Le Gouverneur de la banque centrale, M. Abdellatif Jouahri, y rappelle au système bancaire les termes de sa lettre du 11 juillet 2003, dans laquelle il avait "attiré l’attention des banques sur les comportements préjudiciables à une saine compétition bancaire et les conséquences de leurs pratiques de taux anormalement bas sur les équilibres de leurs situations financières". Et, dans cette même circulaire, M. Jouahri avise les banques que "la persistance de tels comportements et le développement de certaines pratiques susceptibles d’affaiblir la gestion du risque de crédit ne sauraient être tolérés à l’avenir ". De même, il exige que les banques " accélèrent le processus de mise en place de dispositifs leur permettant d’intégrer, pour la fixation des taux d’intérêts débiteurs, tous les coûts afférents à leurs opérations de crédit, en sus d’une rémunération des fonds propres". En conséquence, la circulaire de Bank Al-Maghrib relève le minima dont les banques doivent majorer le coût de l’argent dans la fixation des taux débiteurs de 75 à 100 points de base pour les crédits consentis aux établissements de crédit (à l’exception des opérations interbancaires), pour les crédits accordés aux entreprises en devises et ceux couverts par la garantie de l’Etat, de la CCG ou des fonds de garantie marocains ou par le nantissement de dépôts constitués auprès de l’établissement de crédit lui-même et de 100 à 150 points de base pour tous les autres crédits accordés aux entreprises ordinaires. Enfin, dans cette dernière circulaire, l'institut d'émission demande aux banques de déclarer dorénavant " à la Direction de la supervision bancaire, le volume, la nature et les conditions de concours nouvellement octroyés dès lors que ceux-ci seraient assortis de taux d’intérêt inférieurs au taux de référence déterminés sur la base des nouveaux minima établis", ce à quoi elles n’étaient donc pas tenues jusqu’à présent.
Des objectifs clairs
Les objectifs de cette récente circulaire de BAM, envoyée à la fin de 2004 pour être appliquée dès le 3 janvier, sont clairs. En effet, BAM vient de procéder à un réajustement du taux débiteur qui se pratiquait sur le marché au cours du dernier semestre 2004. Les raisons de cette intervention de la banque centrale sont doubles. La première est une sonnette d’alarme à l’égard des banques qui font du dumping de taux pour accorder plus massivement des crédits. En d’autres termes, certaines banques vendaient du crédit en dessous du coût de l’opération bancaire stricto sensu. En vertu de ses prérogatives, il est normal que Bank Al-Maghrib remette les pendules à l’’heure. Cette circulaire était espérée par les banques qui continuaient à respecter les minima imposés par BAM en 2001 de 75 et 100 points de base. L’intervention de la banque centrale est certainement dans l’intérêt de l’ensemble du système bancaire qui en relevant les taux débiteurs se protège du risque encouru de vendre un service à perte. Par contre, cette mesure renchérit sans nul doute le taux du crédit bancaire tout court pour les entreprises en particulier, elles qui, dans une situation de surliquidité bancaire, arrivaient de plus en plus à se financer à des taux substantiellement bas. BAM remet donc ainsi en cause une forme "débridée" du libéralisme bancaire et rappelle à l’ordre les banques en se référant à leur équilibre financier et à la gestion du risque de crédit. Mais on pourrait s'interroger légitimement sur la signification de ces minima imposés par BAM par rapport au coût de l’argent. Il faut savoir, tout d’abord, que le seul indicateur du coût de l’argent reste aujourd’hui le taux de rémunération des bons du trésor. Les bons du trésor à 52 semaines pour les crédits inférieurs ou égaux à un an, ceux de 5 ans pour les crédits à moyen terme (2 à 7 ans), et ceux de 10 ans et 15 ans pour le long terme (crédits supérieurs à 7 ans). Le coût de l’argent pour un an est de 2,75 %, lequel majoré de 150 points donne 4,25 % l’an. Les banques ne pourront donc plus vendre aux entreprises ordinaires un crédit de ce terme à moins de 4,25%, sauf en le déclarant à BAM qui se réserve la possibilité d'imposer des sanctions au cas où la banque concernée ne prouverait pas qu’elle couvre son coût de crédit et dégage une marge suffisante pour faire face aux risques de la profession. Pour les crédits de 2 à 7 ans, le taux sera de 4,01 % des bons du Trésor majoré de 1,5% donc 5,51 % . Les institutionnels auront, quant à eux, une majoration du taux de leurs crédits de 25 points de base.
Une démarche normale
D’aucuns pourraient interpréter cette intervention de BAM comme une nouvelle forme d’encadrement du crédit bancaire alors qu’en réalité il s’agit plutôt du simple contrôle de la banque centrale du le respect par les banques des règles prudentielles élémentaires pour des opérations bancaires courantes, et notamment celle d’octroi de crédits, qui peuvent causer facilement de la casse et engendrer des provisionnements. Bank Al-Maghrib protège les banque contre certaines pratiques qui pourraient amener, avec le temps, leur perte et les oblige ainsi à pratiquer une rémunération de l’argent qui tient compte de leurs coûts réels.
La surliquidité du marché a, certes, poussé les banques à chercher à placer plus facilement des crédits mais BAM est là pour veiller à l’équilibre financier des banques d’autant que cette sur-liquidité tend à être structurelle et continuera à l’être avec le chèque de 6 milliards de dirhams que VIVENDI UNIVERSAL vient de donner au Trésor en paiement de sa prise de participation majoritaire dans le capital de Maroc Telecom.
Seul l'investissement, qui représente une utilisation longue de l'argent, permettrait en réalité d'éponger efficacement les excédents de liquidités du marché. Mais, force est de constater, à ce sujet, que si l'investissement public a connu un réel déploiement ces dernières années, l'investissement privé, lui, est singulièrement défaillant.
Afifa Dassouli