Shapiro, Vice-présidente Finance et Trésorerie de la SFI, “la SFI finance ses activités de prêt par des émissions obligataires sur les marchés de capitaux internationaux”. Dans ce cadre, et pour l’exercice 2005, “la SFI va lever environ 3 milliards de dollars sur les marchés internationaux”, poursuit Mme Shapiro. Et dans son programme de financement annuel, “la SFI choisit un ou deux pays émergents pour y lever de capitaux et ce malgré le fait que les coûts des emprunts obligataires soient plus élevés dans ces pays que sur les autres marchés”, a laissé entendre la Vice-présidente Finance et Trésorerie de l’institution. Pour cette année, le choix du Maroc s’est imposé du fait d’un certain nombre de facteurs, dont la maturité et la sophistication du marché marocain, l’importance des investisseurs institutionnels et, enfin, la surliquidité structurelle depuis plus de 3 années qui favorise la levée de fonds à des conditions favorables.
Concernant l’opération proprement dite, elle est le fruit d’une année et demie de collaboration fructueuse entre les autorités financières marocaines et la SFI.
Un papier de qualité
Concrètement, l’opération, qui a reçu l’aval du ministre des Finances et de la Privatisation et le visa de la note d’information préliminaire du Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM), porte sur un montant d’un milliard de dirhams. Il s’agit d’un emprunt à moyen terme, libellé en dirhams et à taux fixe. Les autres détails de l’opération devant être dévoilés à la fin du road show entrepris par la BMCI auprès des investisseurs locaux: banques, compagnie d’assurance et de retraite, OPCVM, etc. Sans rentrer dans les détails, les cadres de la BMCI présents lors du point de presse n’ont aucun doute sur le succès de cette opération. Et pour cause, les rencontres avec les investisseurs potentiels sont plus que satisfaisantes. Il faut dire que les titres d’une telle qualité ne laissent aucun investisseur indifférent. Pour mémoire, les titres de la SFI sont notés Aaa par Moody’s et AAA par Standards & Poor’s, soit les meilleures notations attribuées par ces deux agences de notation. En plus de la qualité des titres, cet emprunt obligataire offre aux investisseurs marocains la possibilité de diversifier encore plus leurs portefeuilles de titres. Et pour corser le tout, Mme Shapiro annonce que “les titres qui seront émis sur le marché marocain vont bénéficier des taux supérieurs à ceux des Bons du Trésor de même maturité du fait que nous allons accorder une prime de risque aux investisseurmarocains et ce malgré le fait que la SFI bénéficie d’une notation meilleure que la note souveraine du Maroc”.
Des impacts positifs
Bien que les produits de cet emprunt ne serviront pas uniquement au financement des opérations de la filiale de la Banque Mondiale au Maroc, il n’en demeure pas moins que cet emprunt obligataire ne manquera pas d’avoir des impacts très positifs sur le marché marocain.
D’abord, cette opération traduit la volonté de la SFI de développer davantage ses activités au Maroc. Ainsi, tout en instituant un Benchmark de qualité pour le Maroc, l’emprunt de la SFI permettra à d’autres émetteurs marocains de se financer sur le marché en bénéficiant des concours de l’institution internationale. A titre d’exemple, Mme Shapiro souligne que l’emprunt obligataire lancée par la SFI en Colombie a permis à des entreprises locales de mobiliser des fonds au niveau du marché obligataire avec le soutien de la SFI qui a mis en place des produits novateurs comme les prêts partiellement garantis. Le même procédé sera appliqué au Maroc afin de pousser davantage d’entreprises marocaines à lever des financements de long terme sur le marché obligataire qui présente d’indéniables avantages, notamment en termes de coûts. Par ailleurs, “elle permettra de développer sur le marché marocain des produits sophistiqués comme les titrisations qui peuvent contribuer efficacement au développement du marché immobilier marocain”, fait remarquer Mme Shapiro. En outre, d’autres agences multilatérales et organismes privés pourront solliciter le marché de la dette privée marocaine et améliorer par la même occasion la profondeur et la sophistication du marché obligataire national.
Notons que cette opération sera pilotée par la BMCI. Sa filiale BMCI Finance servira d’organisme de conseil et de coordinateur global de l’opération. BMCI sera le chef de file du syndicat de placement avec comme co-chefs de file Attijariwafa bank et la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG).
Sur un autre registre, rappelons que la SFI est présente au Maroc depuis 15 ans. Toutefois, “ces premières interventions sur le territoire marocain remontent au début des années 1960 avec la création de la BNDE”, a souligné Mme Joumana Cobein, représentante de la SFI au Maroc. Actuellement, le Maroc est le troisième gros bénéficiaire des engagements de la SFI au niveau de la région MENA avec un portefeuille d’engagements pour son propre compte de 84 millions de dollars. Elle intervient dans tous les secteurs commerciaux et propose toute une gamme de produits d’investissements, instruments de gestion des risques, syndications, produits de financement structurés, participations et quasi-participation, prêts, etc. Dans ce cadre, on peut citer sa participation dans le tour de table de MarocInvest. Elle assure parallèlement à ses financements, une assistance portant sur les meilleures pratiques dans divers secteurs, le gouvernement d’entreprise, les questions environnementales, etc. Elle fournit aussi de plus en plus de services d’assistance technique et de conseil aux entreprises du secteur privé et aux organismes publics.
Moussa Diop